N°14 - septembre 2005
Edito
: Entreprises, associations, salariés et bien commun
Le mécénat de compétences
RSE et rôle des parties prenantes
Mécène et licencieur
Le ministre de l'emploi dénonce l'inefficacité
des services du même nom
Produits industriels : en attendant un bilan écologique
global (la suite)
Un nouveau confrère et un guide pratique RSE
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Edito : Entreprises, associations, salariés et bien commun
A une semaine d'intervalle
se tenaient en septembre deux colloques portant peu ou prou sur les rapports
entre entreprises et associations, l'une organisée par le Centre Français
d'Information sur les Entreprises, l'autre par IMS - Entreprendre pour la cité
et Admical.
Du premier, on retiendra que les accords cadres internationaux sont plus fiables
que les codes de conduite octroyés ; du deuxième on aura appris
que le mécénat en général et singulièrement
le mécénat de compétences est pour les entreprises une
méthode d'implication et de fidélisation des salariés et
pour les associations le moyen d'améliorer leur professionnalisation.
Dans le cas d'une simple relation financière, la seule décision
de la direction suffit à apporter quelque chose à l'association
; dans le mécénat de compétence, il faut que le salarié
accepte de consacrer une partie de son temps à une cause extérieure.
Que ce temps lui soit payé ou non, en tout état de cause il paye
de sa personne. La poursuite du bien commun par le mécénat de
compétence met en œuvre une relation triangulaire.
Des deux, on se souviendra que les relations entre entreprises et associations
auraient tendance à passer du gouffre au couple, et que les associations
ont elles-mêmes des salariés et des problèmes de management.
Peu de temps auparavant, le géant étasunien Hewlett Packard annonçait
près de cinq mille suppressions d'emplois, dont mille deux cents dans
l'Hexagone, soit le quart des effectifs français, démontrant que
l'on peut être à la fois un mécène ostensible et
un licencieur sans état d'âme. Un certain nombre d'anciens salariés
de la multinationale vont donc grossir les rangs des demandeurs d'emploi. En
France, ceux-ci, qu'il viennent de géants ou de PME, sont, relativement
à ce qui se passe chez les voisins, assez bien indemnisés mais
restent plus longtemps au chômage. Cette durée ne provient pas
de la bonne indemnisation qui leur permettrait de faire la fine bouche mais
de l'inefficacité de l'accompagnement par un service de l'emploi éclaté
: c'est en tout cas l'appréciation du ministre de l'emploi. Intéressant,
n'est ce pas ?
Marie-Noëlle
Auberger
mna@gestion-attentive.com
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"Entreprises, salariés et associations pour un partenariat de compétences", c'est assez symboliquement au siège du Medef que ce colloque organisé par deux associations d'entreprises mécènes, Admical et IMS-Entreprendre pour la Cité, sous l'égide du Ministère de la jeunesse, des sports et de la vie associative, faisait se rencontrer le 13 septembre deux mondes qui s'ignorent de moins en moins.
Le mécénat
sportif, c'est bien, le mécénat humanitaire, c'est encore mieux,
disait en substance le président d' IMS-Entreprendre, Claude
Bébéar, qui ajoutait que le fin du fin n'était pas
d' envoyer un chèque mais d'impliquer les salariés de l'entreprise,
en les engageant à mettre leurs compétences au service d'associations
partenaires. Les entreprises françaises sont plutôt en retard dans
ce domaine, affirmait le bâtisseur de l'association AXA Atout cœur, également
promoteur de la charte de la diversité, mais elles font du mécénat
dans un esprit de modestie et de discrétion, contrairement aux entreprises
américaines qui en font un outil de marketing.
Jacques Rigaud, président d'Admical, qui a consacré
vingt-cinq ans à la reconnaissance du mécénat d'entreprise,
considère que celui-ci n'est ni un caprice du patron, ni un moyen de
racheter ses turpitudes par des indulgences, mais une des expressions de
la liberté d'entreprendre : choix souverain du partenaire, du secteur,
des méthodes, liberté de l'engagement, liberté d'arrêter,
de changer les termes du mécénat. "Fil tissé entre
l'entreprise et la société civile" selon l'expression
de Marianne Eshet, déléguée générale d'Admical,
le mécénat d'entreprise est passé de la logique de guichet
à un partenariat gagnant gagnant. Les salariés, d'observateurs,
sont devenus acteurs, dans la droite ligne de la RSE.
