N°9 - mars 2005
Marie-Noëlle
Auberger
<mna@gestion-attentive.com>
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EDF et la RSE : un accord-cadre et une plainte
EDF est-il sociétalement responsable ? Laccord-cadre sur la RSE signé avec les organisations syndicales pourrait le faire penser. Mais sera-t-il traduit dans les faits ? Et surtout, sagit-il de prendre en compte lintérêt des seules parties prenantes internes ou délargir lattention aux parties prenantes externes, même éloignées ?
Laccord-cadre
sur la responsabilité sociale du groupe EDF a été signé
le 24 janvier 2005, par le groupe EDF en la personne de son président
Gadonneix et par les représentants des salariés du groupe ainsi
que par les organisations syndicales nationales et internationales - ICEM fédération
internationale des syndicats de travailleurs de la chimie, de lénergie,
des mines et des industries diverses, ISP Internationale des services publics,
OIEM Organisation internationales de lEnergie et des Mines, FMTI fédération
mondiale des travailleurs de lindustrie-. Les syndicats avaient peu apprécié
le code de conduite rédigé unilatéralement par la direction
du temps du président Roussely et la CFDT a impulsé la négociation
dun accord RSE avec son successeur. La négociation a réuni
les organisations syndicales et les directions des ressources humaines de toutes
les entreprises du groupe, soit une cinquantaine de personnes, en cinq séances
de trois jours, de mars à décembre 2004. Les ONG nont pas
été conviées aux négociations. " Certaines
ONG avaient tendance à jouer le rôle de conseiller en environnement
des multinationales et les organisations syndicales étaient réduites
au silence " explique Christophe Quarez, le négociateur CFDT, qui
a refusé que la présence d Electriciens sans frontières,
soutenue par lentreprise, et de Droit à lénergie,
très proche de la CGT.
Par laccord-cadre, le groupe EDF rappelle son attachement au corpus international
de la RSE. Ainsi, il " fait siens les engagements internationaux de protection
et de défense des droits humains des Nations Unies, la Déclaration
universelle des droits de lhomme de 1948, la déclaration sur lélimination
des toutes les formes de discrimination à légard des femmes
de 1967 ainsi que la déclaration des droits de lenfants de 1959
", " réaffirme son adhésion aux Dix principes du Pacte
mondial (Global Compact) des Nations Unies et " sengage à
respecter et faire respecter, dans toutes les sociétés où
il exerce le contrôle, les conventions fondamentales de lOIT ".
Les fondamentales seront respectées dans tous les pays, y compris dans
les pays qui ne les ont pas ratifiées, mais la convention 135 de 1971
concernant les représentants des travailleurs ne sera respectée
que " pour autant que la loi locale nimpose pas de dispositions contraires
", ceci a lattention de la Chine.
Dans cet accord-cadre, le groupe prend des " engagements et orientations
communes concernant les relations de responsabilité " entre le groupe
et ses salariés, avec les clients et avec les sous-traitants, concernant
la protection de lenvironnement et la promotion de lefficacité
énergétique, lengagement dans la vie de la cité et
les principes de gouvernance.
Un Comité de dialogue sur la responsabilité sociale du groupe
EDF (CRDS), compétent pour toutes les questions soulevées par
lapplication de laccord, se réunira une fois par an. Cest
à lui que sera présenté le bilan annuel de la mise en uvre
de laccord dans les sociétés du groupe. Le Comité
de dialogue pourra " inviter à participer à ses séances,
pour les points dordre du jour qui le justifient et dun commun accord
entre les membres, des représentants dONG ". Et justement,
un groupe dONG dont les Amis de la Terre a porté plainte auprès
du Point de Contact national de lOCDE contre EDF, arguant dune violation
des principes de lOCDE dans le projet de barrage de Nam Theun 2 au Laos.
Il est reproché à EDF de mener un projet contraire aux intérêts
des populations et sans concertation avec elles. Christophe Quairez se dit très
préoccupé par cette affaire et mène son enquête car
si les faits sont avérés, le groupe aurait violé les principes
contenus dans laccord-cadre avant même quil soit signé.
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Un portail pour légalité professionnelle
LORSE a mis en place un portail sur légalité professionnelle, avec lANDCP et Entreprise et Personnel et le soutien du ministère de la parité et de légalité professionnelle. Pourquoi lObservatoire de la responsabilité sociétale des entreprises sintéresse t-il à légalité professionnelle ? Parce que les investisseurs socialement responsables en font un de leurs critères dominants.
