La Missive de Gestion Attentive

N°11 - mai 2005

Edito : La France, l'Europe et la RSE

Dans la campagne référendaire sur le traité constitutionnel en France, on a beaucoup évoqué le " social " et guère le " sociétal ", ni la notion de responsabilité.
Les importations et les délocalisations angoissent, le plombier polonais et l'ouvrière de confection chinoise sont ressentis par bon nombre de Français comme d'insupportables menaces, même pour le cheminot ou le professeur. On reproche à l'Etat de ne pas assez protéger mais pas aux entreprises d'avoir omis d'anticiper : l'immobilisme des secteurs dans la tourmente économique apparaît plus légitime que des restructurations pourtant indispensables. Ainsi celles-ci se font à chaud, quand les marges de manœuvre, tant sociales qu'économiques, sont restreintes.
En matière de commerce international en provenance de pays à bas coût de main d'œuvre, les uns parlent de dumping social, les autres d'avantage comparatif. Le débat, comme souvent, est piégé. D'une part les mots et les chiffres ne sont pas directement comparables : avec un revenu de trois cents euros par mois, une personne peut être misérable ou prospère selon l'endroit de la planète où elle habite. D'autre part, il n'y a rien de choquant à ce que la frugalité travailleuse d'une génération permette à un pays émergent de gagner des marchés à l'exportation et donc à la génération suivante d'accéder à de meilleures conditions de vie et de travail.
Mais il est inadmissible qu'un enfant aille à l'atelier plutôt qu'à l'école ou qu'un adulte s'échine quinze heures par jour assurer sa seule survie à court terme. C'est bien là que la notion de " travail décent ", préconisé par l'Organisation internationale du travail, est parfaitement signifiante. Pour la dignité de chaque être humain mais aussi pour que le protectionnisme n'avance pas masqué derrière le souci du bien d'autrui.
Il y a la production et il y a l'achat. La déferlante des vêtements chinois qui émeut le secteur du textile et de l'habillement ne trouble pas celui de la grande distribution. Le salarié aimerait bien des barrières douanières, le client achète à bas prix sans état d'âme.
Le consommateur devrait pouvoir faire des choix en toute connaissance de cause: il serait légitime que chaque acheteur, devant les linéaires de son super marché ou les rayons du commerçant du coin, puisse savoir quelle est, outre la salubrité et la qualité organoleptique, le caractère sociétal de la conserve de crabe ou de la chemise qu'il s'apprête à mettre dans son panier. Est-il bon pour l'environnement ? A-t-il été fabriqué selon les normes de l'OMC ? A-t-il été transporté dans un navire qui à la fois respecte le droit des gens de mer et évite les dégazages en mer?
Des labels et des campagnes d'information essaient de renseigner le consommateur sur son choix mais cela ne concerne qu'une minorité de produits. Des grandes marques affichent des chartes qui ne sont pas toujours suivies ni vérifiées. La transparence n'est déjà pas la manifestation principale de l'industrie des biens de consommation quand il s'agit des caractéristiques physiques du produit ; on peut donc penser qu' il y a encore beaucoup de chemin à faire pour que les qualités sociétales s'affichent clairement ! C'est pourtant indispensable pour que le consommateur puisse acheter de façon sociétalement responsable.

Marie-Noëlle Auberger

- o -
ISO26000 : premiers travaux

Les premiers travaux pour l'élaboration des lignes directrices sur la RSE dans le cadre de l'organisation internationale de normalisation ont rassemblé au Brésil 220 experts de 43 pays. De plus, vingt-quatre organisations de liaison, représentées par trente-neuf experts, sont présentes à Bahia : Organisation Internationale du Travail, United Nations Global Compact, Organisation Mondiale de la Santé, ONUDI Organisation des Nations Unies pour le développement Industriel, CNUCED, Consumers international, Chambre de commerce internationale, World Business Council for Sustainable Development, SAI Social Accountability International, GRI Global Reporting Initiative, et des organisations régionales.
Les participants français qui présentaient le compte rendu des travaux devant la commission " D2 et RSE " de l'AFNOR ont noté la faiblesse de la représentation africaine et l'absence totale de la partie francophone de ce continent. Les francophones sont d'ailleurs très peu présents, et Christian Brodhag a ensuite attiré l'attention de l'Agence Internationale de la Francophonie sur ce sujet.
Thierry Dedieu (CFDT) a été nommé co-animateur du groupe de travail " Définitions et principes ", il s'agit là de la seule responsabilité confiée à un représentant des travailleurs et elle n'a pas été acquise sans lutte.
Des intérêts contradictoires s'affrontent, certains acteurs ont une vision très éthique de la responsabilité, d'autres sont là pour faire du business. La question est de savoir vers quel objet on s'oriente, sachant qu'il sera de toutes façons d'une autre nature que d'habitude à l'ISO. Pourra t-on s'orienter vers des solutions gagnant-gagnant ? Rien n'est certain mais la référence introduite à la réglementation internationale et nationale a permis une certaine décrispation des Etats et l'OIT a vu sa place reconnue par l'ISO. Pour que tous les pays s'y retrouvent, il est nécessaire que le résultat des travaux soit bien des lignes directrices et qu'elles comprennent une bonne dose de flexibilité.