Le mécénat
d'entreprise peut prendre différentes formes : en numéraire
ou en nature, celui-ci se divisant en mécénat en produits et mécénat de compétences. L'apport de compétences
peut lui-même prendre deux formes, la prestation de services et
le prêt de main d'œuvre. La prestation de service, c'est la réalisation
d'une tâche déterminée au profit d'un tiers, par exemple
la restauration par Vinci de la Galerie des glaces ou la fabrication à
l'identique du billard de Louis XVI par une PME. Le prêt de main d'œuvre,
c'est Véolia qui envoie des experts en assainissement d'eau dans les
régions touchées par le tsunami.
Il ne fait pas confondre le bénévolat des salariés organisé
au sein de l'entreprise mais effectué hors du temps de travail et le
mécénat de compétences dans le cas duquel les salariés
apportent leur aide à l'association sur leur temps de travail. Néanmoins,
les frontières entre les deux sont parfois floues et certaines entreprises
prévoient un système mixte.
Depuis la loi du 1er août 2003, le mécénat de compétences
vers des associations d'intérêt général rend, comme
les autres formes de mécénat, l'entreprise éligible
à des avantages fiscaux. La réduction d'impôt est à
hauteur de 60% des versements (prix de revient pour la prestation de service,
salaire chargé pro rata temporis pour le prêt de main d'œuvre),
sous plafond de 5% du chiffre d'affaires. Si Deloitte, chez qui la déduction
fiscale est "génétique", tient le compte des heures
données par le salarié, les entreprises industrielles présentes
ne font pas toujours jouer l'avantage fiscal. Cependant, certaines sociétés
"se précipitent sur le mécénat de compétences"
pour réduire leur impôt. On en a même vu demander un dégrèvement
fiscal alors que les salariés aidaient une association sur leur temps
de loisirs. La loi reconnaît le droit à l'entreprise de communiquer
sur son mécénat mais pas de s'en servir dans un message publicitaire.
Souvent, les salariés sont d'autant plus favorables au mécénat
que l'entreprise ne communique pas sur lui.
Le mécénat de compétences peut se situer dans le cœur
de métier, tel celui de Sodexho avec Les Restos du cœur (fourniture
de repas chauds à des SDF et formation à la nutrition des bénévoles),
celui de Deloitte avec Solidarités Nouvelles contre le Chômage
(mise à disposition des équipements de e-learning, coaching de chômeurs bac+5) ou être plus général : aide dans
le domaine commercial, dans la constitution d'une base de données… Chez
Eau de Paris, la société d'économie mixte qui produit l'eau
de la capitale, les actions de solidarité -essentiellement des missions
de longue durée en Afrique ou en Asie du sud-est en coopération
avec des ONG- sont considérées de la même façon
que les autres missions, y compris dans l'entretien annuel d'activité
; le processus de sélection pour partir en mission est transparent et
le remplacement est organisé avec la hiérarchie.
Le mécénat de compétences dans le cœur de métier
peut vite glisser vers l'action commerciale ou être ressenti comme
tel. Ainsi a-t-on reproché à la Fondation France Telecom qui apportait
Internet en banlieue de "préparer l'avenir".
Qu'apporte le mécénat de compétences aux trois protagonistes : entreprise,
salarié, association ?
Les entreprises insistent sur la fonction intégratrice et fidélisante du mécénat de compétences ainsi que sur l'amélioration
des ressources humaines qui en découle, notamment par le décloisonnement
des équipes. Les missions apportent un esprit d'ouverture et d'adaptabilité
mais dans les périodes difficiles les managers sont souvent trop sous
tension pour s'impliquer à l'extérieur. De grandes entreprises
(Sanofi Aventis, EDF GDF) mettent à disposition du secteur associatif
leurs quinquas surnuméraires. De plus, le mécénat permet
un ancrage dans les territoires par la création d'un réseau de
correspondants.
