La Missive de Gestion Attentive

N°5 -  novembre 2004

Édito: Indicateurs, critères, valeurs.

Les indicateurs de RSE se rapportent à des critères qui eux mêmes sont l'expression de valeurs, plus ou moins explicitées. Il nous semble que l'explicitation des valeurs sous jacentes au référentiel est indispensable, qu'elle est le fondement de la transparence qu'on peut attendre des fabricants de normes. Mais cette explicitation ne va pas de soi et le chemin qui mène des valeurs "universelles" (déclaration universelle des droits de l'homme et conventions fondamentales de l'OIT) aux indicateurs n'est pas linéaire et sans ambiguïté.
Prenons l'exemple de l'indicateur "proportion de femmes à l'échelon directorial (ou au conseil d'administration)". Il aura été construit en référence au critère de mixité des emplois qui lui même se réfère à la valeur de non discrimination. Cette non discrimination entre les genres pour l'accès aux emplois est elle-même issue de l'article 1er de la déclaration universelle des droits de l'homme : "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits" et au quatrième point de la déclaration de l'Organisation Internationale du Travail relative aux principes et droits fondamentaux au travail "l'élimination de la discrimination en matière d'emploi et de profession".
Mais les indicateurs traduisent-ils bien les critères et les valeurs? Est-ce bien "la proportion de femmes au conseil d'administration" la seule mesure pertinente de la discrimination de genre ? Cette discrimination se cantonne t-elle à l'existence du "plafond de verre" ?
Les indicateurs du Global Reporting Initiative, par exemple, ne prennent en compte le genre que dans la composition de la direction générale -explicitement- et -implicitement- dans la description de la politique d'égalité des chances, si on considère les femmes comme "personnes ayant historiquement fait l'objet d'une discrimination". Mais ils l'ignorent le genre en matière de formes particulières d'emploi et de formation (voir les indicateurs en note). Pourtant le fait que les femmes soient à temps partiel et les hommes à temps complet est grandement significatif des discriminations réelles, comme l'est le fait que les uns ont plus accès à la formation que les autres.
Cet aveuglement du GRI peut paraître étrange vu d'ici mais il est dans la droite ligne d'une conception du monde qui reconnaît aux "célibattantes" le droit d'avoir "une carrière d'homme" et réclame pour les mères de famille la conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle sous la forme d'un emploi à temps partiel.
Les normes sont en phase d'établissement. Il ne s'agit pas d'admettre sans critique les indicateurs en provenance de l'empire étatsunien. Les normes privées ne sont pas une vérité révélée mais un construit social.
Ici et maintenant, il appartient à la société civile européenne de décliner les valeurs universelles en critères correspondant à son modèle social et de construire les indicateurs pertinents pour en mesurer l'adéquation.

Marie-Noëlle Auberger 

<mna@gestion-attentive.com>

 

Indicateurs de base du GRI
LA1. Répartition de la main d'œuvre, dans la mesure du possible par région/pays, statut (salarié/non salarié), type d'emploi (plein temps/temps partiel) et type de contrat (à durée indéterminée ou permanent/à durée déterminée ou intérim). Indiquer également la main d'œuvre utilisée en conjonction avec d'autres employeurs (travailleurs intérimaires ou salariés pluri employeurs) répartie par région/pays.
LA9. Nombre moyen d'heures de formation par an et par employé, par catégorie d'employé (par ex. cadres supérieurs, cadres moyens, personnel d'encadrement, techniciens, personnel administratif, de production et de maintenance)
LA10. Description de la politique ou des programmes d'égalité des chances ; systèmes de suivi destinés à en vérifier le respect et résultats du suivi. La politique d'égalité des chances peut concerner le harcèlement sur le lieu de travail et l'embauche prioritaire de personnes ayant fait historiquement l'objet d'une discrimination (" affirmative action ")
LA11. Composition e la direction générale et des instances dirigeantes de l'organisation (y compris le Conseil d'administration), avec proportion femmes/hommes et d'autres indicateurs de diversité adaptés aux différences culturelles.

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Le CFIE, les rapports " loi NRE " et les indicateurs

" Loi NRE, année II, les entreprises sont-elles plus transparentes ? ", fin octobre, le Centre Français d'Information sur les Entreprises CFIE présentait son rapport. D'emblée, son directeur Martial Cozette précisait que l'analyse avait porté sur le niveau de transparence des informations données par les entreprises et que le CFIE n'en avait pas vérifié la correspondance avec la réalité. Dix-huit rubriques concernant trois volets (le social, le sociétal et l'environnemental) ont été examinées sous les deux critères de l'exhaustivité et de la précision. Le CFIE considère que, sous cet angle, 56% des rapports sont satisfaisants, versus 43% en 2003.