" Certains investisseurs socialement responsables sintéressent au respect de légalité professionnelle et il existe même un fonds spécial le Women Equity Mutual Fund " explique Frédéric Tinbergen, le président de lORSE, " les directives de vote de Calpers tiennent compte de laction des entreprises dans ce domaine ainsi que les notes délivrées par Vigeo, Innovest, BMJ Core Ratings ". La conjonction de la régulation publique et de linitiative volontaire provoquée par les investisseurs SR fait avancer le débat, selon le président. De plus, diverses études, dont celle de Catalys, prouvent que les entreprises qui font dans légalité professionnelle sont les plus rentables, les salariés étant mieux motivés et la société plus en phase avec le marché. Et lEtat sintéresse à la question : après la loi Génisson de mai 2001 et laccord interprofessionnel conclu en mars 2004, un nouveau projet de loi est annoncé qui fixera un délai aux entreprises pour se mettre aux normes. Ces entreprises ayant besoin de repères, un guide diffusé à quinze mille exemplaires sera réimprimé. Les accords existants nétant pas très connus, le site portail proposera des exemples : il sagit de décrire les enjeux et de mettre au point les méthodes. Les pratiques des entreprises en matière dégalité professionnelle sont destinées à être mises en ligne à partir de fiches rédigées par les entreprises sur la base dun modèle préétabli : Pour louverture, huit entreprises présentent leur pratique : BNP Paribas, Dexia, Eau de Paris, EDF, Gaz de France, Macif, Schneider Electric, Total.
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Haro sur les multinationales
Arnaud Montebourg avait prêté une salle à lAssemblée Nationale où un débat a rassemblé une quarantaine de personnes autour du thème des multinationales. Les orateurs ont appelé à remettre les " monstres " que sont ces entreprises au service du citoyen et souhaité que lEtat cesse de déléguer son rôle de garant de lintérêt général au secteur privé.
" Les multinationales
font partie de notre quotidien " déclarait Walter Bouvais, rédacteur
en chef de Terra Economica et co-auteur dun ouvrage sur les multinationales
aux éditions Danger Public. Ce travail, basé sur des sources ouvertes,
porte sur cinquante entreprises, principalement françaises et étasuniennes,
et est destiné à " éclairer les citoyens ". Walter
Bouvais prend lexemple de la directive REACH, censée obliger les
fabricants de produits chimiques à analyser les produits mis sur le marché
afin de protéger les consommateurs, et accuse le lobby chimique davoir
" quasiment vidée de sa substance " cette directive en réduisant
le nombre de produits visés de trente mille à dix mille. "
Les chimiquiers veulent externaliser les risques pour maintenir les profits
", sindigne t-il, " le coût sociétal serait de
six cents millions deuros sil était pris en charge par les
industriels mais sera de quatre à cinq milliards de dépenses de
santé pour la collectivité ". Autre exemple de lobbying à
propos dune directive, la part de cacao qui a été réduite
dans les produits chocolatiers, au détriment des producteurs de cacao.
Et Exxon Mobil a obtenu de ladministration Bush que les Etats-Unis reviennent
sur leur engagement de signer le protocole de Kyoto, après avoir, entre
autres, " fait signer une pétition à dix-sept mille pseudo
scientifiques, dont une chanteuse des Space Girls, niant tout lien entre les
activités industrielles et humaines et le réchauffement climatique
".
David Garcia, lautre co-auteur du livre, évoque les activités
politico-économiques de la United Fruits au Guatemala et au Honduras,
allant jusquau coup dEtat. Daprès lui, le tournant
de lhistoire fut laccident de Bhopal en décembre 1984 et
le refus dUnion Carbridge puis de son repreneur Dow Chemical dassumer
leurs responsabilités. Il se réjouit que Nike, exclu en 1997 de
lindice social Domini contrairement à Reebok, ait annoncé
en 1999 la création de Global Alliance pour évaluer la situation
des salariés des sociétés indonésiennes travaillant
pour elle. De même Gap " bat sa coulpe " en 2004 à propos
des conditions de travail en Chine et crée quatre vingt dix postes de
conseiller éthique pour vérifier que les sous-traitants respectent
le code de bonne conduite édicté par lentreprise. David
Garcia voit naître " lébauche dun contrôle
citoyen direct des multinationales " qui ne passe plus par lintermédiaire
des ONG et des syndicats mais prend la voie judiciaire : en 1999, une plainte
collective de trente cinq mille ouvriers de lîle de Saïpan
a fait condamner des multinationales, le Cour européenne de justice a
donné raison a des militants condamnés pour diffamation envers
MacDonald par la justice britannique, la cour dappel de New York a validé
la plainte de deux adolescents rebelles qui reprochaient à cette même
chaîne de leur avoir caché que la consommation de hamburgers était
mauvaise pour la santé. Mais les lobbys font voter des lois à
leu convenance : la chambre des représentants a voté une loi,
surnommée " cheesburger act ", qui vise à interdire
toute poursuite contre les rois de la malbouffe, en France, lamendement
visant à interdire les boissons gazeuses dans les distributeurs scolaires
et les publicités destinées aux enfants a été dévoyé
par les sénateurs.