Les salariés en tirent un épanouissement personnel et
une activation de réseaux professionnels, une connivence comme les
membres d'un même club. Dans les cabinets de consultants - Deloitte, Algoé
- la participation à une opération de mécénat de
compétences permet aux administratifs d'aller sur le terrain. Un sondage
réalisé auprès des salariés de Deloitte &Touche
aux Etats-Unis montre que 80% d'entre eux sont persuadés que le volontariat
a un effet bénéfique sur leur carrière.
Les organisations syndicales ont des attitudes diverses envers le mécénat
de compétences : indifférence, soutien poli ou affirmé,
hostilité car le salarié s'implique pour d'autres que ses collègues.
Les associations y trouvent une amélioration de leur fonctionnement
et/ou une meilleure professionnalisation de leurs membres. Il arrive
aussi que des salariés s'engagent dans un projet au point d'adhérer
à l'association, voire d'en devenir membre du conseil d'administration.
Mais, comme le note Philippe Chabasse, administrateur de Handicap International, le don endette celui qui le reçoit. Les associations qui ont l'habitude
de gérer le don, tant vis-à-vis de leur bénéficiaires
que vis-à-vis de leurs donateurs individuels sont confrontées
avec le mécénat d'entreprise à une problématique
complexe, particulièrement quand il s'agit d'une aide en compétences.
Il est important que l'association demande à l'entreprise ce dont elle
a le plus besoin et non ce qu'elle pense que l'entreprise est prête à
lui donner.
Pour Jean-François Lamour, ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, venu clore l'après-midi, le développement de la RSE est un élément moteur de la stratégie de l'entreprise qui s'ouvre sur la société civile. Le couple association - entreprise est en plein développement.
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RSE et rôle des parties prenantes
Les deuxièmes rencontres annuelles du CFIE ont eu lieu le 5 septembre 2005 à Paris, rassemblant autour de l'équipe du CFIE les représentants " responsabilité sociétale " de diverses associations, des chercheurs et des consultants.
Après un hommage à François-Xavier Verschave, pourfendeur de la Françafrique, récemment décédé, Martial Cozette faisait le point sur les activités du CFIE. Impact entreprises, la publication de l'association, entre dans sa neuvième année d'existence, après avoir modernisé sa formule ; elle se partage désormais entre l'électronique et le papier. Des études sont en cours sur l'électronique grand public, la pharmacie, ainsi qu'un référentiel sur les seniors dans les entreprises. En outre, le CFIE organise des rencontres entre les associations et les financiers et propose un bilan sociétal aux entreprises non cotées. Observateur des assemblées générales du CAC 40, le CFIE a mis en chantier la troisième édition du rapport sur la transparence des entreprises à partir des rapports de la loi NRE.
Il existe un
gouffre entre les entreprises et les associations, et les associations doivent
faire un effort pour faire connaître leurs réalités, expose
Philippe Chabasse de Handicap International. Cette association, qui mène
une campagne de lobbying pour l'interdiction des mines antipersonnel, s'efforce
de dialoguer avec les acteurs du monde économique. Une grande association
et une PME ont des préoccupations communes : un patron de PME dont le
chiffre d'affaires est de la même taille que le budget de l'association,
soit une quarantaine de millions d'euros, admirait que Handicap International
disposât d'un contrôleur de gestion ; des Jeunes Dirigeants découvraient
que les associations ne vivent pas d'amour et d'eau fraîche et qu'elles
ont des logiques institutionnelles, qu'elles doivent gérer les 35 heures.
La cible des Petits Frères des Pauvres est constituée par les
personnes en grande précarité de plus de cinquante ans. Cependant,
l'association interpelle aussi les entreprises sur le sort qu'elles réservent
aux seniors, car l'exclusion est un processus graduel et il faut agir en amont.
Pour Bernard Mazzaschi, les associations doivent pointer les contradictions
entre les discours des entreprises et leurs pratiques et leur faire prendre
conscience des effets de celles-ci, y compris en les interpellant en assemblée
générale.