- o -
Industrie textile et RSE

Depuis des siècles, le secteur du textile et de l'habillement a une importance fondamentale dans l'industrialisation des pays et dans le commerce international. Ricardo et Marx l'ont pris en exemple, l'un de l'avantage comparatif, l'autre de la destruction du mode de production artisanal par la manufacture. C'est aussi un lieu privilégié de combat social et politique, symboliquement choisi par Gandhi comme emblème de l'émancipation indienne. Plus récemment, à partir de 1995, ce secteur a été le cadre de la première grande campagne internationale à propos de ce qu'on n'appelait pas encore la RSE. Le collectif " De l'éthique sur l'étiquette " (" Clean Clothes Campaign " au niveau international) rassemble des associations et des syndicats de travailleurs pour veiller à ce que les vêtements achetés dans les pays industrialisés soient produits dans des conditions dignes, et interpelle particulièrement la grande distribution.
Les Etats se sont préoccupés de la filière textile habillement dans les négociations internationales. A la suite de différents marchandages au sein du GATT (accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) le coton, puis en 1974 toutes les fibres textiles ont fait l'objet d'un accord dérogatoire dit " accord multifibre " instaurant des quotas d'importation. Il s'agissait d'un régime provisoire, le temps que les pays anciennement industrialisés restructurent leur industrie alors que les importations en provenance des pays à bas salaires avaient tendance à augmenter. Reconduit plusieurs fois, l'accord multifibre a fait l'objet, lors des négociations de Marrakech en 1994, d'une prolongation pour une période de transition de dix ans au cours de laquelle s'effectuait un démantèlement par étapes. La Chine était en dehors de ces accords car elle n'appartenait pas au GATT. L'Organisation Mondiale du Commerce, créée en 1995 en remplacement du GATT, a accepté la Chine en 2001. Au 1er janvier 2005, comme prévu, les digues ont disparu et dans les premiers mois de 2005, comme c'était prévisible, les importations chinoises ont déferlé.
" Nous disons oui à la mondialisation si elle profite à tout le monde " explique Patrick Itschert, secrétaire général de la FSE-THC, Fédération européenne des syndicats de l'habillement, du textile et du cuir. Prenant acte du fait que le coût de l'heure de travail est de 15 euros en Europe, 50 centimes en Inde et 25 centimes au Bangladesh, il considère que cela n'a aucun sens de tenter de concurrencer ces pays sur le bas de gamme. Certains pays européens comme le Royaume-Uni ont totalement abandonné la filière, d'autres comme la France l'ont partiellement rénovée, par une politique de niche vers le haut de gamme, le sur-mesure, le textile technique hors habillement. En tout état de cause, en France et ailleurs le secteur continue de perdre des emplois, non seulement dans les premiers prix mais encore dans le milieu de collection : les pays asiatiques savent monter en gamme. Il faut, d'après l'organisation syndicale européenne, restructurer en Europe de manière responsable et aller ailleurs de manière tout aussi responsable. Restructurer en Europe de manière responsable, cela signifie avoir une gestion prévisionnelle des emplois, anticiper les reconversions - mutations qui " font mal " car il n'existe pas d'emplois alternatifs - et aussi informer, consulter. Il existe malheureusement trop de mauvaises pratiques, comme celles de ce groupe de Chicago qui décide, sans information ni consultation, de détruire huit mille emplois en Europe parce que la filiale ne rapporte que 6 à 8%. Pour cela, il faudra revoir la Directive sur les Comités d'entreprise européens et sortir des rapports annuels sociétaux.