Dans le débat qui suivait, Marc Deluzet, secrétaire confédéral CFDT, affirmait que la RSE s'impose aux grandes entreprises, du fait du risque environnemental et du risque d'image. Soulevant une question importante - comment vérifier que les indicateurs correspondent bien à un progrès des entreprises ?- il appelle à un contrôle des engagements directoriaux par les représentants des salariés. Comment fabrique t-on un indicateur ? se demande Jacques Khéliff, directeur du développement durable de Rhodia. Pour sa part, l'entreprise chimique est partie de son métier, qui est un métier à risque. Les indicateurs qui existaient avant la loi NRE, tels que rejets et incidents, sont améliorés, même s'il est plus facile de construire un indicateur par chiffre d'affaires que par tonne produite. Il faut des indicateurs qui permettent un reporting dans l'entreprise qui soit suivi dans le temps. La consolidation des données doit avoir un sens, alors même que l'absentéisme ou la formation ne recouvrent pas la même chose d'un pays à l'autre. Il est nécessaire que les indicateurs soient partagés par le management, par les syndicats de l'entreprise, par les observateurs extérieurs. Rhodia a fait le choix de discuter des indicateurs avec les organisations syndicales, non pas tellement à la demande de celles-ci mais à celle du management, et travaille avec l'ICEM, la fédération internationale des travailleurs de la chimie. Rhodia, dont le rapport de développement durable est audité par Price Waterhouse Cooper, est favorable au développement de la notation extra financière. Pour Jacques Kheliff, il faudra aller vers la convergence des indicateurs au niveau sectoriel. Aujourd'hui, chaque entreprise se choisit ses indicateurs ; il faudra les nommer et dire ce que cela recouvre.
Responsable des entreprises au Comité 21, Nicolas Blanc souhaite que les indicateurs du GRI deviennent la norme. Néanmoins, la consolidation poussée à l'extrême générant des indicateurs désincarnés, il pense qu'il faut ajouter des indicateurs locaux et sectoriels. Il désire aussi des indicateurs sur l'interaction entre l'entreprise et ses territoires. Dans un cas de délocalisation, il faut savoir comment l'entreprise a géré les interactions avec le territoire dont elle est partie et avec celui où elle est arrivée.
Sans s'opposer franchement au GRI, Jacques Kheliff considère qu'il est trop général et trop anglo-saxon pour être utilisé tel quel mais qu'il constitue cependant une base intéressante de discussion. Pour Marc Deluzet, le GRI est assez pertinent mais le monde patronal français refuse la convergence des indicateurs et le monde syndical ne fait pas du référentiel sa priorité. Les indicateurs doivent faire l'objet d'une appropriation. Si le syndicalisme opère une profonde mutation en s'intéressant désormais à l'avenir de l'entreprise, le monde patronal n'est pas prêt à ouvrir aux salariés et à leurs représentants les portes de la stratégie et du conseil d'administration.

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Les groupements d'employeurs pour l'insertion et la qualification

Il était une fois des employeurs qui avaient des problèmes de recrutement et de fidélisation de personnel. Ils se dirent qu'il existait un gisement potentiel de salariés: les personnes en difficulté. Ces employeurs astucieux ont alors créé les GEIQ - groupements d'employeurs pour l'insertion et la qualification - afin de transformer des personnes hors l'emploi en salariés qualifiés qu'ils espéraient fidèles.
Le GEIQ fonctionne selon le principe de tout groupement d'employeurs : c'est le groupement qui embauche - jusqu'à présent en contrat de qualification, désormais en contrat de professionnalisation - et met les salariés à disposition des entreprises en fonction des besoins de celles-ci. La personne formée, souvent un jeune mais pas toujours, est suivie par un professionnel de l'accompagnement au GEIQ et par un tuteur en entreprise.
Il existe une centaine de GEIQ en France, regroupant trois mille entreprises. Ils existent notamment dans le secteur de la propreté et celui des transports, c'est à dire dans les métiers " en tension " qui ont besoin de collaborateurs et n'en trouvent pas sur le marché. Les GEIQ sont relativement peu nombreux en Ile de France, qui compte par exemple un seul GEIQ dans le secteur de la propreté, contre trente en Rhône Alpes.
Le financement des GEIC provient en moyenne à 85% de la mise à disposition des salariés auprès des entreprises et à 15% des subventions des collectivités locales et parfois de l'Etat. Mais les GEIQ ne sont pas reconnus par l'Administration comme des acteurs à part entière de l'insertion économique.
Environ sept personnes sur dix sont embauchées en CDI dans l'entreprise utilisatrice en fin de parcours, le GEIQ essaie de trouver une autre solution pour les trois autres mais les patriciens avouent que certains personnes sont " tellement mal de partout " qu'ils ne savent plus comment faire. Au GEIQ transports " trois pays ", on reconnaît que les premiers contrats de qualification ont abouti à des échecs : on avait cru que la personne qui obtenait son permis poids lourds devenait ipso facto un chauffeur, ce qui est loin d'être la cas. Maintenant, l'accompagnement continue en aval et les personnes formées obtiennent réellement leur qualification.
Les GEIC n'existent pas que dans les métiers manuels, un est en cours de constitution en Aquitaine sur les métiers du spectacle, un GEIQ artistique est fonctionne sur la friche de la Belle de Mai à Marseille.
Les chefs d'entreprise qui s'engagent dans ce système le font pour résoudre leur pénurie de personnel mais aussi dans une démarche militante. Et ils se réclament du développement durable, sans doute parce que le terme est à la mode mais il est certain que l'action des GEIQ relève à la fois du pilier économique et du pilier social.