Les entreprises doivent identifier les obligations qui leur sont données
par la déclaration des droits de l'Homme et les conventions de l'OIT
et mettre en place les outils pour y répondre, considère Jacques-Noël
Leclercq, d'Amnesty International. Même si les normes des Nations Unies
en matière de droits de l'Homme sont rejetées par le Medef
et certaines entreprises françaises, nombre de celles-ci sont de plus
en plus réceptives à ces concepts. Amnesty s'efforce de convaincre
les entreprises que les normes ne constituent pas des obligations supplémentaires
mais un nouveau cadre de travail. Cet instrument universel permettra de faire
des comparaisons internationales. Il ne faut pas oublier que si les droits humains
ne sont pas respectés dans l'entreprise, celle-ci n'est pas socialement
responsable et donc les investisseurs SR ne peuvent pas y investir.
Le collectif De l'éthique sur l'étiquette s'attache au
respect des droits de l'homme au travail sur les produits vendus en France,
en s'appuyant sur les normes de l'OIT. "Notre rôle est d'ouvrir la
porte pour d'autres, estime Luc Lamprière, récent délégué
du collectif, notamment les syndicats locaux." La RSE est née grâce
à des organisations comme celle-ci et les entreprises portent de plus
en plus intérêt à un dialogue avec les parties prenantes.
Mais les situations sont complexes au niveau local, le dialogue peut être
utilisé par certaines entreprises comme un moyen de faire traîner
les choses, il est selon les cas outil de dialogue ou de communication.
Transparence International compte quatre-vingt-dix sections dans le monde et
une organisation fédérative à Berlin. En France, elle
ne bénéficie d'aucun soutien des pouvoirs publics et est même
regardée avec méfiance. La lutte qu'elle mène contre la
corruption la fait considérer par certains comme l'agent du pouvoir américain
voulant empêcher Dassault de vendre ses avions dans le monde. La campagne
"publiez ce que vous payez" adressée aux compagnies pétrolières,
explique Jacques Terray, suppose un partenariat avec les compagnies pétrolières
et avec les pays, les uns et les autres acceptant de donner des chiffres.
Au cours du débat, on note que le code que les entreprises chimiques
mondiales avaient pris l'engagement de respecter après la catastrophe
de Bhopal n'est toujours pas en application vingt ans après. Cela
semble prouver que ce ne sont pas les chartes ou codes de conduite qui sont
efficaces mais bien les accords-cadres internationaux négociés
entre partenaires sociaux. Néanmoins, les normes volontaires deviennent
de fait obligatoires s'il existe un contre pouvoir bien organisé qui
peut s'attaquer au capital immatériel qu'est la marque. Mais comment
organiser le rapport de forces ? Le monde associatif est mal organisé
pour s'adresser à l'opinion publique. Il est nécessaire de monter
des coalitions : aux Etats-Unis, la campagne contre Walmart est menée
à la fois par les syndicats que l'entreprise refuse et par les actionnaires
religieux. Pour avoir un impact sur les entreprises, il faut agir auprès
des deux groupes auxquels l'entreprise porte attention, à savoir ses
actionnaires et ses clients, qu'il s'agisse du consommateur ou des grands comptes,
y compris l'Etat. La grande distribution a adopté des codes de conduite
à la suite de la campagne De l'éthique sur l'étiquette,
c'est mieux que rien. Cependant, il y a code de conduite et code de conduite
: une démarche mûrie en deux ou trois ans avec consultation
du personnel et des allers-retours, ce n'est pas la même chose que
le recours à une société de communication. En France,
la RSE n'est souvent qu'une réponse à l'obligation posée
par l'article 116 de la loi NRE, elle est prise en charge par les gens de la
communication et du marketing, alors qu'elle devrait être le résultat
d'un travail avec les organisations syndicales et les comités d'entreprise.
Les entreprises, rappelle Jacques-Noël Leclercq, ne sont pas
objets de droit international. En l'absence de code de conduite ou d'accord
cadre, elles ne sont tenues que de respecter la législation locale. Les
chartes et codes de conduite s'intéressent à toutes les parties
prenantes, les codes de conduite sont centrées sur les salariés.