Pour Guillaume Sarkozy, le président de l'Union des industries textiles, le syndicat patronal français de la branche, " le dialogue social n'est pas la solution ", celle-ci résidant dans la montée des barrières entre la Chine et l'Euromed. Parlant devant l'Association des Journalistes de l'Information Sociale, Guillaume Sarkozy qualifiait la situation de " catastrophique ". Il voit dans la conjonction du bond des importations en provenance de Chine et de la baisse des prix la preuve que " on n'est pas dans une économie de marché ". Volonté centralisée de capturer le marché mondial, manipulations monétaires, vol de propriété intellectuelle : " la notion de prix n'a pas de sens en Chine " affirme t-il. " Face à une stratégie d'Etat, le tissu industriel français est composé de PME ". L'UIT reconnaît que la reconversion des activités n'a pas été une priorité et que les difficultés n'ont pas été anticipées, et affirme que maintenant " il faut s'y mettre ". Refusant de sacrifier le textile habillement à l'industrie aéronautique, Guillaume Sarkozy en appelle donc aux pouvoirs publics et demande que l'Europe se protège effectivement et efficacement des exportations chinoises. Les entreprises européennes n'ont pas les moyens de s'adapter à la mondialisation, les fonds structurels européens pourraient les aider mais ils ont le défaut d'être régionaux et non sectoriels. La déferlante chinoise dans les pays industrialisés a des conséquences très fortes dans les autres pays asiatiques, souligne Patrick Itschert. Lors de la Conférence " Responsible competitiveness ", il insistait sur le fait que les conditions de travail des ouvriers chinois, parfois proches du travail forcé, avaient un effet d'entraînement sur l'ensemble des travailleurs de ce secteur. Les entreprises ne doivent pas entrer en concurrence sur la surexploitation des travailleurs, affirmait ce même jour Ineke Zeldenrust, de Clean Clothes Campaign : le bas prix de la main d'œuvre est bien un avantage comparatif mais 72 heures hebdomadaires de travail pour une bouchée de pain, ce n'est pas acceptable. Les clauses sociales ne doivent pas être du protectionnisme déguisé mais au contraire permettre une concurrence loyale. La concurrence sera plus saine si les entreprises respectent toutes les droits fondamentaux, le maximum de 48 heures hebdomadaires et assurent la sûreté de l'environnement de travail. Cependant aujourd'hui, sous l'influence de la concurrence chinoise, dans le monde entier des entreprises licencient ou revoient les conditions de travail à la baisse : le Bangladesh augmente les heures supplémentaires, les Philippines suppriment le service minimal, le Cambodge a perdu dix pour cent de ses emplois.
Ce pays, le plus dépendant au monde de la filière - les exportations de vêtements représentent 80% de ses exportations - présente un cas très particulier. Il avait conclu en 1999 un accord bilatéral avec les Etats-Unis qui lui accordait un bonus de quota s'il pouvait démontrer l'amélioration des conditions de travail. Un système d'inspection par l'Organisation Internationale du Travail garantit les progrès. Mais ce réel effort pour l'amélioration des conditions de travail ne s'est nullement accompagné de la reconnaissance du droit des travailleurs à s'organiser. Il y a une certaine contradiction à vouloir faire du respect des normes de travail un avantage comparatif et laisser les syndicalistes se faire tuer dans la rue. Depuis le début de l'année 2005, la répression syndicale s'est aggravée et la pression sur les salaires s'amplifie. Le Monde syndical, l'organe de la Confédération Internationale des Syndicats Libres, souligne que les grandes marques occidentales disent attacher de l'importance au respect des normes de travail mais en même temps mettent la pression sur les entreprises pour qu'elles réduisent les prix et les délais de livraison. On se retrouve devant un cas flagrant d'injonctions paradoxales.

