Les enjeux du management responsable

RSE, éthique et parties prenantes… Un florilège de propos tenus lors des tables rondes du colloque "les enjeux du management responsable" qui prouvent, entre autres, que ce que les différents intervenants mettent derrière les mots n’est pas du tout homogène…

 

Pierre-Yves Madignier, directeur du développement durable, EDF: "Au moment où dans la rue des salariés EDF GDF ont un comportement qui n’est pas responsable, il se négocie avec les organisations syndicales au niveau du monde entier un accord sur la RSE. Les discutions sur cet accord amènent la direction et les organisations syndicales à dépasser leur égoïsme."

 

Régis Dubourg, directeur qualité et développement durable, Carrefour: "Nous avons depuis longtemps mis en place une ¨table ronde clients¨, dans laquelle les uns et les autres peuvent dire que des papiers traînent à l’arrière du magasin, que les camions de livraison roulent trop vite devant l’école, que leurs produits préférés ne sont pas en rayon… Maintenant, nous l’avons rebaptisée "Consultation des parties prenantes"."

 

Loïc Armand, secrétaire général, L’Oréal: "Nous fabriquons dans nos usines 97% de ce que nous vendons et les usines sont là où sont les marchés. Certains points de la charte éthique sont repris dans les conditions générales d’achat."

 

Jacques Delplancq, directeur délégué, IBM: "Le management responsable, c’est savoir dire que les choses vont mal."

 

Monseigneur le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon: "Le commandement biblique "tu ne voleras pas" s’applique à l’écologie: la dévastation de  l’environnement est un vol opéré aux dépens des générations futures."

Jean Agnès, chef d’entreprise, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Lyon: "François Michelin rappelait que le mot "profit" vient de "pro facere", "pour faire". Le profit est un moyen."

 

Yves Médina, directeur associé en charge de la déontologie et de la corporate responsability, Price Watherhouse Coopers et vice-Président de l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (ORSE): "Instrumentaliser l’éthique pour faire du profit est éthique, c’est du win win. L’entreprise n’est pas le lieu des impératifs kantiens. L’éthique, ça rapporte, c’est fait pour ça.

On assiste à une transformation radicale de la GRH après l’arrivée de l’éthique dans l’entreprise. Jean Christophe Le Duigou dit que nous voulons remplacer le code du travail par le code de chevalerie, c’est exactement ça. J’établis des rapports consensuels au lieu de rapports conflictuels, les collaborateurs adhérent au projet d’entreprise."

 

Henri Jacot, adjoint au maire de Lyon: "L’entreprise est différente de la société de capitaux. Elle n’est pas seulement un nœud de contrats mais une communauté. Au delà de la gouvernance, la régulation à un rôle à jouer.

Est-ce que l’on peut faire un modèle social européen, différent du modèle anglo-saxon ? Il faudra poser des normes."

 

Claude Mouchot, professeur émérite: "Rappelons-nous Lacordaire: "Entre le fort et le faible (…) c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit". Le marché est tellement fort qu’on peut le contraindre sans l’empêcher de fonctionner. Si la société ne se donne pas de règles, elle démissionne. Et la RSE ne peut être alors qu’un pansement sur les blessures infligées par le marché."

 

Roland Perez, professeur émérite: "La RSE est souhaitable mais pas partagée par tous. Quand Milton Friedman dit que la seule responsabilité de l’entreprise est de faire du profit, il dissocie les missions du chef d’entreprise et du père de famille. Une autre conception de la RSE est d’intégrer les valeurs dans le management.  La RSE, c’est tenir compte des externalités, c’est à dire de ce qui est externe au marché et dont les entreprises ne tiennent pas compte. Pour cela, il faut avoir des outils opérationnels, portés par l’accountability, l’aptitude à rendre compte, ceci dans une société où les risques se multiplient. On ne peut pas séparer l’individuel et le sociétal et nous devons mener une double recherche de solidarité dans l’espace (mondialisation) et dans le temps (intergénération)."

 

MNA