Si les normes des Nations Unies sont adoptées, on pourra oublier les
codes de conduite mais pas les accords syndicaux. Ce sont les organisations
syndicales qui ont le pouvoir de négocier dans l'entreprise sur tous les sujets qui peuvent concerner les salariés, rappelle un syndicaliste
qui note aussi que ce pouvoir de négociation oblige les sections syndicales
d'entreprises à être toujours "le nez sur le guidon".
Et puis les organisations syndicales, c'est compliqué : il y a les confédérations,
les fédérations d'industrie, les sections syndicales d'entreprise….
Négocier avec la direction, ce n'est pas la même chose que de faire
de la sensibilisation du public aux cotés des ONG. L'arme du boycott
n'est guère appréciée par les salariés car c'est
eux qui se retrouveront à la rue si l'entreprise ferme. Il y aurait un
énorme travail pédagogique à faire, en commun avec les
ONG, pour former les équipes syndicales qui ne sont pas nécessairement
"tombées dans la marmite de la RSE quand elles étaient petites".
L'investisseur ne sait pas ce qui se passe dans l'entreprise, affirme un gérant
de portefeuilles, il est consommateur d'informations, qui lui sont données
aujourd'hui par la presse. Il faudrait un circuit court, directement des
ONG aux investisseurs mais il n'existe pas en France de coalition d'ISR.
Si on veut n'investir que dans les entreprises vertueuses, on ne peut plus investir,
fait remarquer la représentante d'une banque, on est donc obligé
de relativiser. L'actionnaire a un certain poids mais plus sur la durée
que ponctuellement. Il y a peu de gestion éthique en France, de l'ordre
de 0,4% du total, contrairement à ce qui se passe chez les Anglo-saxons
ou en Suisse, entre autres parce que la gestion des valeurs mobilières
y est dominée par les banques qui donnent la priorité à
la clientèle des entreprises et pas aux petits porteurs. Néanmoins,
il faut noter que deux grandes banques de la place comptent une quinzaine d'analystes
éthiques.
Les rapports
sociaux et environnementaux présentent-ils une image fidèle de
la réalité ? Les entreprises disent que répondre aux
questionnaires coûte cher, en temps et en argent, soulignant que celui
du GRI compte trois cents indicateurs ! On a aussi un vrai problème de
normalisation : les méthodes de calcul des émissions de CO2 ne
sont pas les mêmes d'un questionnaire à l'autre, c'est pire pour
les concept plus délicats. Et chacun définit les enjeux à
sa manière. On retrouve la question des critères : qu'est ce qui
permet de dire que l'entreprise est socialement responsable ?
Ces rapports, même imparfaits, peuvent servir de base au dialogue,
surtout s'ils sont étudiés avec une certaine mémoire. Il
serait temps que la RSE soit incluse dans la formation syndicale. Il appartient
aux acteurs, qu'ils soient investisseurs socialement responsables, comités
d'entreprise, sections syndicales ou ONG, de s'emparer des rapports, sans oublier
l'articulation entre le global et le local, pour voir comment les intentions
proclamées au siège social sont mises en oeuvre dans les sites.
L'implication
des parties prenantes n'est pas aujourd'hui, notamment en France, ce que
les participants aux rencontres souhaiteraient qu'elle soit. Si les parties
prenantes des entreprises utilisaient plus les rapports loi NRE, elles pourraient
pousser à leur amélioration, voire aller jusqu'au contre rapport
comme cela se fait au Royaume-Uni.
L'idée est lancée d'un forum qui fasse connaître les ONG
aux entreprises et inversement. Et quand on dit entreprise, on pense à
la fois dirigeants et organisations syndicales. Concrètement, on pourrait
envisager des partenariats, les ONG et les organisations syndicales s'invitant
réciproquement à leurs sessions de formation.
Il faut des lieux de confrontation et de débats entre parties prenantes.
La coordination des actions a fait ses preuves : c'est l'expérience du
collectif De l'éthique sur l'étiquette et le Forum citoyen pour
la RSE. Sur certains sujets, il existe un consensus entre syndicats et ONG ;
sur d'autres des contradictions : il faut en parler. D'autre part, un grand
acteur brille par son absence, l'Etat régulateur.