- o -
Responsabilité sociale et compétitivité

Existe-t-il des liens entre la responsabilité sociale des entreprises et la compétitivité des entreprises et des nations qui la pratiquent ?
C'est la question à laquelle le colloque " Compétitivité responsable " organisé le 19 avril à Bruxelles par la DG emploi et AccountAbility, tentait de répondre.
Pour Odile Quintin, directeur général de la DG Emploi affaires sociales et égalité des chances, la RSE fait partie de la stratégie de Lisbonne révisée, qui cherche à faire de l'Union la zone la plus compétitive du monde dans le respect de son modèle social. Introduisant le colloque, Odile Quintin rappelait que ce modèle social européen, qui entend allier économie performante, niveau élevé de protection sociale et d'éducation, recherche du plein emploi et cohésion sociale, suppose partenariat et dialogue. La RSE combine des instruments législatifs, financiers et volontaires, elle n'est ni philanthropie ni opération de relations publiques. Elle n'est pas un substitut aux relations sociales ni aux politiques publiques mais consiste à aller au-delà des règles et à innover. Le Forum a créé les conditions d'un dialogue entre les entreprises, acteurs majeurs dans une économie mondialisée, et leurs parties prenantes. Ce travail doit se poursuivre et les parties prenantes doivent disposer d'une information sûre et vérifiable de manière indépendante. La Commission soutient un cadre européen de référence. Pour une mondialisation plus équitable, l'Union mène une politique extérieure mêlant échanges et partenariats ; il existe un lien explicite entre les Objectifs du millénaire des Nations Unies et la stratégie de Lisbonne.
L'Union apporte son soutien au travail de l'OIT et promeut avec elle le concept de travail décent.
La Commission apportera son soutien aux initiatives volontaires et présentera dans les prochains mois une communication sur la RSE.
Anna Diamantopoulou, ex-directeur de la même Direction, aujourd'hui membre du Parlement européen et ministre des affaires étrangères dans le " gouvernement fantôme " de Grèce, considère que la notion de RSE ne doit pas rester cantonnée aux entreprises. La stratégie de Lisbonne, comme le développement durable, exige la mise en place de stratégies nationales et régionales. Le partenariat, le dialogue entre l'entreprise et ses parties prenantes, permettront d'aligner les valeurs de l'entreprise sur celles de la Société. Lors du débat sur le pacte de stabilité, le réel effort de l'Union européenne pour mettre particulièrement l'accent sur la compétitivité et l'emploi dans la stratégie de Lisbonne conduit à intégrer la notion de compétitivité responsable.
Simon Zadek, secrétaire général de l'ONG AccountAbility, réseau soutenu depuis de longues années par la DG Emploi, reconnaît que l'on s'est trop polarisé sur les entreprises et que la responsabilité a aussi des aspects plus larges. Comment la RSE est-elle liée à la compétitivité des nations, des régions, des villes ? Il faut mêler des stratégies intelligentes tant en matière de commerce qu'en matière politique. La RSE peut-elle contribuer à la compétitivité? La réponse pour lui est " oui, dans l'ensemble ", si on sait s'affranchir des stratégies marketing à court terme. Au niveau macroéconomique aussi la RSE est un facteur de compétitivité, il en voit l'exemple dans le développement de l'économie noire en Afrique du Sud, les exportations de fruits et légumes du Chili et le tourisme dans la ville de Londres. AccountAbility entend explorer les liens entre la RSE, microéconomique, et la compétitivité nationale et régionale. Pour lui, la RSE peut expliquer certains facteurs de compétitivité et AccountAbility a mis au point un indice pour mesurer la RSE et la comparer aux performances de commerce international. Il en conclut que le Danemark et le Costa Rica ont un surplus de responsabilité significatif et la Chine, le Japon, la Corée et les Etats-Unis un déficit. Il déplore que les Etats et régions ne connaissent pas mieux les entreprises et que celles-ci n'agissent pas plus au niveau macroéconomique. Si BP et Shell regroupaient les autres pétroliers, elles pourraient agir sur le changement climatique. L'Europe est peut-être arrivée à un stade où la RSE uniquement volontaire n'est plus suffisante, la réglementation et le business interfèrent l'un sur l'autre, la question est de savoir quelle est la bonne combinaison de stratégies pour que la RSE contribue à l'augmentation de la compétitivité. A cela, Anna Diamantopoulou réplique que, si la réglementation répond à un besoin, la RSE ne peut pas être tirée par elle mais nécessite un travail important en amont, dans le domaine des normes.
Dirk Pilat, économiste en chef à l'OCDE, regrette que l'Europe ait une mauvaise utilisation de sa main d'œuvre - pas assez de personnes sur le marché de l'emploi et qui travaillent moins longtemps qu'ailleurs - et n'investisse pas assez dans les technologies de l'information qui induisent une augmentation de la productivité. L'Europe est à la traîne parce qu'elle n'innove pas suffisament. La RSE peut faire la différence dans un certain nombre de domaines : un meilleur accès au marché des capitaux, des ressources humaines plus motivées et plus qualifiées, des clients plus exigeants, des marques meilleures, une plus grande flexibilité. Cependant, elle est difficile à mettre en œuvre pour les PME et les autonomes (" self employed "). A la question de savoir si la RSE réduit ou gonfle les profits et la productivité, il n'y a pas de réponse claire.
Selon certains investisseurs, l'entreprise est une entité pour maximiser le profit sous contraintes, la législation faisant partie de celles-ci ; pour d'autres les relations non financières avec les parties prenantes augmentent la compétitivité à long terme. Le secteur énergétique est au cœur des débats sur le réchauffement climatique, note Peter Cornelius, économiste en chef chez Royal Dutch Shell. Le groupe s'engage à contribuer au progrès des pays dans lesquels il travaille, il y est présent pour des décennies et a donc besoin de stabilité institutionnelle. L'indice de classement de la soutenabilité environnementale (environnemental sustainability), l'indice du développement humain et celui de la corruption des pays producteurs de pétrole sont moyennement corrélés. L'éthique des affaires est parfois supérieure à la réglementation, en particulier dans le domaine de la corruption. Peter Cornelius souligne que les pays qui se sont spécialisés dans l'exportation de ressources naturelles ne font pas de bonnes performances en matière de croissance du PIB, comme l'a montré le " désastre hollandais " des années 70. La dotation en ressources naturelles peut saper le développement par l'effet de rente, en freinant la modernisation et en confortant les disparités.
Henderson Global Investors est un gestionnaire d'actifs de taille moyenne dont la philosophie allie durabilité (sustainability) et responsabilité. Nick Robins, chef des fonds ISR, affirme qu'il existe un lien entre responsabilité et compétitivité, notamment dans le secteur pharmaceutique. Cependant, les Etats-Unis accusent un fort déficit de responsabilité mais sont très forts dans l'innovation. L'union européenne, qui a introduit implicitement la RSE dans la stratégie de Lisbonne, doit innover plus afin d'être attractive pour les investisseurs.

