La Missive de Gestion Attentive

N°16 - novembre 2005

Sommaire
Edito:conflit dur, consensus mou et compromis dynamique
Courbe en J et alliances
"Gestion participative" dans les PME françaises
"Changer le travail, oui mais ensemble"
Rémunération et transparence
les nouvelles régulations internationales
Les sites de ceux qu'on cite

 

Edito: Conflit dur, consensus mou et compromis dynamique

Le débat sur l'objet de l'entreprise, quand il est présenté comme le choix entre " créez de la valeur pour l'actionnaire, le reste suivra " versus " tenez compte de toutes les parties prenantes de manière équivalente " n'a pas plus de sens que l'opposition entre la guerre de classes -où le capital ne peut que prendre au travail et réciproquement- et la collaboration de classes -où les intérêts des travailleurs sont nécessairement compatibles avec ceux des actionnaires-.
Les entreprises ne peuvent pas accéder à toutes les demandes, explicites ou implicites, de toutes les parties prenantes. Ces demandes peuvent être contradictoires car tous ne portent pas les mêmes enjeux. Il est de la responsabilité entreprenariale de hiérarchiser les demandes des parties prenantes et de mener un réel dialogue social, enrichi d'un dialogue sociétal sur le territoire.
Les rapports entre les différents acteurs déterminent largement ce qui est dévolu aux uns et aux autres. L'harmonie totale n'est pas de ce monde. Les différentes parties prenantes ont des intérêts qui différents, même certains d'entre eux sont communs ou si des convergences peuvent exister dans certaines circonstances. Le consensus n'a pas à être un but en soi, surtout s'il est compris comme le moyen de cacher la réalité des différents jeux d'acteurs sous le voile d'une union sacrée à laquelle personne ne croit. Mais les conférences de consensus où on note sur quoi on est d'accord et sur quoi on ne l'est pas, comme les accords de méthode où on se met d'accord sur ce sujet du débat, peuvent permettre d'arriver à des résultats. Le compromis est alors possible, qui gère les concessions réciproques des acteurs en présence pour permettre un progrès de l'ensemble. Le consensus sur la forme permet un compromis sur le fond. Les compromis sont dynamiques, dans les deux sens du terme : ils font évoluer la situation et ne sont pas valables pour l'éternité. Tout accord ne peut être signé que pour un temps déterminé ou prévoir des modalités de revoyure. Sinon, ce qu'on croyait gravé dans le marbre ne correspond plus à l'évolution des choses - certains diront au nouveau rapport de forces- et les acteurs qui peuvent gagner à un nouvel état du compromis le remettront en cause alors que ceux qui ont à y perdre feront tout pour le maintenir en l'état. Il faut mieux qu'une évolution soit prévue et maîtrisée et que chacun sache que, dans un monde qui bouge, les compromis qui durent sont ceux qui savent évoluer.
Les entreprises françaises ne pratiquent guère la gestion participative, alors même que la législation -Constitution, code du travail- prévoit un droit de regard des salariés sur la gestion de l'entreprise qui les emploie et qu'elle incite à une participation à la gestion par le biais des accords d'intéressement. Mais de fait, ces accord sont rarement mis en place et quand ils le sont c'est plus souvent dans une perspective purement financière, une façon de donner en franchise fiscale et sociale un bonus salarial. Pourtant la négociation d'un accord d'intéressement présente l'opportunité de faire réfléchir ensemble les parties prenantes internes sur les objectifs managériaux, et il serait particulièrement intéressant qu'il intègre des critères de développement durable.
Critères qui restent largement à expliciter de manière concrète. Dans le contexte où le corpus normatif international de base, - Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et Conventions Fondamentales de l'Organisation Internationale du Travail- est lui-même contesté, tant par ceux qui le considèrent comme trop occidental que par ceux qui pensent que la puissance ne donne que des droits, la formalisation des normes internationales de la RSE est l'enjeu de rapports de force et de jeux d'acteurs, elle sera aussi le résultat d'un compromis dont il faut espérer qu'il sera à la fois équilibré, stable et évolutif : vivant, en d'autres termes.

Marie-Noëlle Auberger
mna@gestion-attentive.com

P.S. : Le mois de novembre ayant été particulièrement fertile en débats sur le développement durable et la RSE, nous ne pouvons rendre compte de toute cette richesse dans ce seul numéro. Les passionnants travaux du Commissariat Général du Plan, entre autres, seront vus plus tard.

retour au sommaire

Courbe en J et alliances

Fondact, Association pour la gestion participative, l'épargne salariale et l'actionnariat de responsabilité, tenait le 22 novembre son colloque annuel, sur le thème "Participation et dialogue social : leur évolution et leur avenir, dans quel capitalisme?".