A la question, "la RSE est-elle un instrument de progrès ?" la réponse pourrait être "oui mais". La crise est un accélérateur de RSE mais transformer l'entreprise demande du temps. La dimension du long terme manque, du fait de la pression à court terme des actionnaires. Les facteurs d'efficacité sont l'éducation du consommateur, le rôle de l'Etat et des pouvoirs publics. La formation à la responsabilité sociétale dans les entreprises passera par certaines fonctions, entre autres celles des achats et de la gestion des ressources humaines, avec la difficulté apportée par le fait que le cadre en question à des comptes à rendre à sa hiérarchie et est pris dans des intérêts corporatistes. De plus, il existe une certaine confusion sémantique : certaines entreprises préfèrent parler de développement durable plutôt que de RSE, alors que le développement durable est un concept macroéconomique.
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Sur sa page d'accueil,
l'entité française d'un groupe multinational, affiche fièrement
ses valeurs : "Responsabilité sociale de l'entreprise, développement
durable, éducation, e-inclusion, environnement, mécénat
et philanthropie". On peut lire un peu plus loin : "La démarche
citoyenne d'XX est centrée sur les trois domaines (…) dans lesquels elle
développe depuis plusieurs années de nombreux projets : le
mécénat, l'investissement sociétal, l'environnement."
Plus de cent vingt associations sont soutenues en France par l'entreprise
ou sa fondation, dans les domaines de la Culture, de la Philanthropie et
de l'Education (avec les majuscules). Et le "rapport de citoyenneté
mondiale" 2003, le seul disponible sur le site le 21 septembre 2005,
n'oublie pas les salariés : "Nos salariés sont l'un de nos
principaux atouts économiques. Afin d'attirer et de retenir les meilleurs
talents, XX doit offrir des opportunités de développement individuel,
ainsi que des salaires compétitifs et un bon équilibre entre le
travail et la vie privée. Pour que nos salariés partagent le succès
que l'entreprise connaît grâce à eux, nous proposons des
opportunités professionnelles indexées sur les performances. Nous
créons avec eux un environnement de travail sûr, motivant et
fédérateur, qui met en valeur la diversité et reconnaît
les contributions individuelles, tout en les aidant à s'épanouir
dans leur travail" même si "la pression liée aux performances
peut conduire à de longues heures passées au travail".
Si l'internaute alléché clique sur le site dédié,
il trouve sous le titre "Bienvenue sur le site de recrutement XX"
de bien jolies choses : "avec XX, vous découvrirez un environnement
multiculturel et multinational. Un environnement ouvert et basé sur le
travail en équipe, flexible et innovateur, où nous encourageons
les mouvements d'un métier à l'autre. Aujourd'hui aux finances,
demain au marketing. Pourquoi pas ? Et pour couronner le tout, nous proposons
un programme de rémunération qui met à l'honneur les contributions
significatives. Chez XX, votre succès est le nôtre. Alors, venez
le partager." Mais le moteur de recherche d'emploi affiche "Aucune
offre d'emploi n'est actuellement disponible. N'hésitez pas à
revenir plus tard".
Mais XX met en place son troisième plan de suppression d'emplois en cinq
ans. Le quart des effectifs français devra partir. Avec des indemnités
confortables et la prise en charge par l'assurance chômage nationale,
certes. Mais sans doute pour beaucoup d'entre eux, avec le goût amer d'avoir
cru que trente ans sous la pression liée aux performances donnait la
moindre chance de garder son emploi quand le siège californien décide
que les salariés ouest-européens sont trop chers.
Car XX, vous l'avez reconnu, c'est HP. Hewlett Packard qui annonce son troisième
plan de suppressions de postes en cinq ans, qui licencie pour préparer
l'avenir, qui déplace l'emploi d'ouest en est après avoir abondamment
reçu des subventions publiques, qui achète ses propres actions
pour améliorer le rendement pour les actionnaires et fait payer aux salariés
les erreurs stratégiques de la direction. Tout cela est conforme aux
droits nationaux. Sans avoir le fantasme de l'emploi à vie, on peut quand
même se demander si certaines entreprises ne devraient pas avoir la décence
d'éviter de parler de RSE et de se proclamer "citoyen du monde".