Le contrôle citoyen apparaît aussi dans la lutte menée par
les femmes adivasis au Kerala contre Coca-cola qui vide les nappes phréatiques
et pollue la région. Aux Etats-Unis, les citoyens se disent quil
faut surveiller les multinationales : Wallmart a pour slogan " des prix
toujours plus bas " et on parle de wallmartisation de léconomie
américaine, avec une baisse de linflation obtenue grâce à
des salariés " payés deux ou trois fois moins cher que dans
les autres entreprises de distribution ". A Inglewood (Californie) limplantation
prévue dun magasin Wallmart rencontra le refus des ONG, la création
de collectifs citoyens, et une réponse négative au référendum
organisé par la municipalité, ce qui dissuada Wallmart de simplanter.
En France, nous navons pas de référendum dinitiative
populaire, déplore David Garcia, mais Arnaud Montebourg semploie
à changer cela.
Eric Loiselet cite larticle de Patrick Artus paru le matin même
dans Libération affirmant que le capitalisme na plus de sens et
dit que Le Forum citoyen pour la RSE, dont il est porte parole, nest pas
loin de partager cette analyse. Les multinationales nont quune préoccupation
: lextension de leur droit à opérer. Le Forum citoyen veut
instaurer le " contrôle démocratique des très grandes
entreprises " car il faut " remettre les monstres au service de tous
". Regrettant léchec du Forum européen multi parties
prenantes et insistant sur la nécessité de maintenir larticle
116, Eric Loiselet sétonne aussi que les pouvoirs publics soient
incapables de dire combien des sept cents entreprises cotées soumises
à lobligation de la loi NRE la respectent effectivement.
Le Forum citoyen demande que le rapport annuel soit établi en concertation
avec les parties prenantes, que les institutions représentatives du personnel
donnent leur avis et que lon trouve des modalités pour associer
les ONG au processus de concertation.
Il souhaite aussi la mise en place par les pouvoirs publics dun outil
de veille logé dans une des directions centrales, accompagné dun
appel aux équipes de recherche universitaires.
Le Forum citoyen fait campagne pour interpeller les entreprises sur leur reporting
social et environnemental. Les études dAlpha Conseil et du CFIE,
les publications dAlternatives économiques ont montré que
certaines entreprises sont de " mauvais élèves " : Bouygues,
Lagardère, Cap Gemini
Yannick Jadot de Greenpeace France affirme que nos sociétés reculent
en matière de choix démocratique, le rôle de lEtat
est de plus en plus dévolu aux entreprises, comme on la vu à
Johannesburg. On constate une réelle délégation de lintérêt
général aux entreprises.
Il propose des pistes de travail : récréer un rapport de forces
social avec les entreprises. Les écologistes ont gagné à
laffaiblissement du rapport social dans les entreprises, celles-ci sintéressant
plus à leur image dans la société que de ce que pensent
leurs salariés. Mais pour une véritable RSE, il faut créer
des liens entre ceux qui sont à lintérieur de lentreprise,
y compris sous les aspects de la santé au travail, et ceux qui sont à
lextérieur, y compris les consommateurs. On ne peut pas gérer
les choix de société sans faire intervenir les citoyens, il faut
donc un cadre réglementaire qui aille du local à linternational.
La multinationales doivent être comptables des dégâts quelles
causent, il faut créer un cadre international qui permette de juger Dow
Chemical ailleurs quen Inde.