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Une proposition de loi sur la fiscalité environnementale

Mme Bernadette PAÏX, député UMP a déposé avec quelques collègues une proposition de loi de visant à mettre en place des mesures fiscales en faveur de l'environnement. Les députés rappellent qu'alors que la fiscalité traditionnelle vise à redistribuer la richesse économique, la fiscalité environnementale a pour objectif d'inciter à modifier les comportements vers des choix plus respectueux de l'environnement. Celle-ci " constitue un des moyens d'actions du Gouvernement dans sa stratégie du développement durable " mais se bornant aujourd'hui à l'application du principe du " pollueur-payeur " elle est plus répressive qu' incitative. Les seules mesures incitatives sont le fait que les matériels destinés à économiser l'énergie, les installations anti-pollution, anti-bruit et les véhicules non polluants bénéficient d'un amortissement exceptionnel sur douze mois et d'un allègement de taxe professionnelle. " Or, dans la pratique, " notent-ils, " les entreprises qui doivent effectuer des investissements afin de respecter la réglementation environnementale, ou qui essaient d'atteindre la certification ISO 14001, doivent effectuer des travaux généralement très importants, qui ne concernent pas seulement des installations très spécialisées comme celles vues plus haut, et dont les montants nécessitent une anticipation et un étalement des coûts très importants. "
Les députés proposent donc de mettre en place une provision réglementée, déductible, correspondant à l'ensemble des travaux susceptibles d'être induits par une démarche de protection de l'environnement. Cette provision serait reprise au rythme des amortissements ultérieurs des travaux correspondants. " Ainsi, l'Etat ne serait en aucun cas perdant, mais l'entreprise aura ainsi pu bénéficier d'une avance en trésorerie équivalente à l'impôt sur les sociétés calculée sur le montant des investissements à effectuer, qui peut lui permettre plus facilement d'envisager les travaux nécessaires mais également, grâce à la présentation d'un bilan comptable plus "favorable", de convaincre plus aisément les organismes bancaires. "
Deuxième mesure proposée : la réduction de 50 % de la TGAP -taxe générale sur les activités polluantes- pour les entreprises certifiées ISO 14001 ou enregistrées EMAS. " Cette mesure peu coûteuse pour l'Etat, compte tenu des sommes engagées, aurait un effet d'entraînement sur les autres acteurs économiques et sur les incitations que pourraient consentir les acteurs privés tels que les banques et assureurs sur leurs prêts et contrats auprès des entreprises certifiées. "
Troisièmement, afin d'enrayer le phénomène de " diésélisation " du parc automobile français et face à la difficulté des très petites entreprises d'acheter des véhicules moins polluants, il est proposé d'attribuer une prime égale au montant de la TVA due sur l'acquisition du véhicule.

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Valenciennes : des friches industrielles et du chômage, vers la culture et la cohésion

La ville de Valenciennes est la première en France a retransmettre les débats du conseil municipal en direct sur Internet. Ce fut aussi la première à créer, en 1993, un portail de ville, l' " anneau citoyen " qui permet à tout citoyen internaute de contacter la personne en charge du dossier qui l'intéresse.
Province frontière sous Louis XIV, le Hainaut connut un développement exceptionnel à partir des mines de charbon d'Anzin. L'occupation ennemie pendant les deux guerres mondiales ruina la ville. Si la Libération vit le mot d'ordre " mener le combat pour le charbon et l'acier ", l'exploitation minière cessa en 1960 et la sidérurgie en fit autant quinze ans plus tard, la fermeture de l'usine de Denain d'Usinor se soldant par 8500 licenciements secs. " On voit qu'un développement est non durable quand il s'efface " dit Dominique Riquet, maire de Valenciennes, au petit déjeuner du Comité 21 fin septembre, employant ainsi l'adjectif " durable " dans le sens " persistant " et pas dans le sens " supportable pour la planète ".
Le Valenciennois a abrité des industries dévastatrices pour l'environnement et compte maintenant dix pour cent des friches industrielles de France. Le taux de chômage moyen atteint 25%, avec des pointes à 60% dans certaines zones. Arrivée en 1989 dans une ville dévastée par le chômage et écologiquement catastrophique, l'équipe municipale menée par Jean-Louis Borloo, alors sans étiquette, entendait remettre en place la citoyenneté, l'emploi et la cohésion sociale.
Lle maire affirme que sa gouvernance participe du développement durable sans pour autant tomber dans la démagogie. Comités de quartier, forums citoyens… pour lui, la cohésion sociale et la culture sont des outils de développement durable. Même s'il est difficile de faire admettre l'idée que la culture est une priorité, le maire se dit persuadé que c'est par elle qu'on pourra rendre à tous la compréhension du monde. L'équipe municipale veut accompagner les gens performants à se développer, mieux traiter les classes moyennes et aider les nombreuses populations en difficulté à se construire une identité alors qu'elles affrontent une déstructuration familiale et sociale. La cohésion sociale augmente la résistance à la crise d'une société qui possède la force de son maillon le plus faible.

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au prochain numéro...

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