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Le ministre de l'emploi dénonce l'inefficacité des services du même nom
Les mauvais résultats obtenus par la France en matière
d'emploi s'expliquent aussi par la multiplicité des acteurs qui
interviennent en la matière, sans coordination ni méthodes
communes. Les Assedic accomplissent leur tâche assurantielle, l'ANPE
fait de la mise en relation instantanée mais pas de gestion prévisionnelle
des emplois, le dispositif de formation professionnelle est placé sous
la responsabilité des conseils régionaux, les chambres consulaires
vivent leur vie, tandis que les Missions locales et autres services de l'Etat
agissent selon leur propre logique. Ce "système aux légitimités
éclatées" est inefficient. Ce constat sévère
était celui de Jean-Louis Borloo, ministre de l'Emploi, de la Cohésion
sociale et du Logement du gouvernement Villepin, lors de sa rencontre avec l'Association
des journalistes de l'Information Sociale le 6 septembre 2005.
Pour le ministre, le service de l'emploi fonctionne bien dans des pays aux options
politiques différentes mais qui sont tous caractérisés
par l'unicité, sinon des opérateurs, du moins des guichets. Alors
que le système français de l'emploi connaît "des légitimités
éclatées", l'efficacité exige d'une part que l'ensemble
des prestations soit rendu au même endroit et d'autre part que les
besoins soient prévus et la formation adaptée. Une expérience
de guichet unique et de dossier unique en cours à Tours et Nancy a obtenu
de bons résultats mais il convient de faire la part de l'enthousiasme
des pionniers.
Contrairement à ses homologues des autres pays européens, le
demandeur d'emploi français est très mal accompagné,
ce qui explique le temps important qu'il met à retrouver du travail.
Le chômeur fait le point théoriquement tous les six mois, dans
la pratique cela peut n'être qu'une fois par an. A partir du 1er janvier
2006, le rendez-vous devrait être mensuel, et devenir hebdomadaire en
fin d'année, comme dans les job centers britanniques. Le nombre
d'agents affectés à l'accompagnement des demandeurs d'emploi est
nettement inférieur en France à ce qu'il est à l'étranger
mais le nombre total d'agents du service public de l'emploi est du même
ordre de grandeur. ANPE, Assedic, Missions locales : chaque opérateur
a son back office qui occupe le tiers des effectifs totaux. Un glissement
fonctionnel est à prévoir pour dégager des opérationnels
et des milliers d'agents seront embauchés à l'ANPE.
L'amélioration du fonctionnement du service public de l'emploi devrait,
selon le ministre, permettre une diminution du taux de chômage de trois
points en cinq ans. Sur le terrain, on est plus sceptique. Encore faudrait-il
avoir les moyens d'accompagnement, disent les conseillers, donc être plus nombreux. Plus nombreux et surtout plus pertinents, disent parfois
les usagers. Une jeune diplômée littéraire ayant commis
l'imprudence de dire à l'antenne de son quartier qu'elle avait fait des
stages pendant ses vacances et du baby-sitting pendant l'année a été
inscrite comme demandant un CDI à plein temps de baby-sitting, nonobstant
un double cursus à bac+4. Et les querelles de chapelle n'ont pas
cessé : dans certaines antennes cadres de l'ANPE, on déconseille
fortement aux clients d'aller voir l'APEC alors que cette association paritaire
se prétend pour sa part à la fois légitime et efficace.
La fin officielle du monopole de placement de l'ANPE a permis aux agences
d'intérim d'afficher qu'on peut aller chez elles pour trouver un CDI
et à une société d'origine australienne de faire du reclassement
dans le Nord Pas de Calais. Ces nouveaux acteurs seront-ils efficaces ? Pour
le moment, les faits n'ont pas encore parlé.