Cest en France, qui possède les plus grandes multinationales de
leau, que sest créée pour le contrat mondial de leau
ACME- dont des homologues existent désormais dans différents
pays, quil conviendra de fédérer. Son représentant
regrette que lorganisation des Nations Unies sappuie sur le rapport
Camdessus, lequel propose de développer le partenariat public-privé
en matière de traitement et de distribution deau. Pour lACME,
cela signifie donner les marchés au secteur privé qui fera payer
les consommateurs. Lassociation a intenté un procès à
Vivendi pour faire la lumière sur des provisions dun montant de
47 milliards de francs français déposées sur un compte
en Irlande. Les trois multinationales françaises de leau, Vivendi,
Suez et la Lyonnaise, se partagent 80% du marché français, alors
quaux Etats-Unis ou en Suède, la part du privé nest
que de 15%. En Bolivie et dans dautres pays du sud, des réactions
importantes se font jour contre les multinationales qui ne cherchent quà
faire du profit et non pas à apporter de leau potable à
chacun. Et les objectifs du millénaire ont été revus à
la baisse dans le domaine de leau.
En France, lagriculture représente 70% de la consommation deau,
lindustrie 20% et le consommateur 10% seulement et pourtant, déplore
le représentant de lACME, cest lusager qui finance
à 70% alors même que les agriculteurs et les industriels polluent.
En région parisienne, un accord de Danone avec la SAGEP permet à
lindustriel de prélever de leau dans la nappe phréatique
et de la vendre en bouteille, Coca-Cola utilise leau dIle-de-France,
Schwepps celle de la région dAvignon, alors que leau nest
pas une marchandise comme les autres : on ne peut pas laisser les groupes prélever
de leau pour la vendre.
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Délocalisation fiscale chez Colgate
Le site de Colgate France affiche fièrement le message du président : " Colgate sengage dans le monde entier à assurer trois valeurs fondamentales : Respect, Travail en équipe et Amélioration continue ". Lentreprise sest dotée dun code de conduite et affirme que " la réputation de Colgate est fondée sur des normes déthique les plus élevées. Ensemble, nous partageons la responsabilité de préserver et daméliorer cette réputation. Notre but a toujours été de respecter les principes dintégrité, dhonneur et de souci des autres tout en se conformant rigoureusement à la loi. "
Le groupe met en exemple son engagement dans plus de 80 pays pour " aider plus de 46 millions denfants à acquérir des réflexes dhygiène à travers un programme déducation sur la santé bucco-dentaire ". De mauvais esprits pourraient ne voir dans ce programme quune campagne marketing bien faite, les enfants éduqués à se brosser les dents avec des produits Colgate devenant des consommateurs à vie, contrairement à leurs parents qui entretiennent leur dentition avec le traditionnel et gratuit bâtonnet frotte-dents.
Mais revenons à lEurope. Cest certes en se conformant rigoureusement à la loi que le groupe étatsunien a transféré son siège européen de France, pays dimplantation historique, en Suisse où la loi fiscale est particulièrement intéressante. Jean-Claude Rech, secrétaire du Comité dentreprise européen de Colgate Palmolive, dénonce cette " délocalisation fiscale " qui détruit des emplois en France. Il est persuadé que de nombreux groupes internationaux sont sur cette même stratégie, qui inclut lopacité des décisions prises à la holding de tête ; le paiement minimal dimpôts grâce à la localisation dans les paradis fiscaux ; la séparation du marketing et du financier dune part, de la production et des tâches considérées comme périphériques de lautre, celles-ci étant dévolues à des filiales dépendantes ou à la sous-traitance ; enfin toujours plus dexigence en matière de rendement financier : Jean-Claude Rech parle pour Colgate dun objectif de 60% pour la marge brute et de 25% pour la marge nette.
Lhelvétotropisme des multinationales saccélère depuis deux ans, comme le constatent les nombreuses sociétés suisses de conseil à limplantation. Lesquelles insistent sur les facilités fiscales un taux dimpôt sur les sociétés autour de 20% du revenu net, parfois beaucoup moins dans certains cantons, contre 30 à 40% dans les pays voisins- mais aussi sur la flexibilité de la main duvre polyglotte, productive et allergique aux grèves, son long temps de travail, la facilité avec laquelle on peut lui imposer des heures supplémentaires et la licencier, le tout pour un coût global dans la moyenne européenne. Les groupes dorigine française ny échappent pas, surtout lorsque les capitaux internationaux montent en puissance dans le capital. " Alcan a déjà son siège en Suisse " fait remarquer Jean-Claude Rech, " dès que Nestlé aura pris le contrôle de LOréal, le siège de celui-ci partira aussi ".
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Le CES altermondialiste ?
" La mondialisation est un fait, elle peut et doit être un bienfait pour lhumanité " : lavis Pour une mondialisation plus juste, créer des opportunités pour tous, présenté par Alain Deleu au Conseil économique et social français se situe dans une perspective humaniste, même si certains groupes insistent sur la primauté de laction économique.