- o -
La convergence de cinq référentiels européens en matière de RSE.

La Commission de normalisation " Développement durable et responsabilité sociétale " de l'AFNOR a entendu le compte-rendu par Karen Delchet d'une analyse de cinq référentiels européens en matière de RSE. Une première étude avait été conduite en 2003 sous l'égide de la Direction Générale Entreprises de l'Union européenne, portant sur Sigma, AA1000, VMS et Q-RES, conduisant à un rapport européen. Afin d'élargir ce rapport à SD21000, il a été procédé à une étude bibliographique de fond sur les différents référentiels, puis des tables rondes dans les différents pays ont permis aux entreprises européennes d'échanger entre elles, pour arriver à un rapport final en mars 2005.
Il est possible d'apprécier dans les grandes lignes la nature des différents référentiels. Le document Q-RES, établi par le Centre d'éthique de l'université de Castellanza (Italie) et appliqué par Glaxo et ENEL, est fondé sur le contrat social et prend en compte les parties prenantes, une vérification par tierce partie étant effectuée afin d'augmenter la confiance de celles-ci. VMS, du Centre d'éthique des affaires de l'université de Constance (Allemagne) et appliqué par Siemens, Novartis et l'Aéroport de Francfort, est un référentiel court (il ne comporte que quatre pages) traduit en plusieurs langues Dans la logique classique de système de management, il permet une autoévaluation avec éventuellement une vérification par une tierce partie.
Sigma est issu du BSI, l'équivalent britannique de l'AFNOR, il a été appliqué par Marks&Spencer et Jaguar. Son approche, en cinq " capitaux " n'est pas très éloignée de l'approche " enjeux " du SD21000 de l'AFNOR. De nombreux outils viennent à l'appui du document : analyse, comparaison, liens avec ISO 9000 et 14000. Il n'est pas destiné à certification. AA1000 provient de AccountAbility, une organisation internationale basée au Royaume-Uni, et est appliquée par les mêmes entreprises que Sigma. Elle inclut le dialogue avec les parties prenantes, ses pratiques d'audit sont bien rodées, elle bénéficie d'une reconnaissance internationale.
L'étude européenne a étudié les " valeurs et principes " des référentiels, cependant il conviendrait peut-être mieux de parler des " champs " de la RSE ou des " approches ", des " préoccupations ". Pour Q-RES, c'est la théorie du contrat social qui prime, pour VMS l'éthique d'entreprise, pour AA c'est rendre compte aux parties prenantes, pour SD21000 et Sigma le développement durable.
Pour ce qui est du processus de management -soit les étapes génériques incontournables- il apparaît que SD21000 est le plus complet.

- o -
Les liens du mois :

Le site AFNOR sur le D2
Le site de l'UIT
Le Monde Syndical
Conférence "responsabilité et compétitivité" (19/04/2005) : il faut se contenter des actes en anglais

 

numéro précédent

numéro suivant

retour à l'accueil