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Produits industriels : en attendant un bilan écologique global (la suite)
Un fidèle
lecteur trouve que nous n'avons pas assez insisté sur la nocivité
des sacs plastiques. Il écrit : "Passer du jetable au durable
est toujours plus profitable à la planète et si les sacs de caisses
ne font qu'un poids infime des ordures, vous savez :
- qu'ils ont une très haute valeur symbolique pour le consommateur et
donc leur arrêt aussi
- que ces sacs font des ravages visuels à 20 km autour de toutes les
villes du tiers monde
- que plusieurs espèces de la faune marine en meurent étouffés
- que nos réseaux d'égouts en débordent et doivent donc
être inutilement surdimensionnés."
Nous souscrivons à cette analyse de l'importance symbolique du sac de
caisse ; nous avions simplement souligné le caractère ambivalent
des campagnes de publicité qui se piquent d'écologie.
On nous signale aussi une campagne des Amis du vent contre les sacs plastiques fractionnables, qui seraient une fausse solution au problème. Les sacs biodégradables, eux, ouvriraient une issue acceptable.
On aura du mal
à exiger du consommateur européen de faire ses courses dans un
cabas comme sa grand-mère et de rendre les bouteilles consignées
mais il ne s'agirait que de lui demander de renoncer à un peu de confort
; il ne serait pas responsable de demander à la villageoise africaine
qui n'a pas l'eau courante de renoncer au bidon de plastique pour revenir à
la jarre artisanale, respectueuse de l'environnement mais si lourde, même
vide, sur son épaule.
Déchets industriels, y compris nucléaires, et ordures ménagères
représentent, nous dit une spécialiste de la question, plus
du tiers du trafic de camions sur les routes françaises. Ce qui n'est
pas négligeable pour les rejets de gaz à effet de serre et ni
en matière d'utilisation de produits pétroliers. Aussi une initiative
intéressante est-elle signalée par un autre lecteur, la Semaine
de Réduction des Déchets. "Il s'agit d'un événement
annuel organisé pour la quatrième année consécutive
par le Réseau des Recycleries & Ressourceries. L'objectif est de
sensibiliser le grand public à la problématique des déchets
et principalement des encombrants." Cette semaine aura lieu du 17 au 23
octobre dans toute la France, l'initiative étant partie du Nord-Pas-de-Calais,
région particulièrement sensible à ces questions. Le
réseau des Recycleries & Ressourceries gère les "encombrants",
en valorisant ceux qui peuvent l'être par tri, nettoyage, réparation
et en recyclant par démontage et dépollution ceux qui ne peuvent
avoir une nouvelle vie.
Ajoutons qu'au-delà du bilan écologique global, il faudrait un bilan socio-économique global. Car parfois le social peut se trouver en contradiction avec l'écologique. C'est l'exemple bien connu des légumes de contre saison : les haricots verts cueillis à la main en Afrique apportent un revenu important à leurs producteurs et peuvent même être digne du label de commerce éthique ; ils sont transportés par avion et camion, ce qui est très mauvais pour l'atmosphère.
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L'institut IMS-Entreprendre
pour la Cité lance une newsletter électronique IMS dédiée
à l'engagement sociétal des entreprises, adressée "aux
adhérents de l'IMS, aux principaux acteurs du développement durable
et de la RSE, ainsi qu'à la presse". Les adhérents de la
région Rhône-Alpes bénéficieront d'une version intégrant
l'actualité de leur région.
… et un guide pratique RSE
Le n°20 de septembre 2005 d'Alternatives Economiques Pratique, collection des hors-séries du mensuel bien connu, s'intitule "La responsabilité sociale des entreprises". L'évaluation sociale et environnementale, les labels, les normes, les notations, le rôle des cadres, le cas des PME, les formations spécifiques : pour 9 euros, ce que l'honnête homme du XXIe siècle ne doit pas ignorer.
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Les sites de ceux qu'on cite
- Les amis du vent
: www.lefestivalduvent.com
- Semaine de Réduction des Déchets : voir le site internet du
Réseau des Recycleries & Ressourceries : www.recycleries-ressourceries.org
dans la rubrique Réseau et la sous rubrique Semaine de Réduction
des Déchets
- IMS-Entreprendre pour la Cité : www.imsentreprendre.com
- Admical, mécénat d'entreprise: www.admical.org
- le CFIE:
www.cfie.net
- Hewlett Packard France : http://welcome.hp.com/country/fr/fr/companyinfo/index.html