Créée
par le Conseil dadministration du Bureau international du Travail, la
Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation a remis son
rapport, insistant particulièrement sur lamélioration de
la gouvernance à tous les niveaux local, national, régional,
mondial-. Le gouvernement français a demandé un avis sur ce rapport
au Conseil économique et social. Dans un document très fourni,
la section des relations extérieures, avec Alain Deleu, ancien président
de la CFTC comme rapporteur, passe en revue les propositions de la Commission
et préconise des actions spécifiques.
La CES propose lextension internationale de la loi sur les nouvelles régulations
économiques et son agrandissement aux entreprises non cotées :
" Le Conseil économique et social préconise le soutien fort
des investissements socialement responsables, encourageant lengagement
des entreprises dans la voie de la RSE. Amplifier ce courant de placement éthique
passe par la lisibilité des bilans sociaux et environnementaux des entreprises,
une pratique instaurée en France depuis 2001 pour les entreprises cotées
en Bourse, qui gagnerait à être promue et prolongée par
une initiative législative européenne et par laction de
lOCDE. Outre lintérêt que pourrait présenter
un tel bilan pour de grandes entreprises non cotées, le Conseil économique
attire lattention sur la responsabilité juridique que ces bilans
doivent engager, sur lopportunité dun examen préalable
avec les représentants syndicaux et les élus du personnel, et
sur le champ de leur investigation (périmètre de consolidation
du groupe, conséquences pour les fournisseurs et les sous-traitants).
Il propose que les pouvoirs publics établissent un rapport annuel présentant
la synthèse et lévaluation de ses rapports ".
Le rapport Deleu propose à la France et à lUnion européenne des actions concrètes telles que mener une action volontariste en matière déducation et de formation, accroître laide publique au développement, relancer le processus de Lisbonne, encourager lapplication des normes fondamentales du travail grâce à un système de préférences généralisé qui tienne compte dindicateurs de pauvreté et de développement. Il propose aussi des réformes du système multilatéral " susceptibles de changer le cours de la mondialisation ", que ce soit la création dune organisation mondiale de lenvironnement, louverture du G8 à de nouveaux partenaires ou la création dun Conseil de sécurité économique et sociale. Tout cela sans oublier " la mobilisation de lopinion et des forces vives de notre pays par le dialogue et le débat constructif, pour faire dune mondialisation plus juste laffaire de tous ". Et pour cela, le CES entend " encourager la responsabilité sociale des entreprises par le respect des normes élaborées par les institutions internationales et les autorités nationales ou régionales, la négociation collective et la promotion des expériences dISR et des bilans sociaux et environnementaux des entreprises, améliorer les procédures de suivi des principes directeurs de lOCDE et de la déclaration de principes tripartites de lOIT sur les entreprises multinationales et la politique sociale, notamment grâce à une labellisation du respect des normes fondamentales du travail, favoriser les partenariats publics privés pour le développement, valoriser la diversité des formes dorganisation économique en favorisant les formes artisanales et libérales, la coopération et léconomie sociale, soutenir les initiatives économiques éthiques : commerce équitable, commerce éthique, microcrédit. "
Lavis a été adopté le 23 février 2005 par 186 voix et onze abstentions. Parmi les groupes des syndicats de salariés, seul FO, tout en votant lavis, marque une méfiance vis-à-vis de la RSE quelle assimile aux codes de conduite dont se dotent les entreprises, dans lesquels elle voit une " alternative à la responsabilité des gouvernements " et une " menace de démantèlement des accords collectifs et du code du travail ". Le groupe des entreprises privées, qui approuve lavis et félicite le rapporteur, souhaite insister sur trois points qualifiés par lui dessentiels. Le développement économique est " la clé et la condition nécessaire sinon suffisante " du progrès des pays les plus pauvres dans tous les autres domaines ; il faut pour assurer ce développement économique un transfert massif de savoir-faire un " Plan Marshall de la formation professionnelle "- et une meilleure anticipation des conséquences sociales dans les pays industrialisés, en particulier en France, de la nouvelle division internationale du travail, dans une " vision moins malthusienne du partage du travail " car " une mondialisation plus juste nest pas un jeu à somme nulle dans laquelle les progrès des uns se feraient aux dépens des autres ".
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Les liens du mois
:
http://www.egaliteprofessionnelle.org/
http://www.ces.fr/rapport/doclon/05022802.pdf
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