Lors de la table ronde, Jean-Paul Betbeze, conseiller du président et du directeur général du Crédit Agricole, estimait que l'indispensable réforme de la société française, sans laquelle nous connaîtrions une crise majeure, passerait par une "courbe en J". Dit vulgairement, cela ira plus mal à court terme pour aller mieux à long terme. Mais la courbe en J sous estime le fait qu'à court terme comme à long terme, il y a des perdants et des gagnants et que ce ne sont pas nécessairement les mêmes dans les deux horizons temporels, nuance Bruno Amable, professeur à Paris X Nanterre, pour qui le problème est fondamentalement politique. On est passé, continue l'universitaire, à un modèle social-démocrate où les managers faisaient alliance avec les salariés contre les actionnaires à un modèle néo-libéral où les managers et les actionnaires se liguent contre les salariés. Il n'y a pas de renversement d'alliance, affirme Léo Apotheke, président de SAP, le seul géant européen du logiciel, le rôle du management est de réconcilier toutes les parties prenantes. Le modèle gagnant, c'est celui de la coopération entre managers, actionnaires et salariés pour satisfaire les clients et la société, ce qu'on appelle le développement durable, affirme un participant. Les groupes sociaux ont des intérêts divergents et ils doivent passer des compromis, persiste à dire Bruno Amable, et ces compromis passés à un certain moment avantagent plus les uns que les autres. L'harmonie générale est une vue de l'esprit.

retour au sommaire

"Gestion participative" dans les PME françaises

Lors des rencontres Fondact, Louise Guerre, ancienne présidente du Centre des Jeunes Dirigeants, présentait une enquête Fondact portant sur la bilan de la gestion participative dans les PME.

Plus de 93% des entreprises ne pratiquent pas la gestion participative… ou 7% la pratiquent, selon que l'on préfère voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Louise Guerre note qu'une enquête auprès des adhérents du CJD avait fait apparaître un taux de 17%, soit de près du double. Mais ce qu'on appelle ici " pratiquer la gestion participative ", c'est simplement avoir un accord de participation ou d'intéressement, c'est-à-dire une rémunération collective supplémentaire liée aux bénéfices de l'entreprise ou à des objectifs quantifiables, en matière de résultat financier ou physique (amélioration de la productivité de l'atelier, diminution du taux de rebut, baisse des contentieux, par exemple), les objectifs du plan d'intéressement pouvant être différents d'une partie à l'autre de la collectivité de travail.
En France, la participation financière des salariés aux bénéfices de l'entreprise est obligatoire pour celles qui emploient plus de cent salariés. Les plus petites ne sont pas tenues de mettre en place un système de participation mais l'enquête montre que certaines entreprises de 10 à 49 salariés ont des accords de participation alors que d'autres, comptant de 100 à 249 salariés, contournent la législation. L'intéressement n'est pas obligatoire, il doit être négocié avec les représentants du personnel.
Plus de la moitié des entreprises enquêtées ont un Plan d'épargne, dont 80% un PEE, 8% un Plan d'Epargne Groupe, 6% un PEI (surtout les 50/99) et 6% un PERCO (surtout les 100/249). Pour mettre au point un plan d'épargne, le plus souvent la PME cherche l'aide de sa banque ou répond aux sollicitations de celle-ci (35%), s'adresse à son commissaire aux comptes ou à son expert-comptable (28%) ou plus rarement à un conseil spécialisé (13%). Les partenaires impliqués dans la négociation sont le Comité d'entreprise dans les plus grandes et les délégués du personnel dans les plus petites.
Pourquoi mettre en place un système de participation ou d'intéressement ? La participation est mise en jeu pour bénéficier des allègements de charges et pour motiver les salariés. Les chefs d'entreprise considèrent qu'il n'est pas question de revenir en arrière mais il apparaît que l'outil n'est pas optimisé. L'intéressement permet d'associer les salariés à la gestion, c'est un système ressenti comme moins contraignant et plus approprié. Néanmoins, les entreprises éprouvent la crainte, fondée, que la signature d'un accord de participation ne déclanche un contrôle URSSAF. D'une manière générale, les dirigeants de PME n'aiment pas trop les systèmes collectifs, ils préfèrent distribuer des primes discrétionnaires. Cependant, les entreprises qui pratiquent l'intéressement veulent continuer à le faire.
L'actionnariat salarié est pratiqué par 9% des entreprises. Il s'agit surtout d'ouvrir le capital à un ou deux cadres pour les fidéliser, voire dans une perspective de succession. Il n'est pas une préoccupation des salariés du rang, note Florent Clariana, de FO Métallurgie, alors même qu'il arrive que le délégué syndical, à peine nommé, se fasse licencier sous un faux prétexte.
Pourquoi ces excellents systèmes de participation financière largo sensu sont-ils si peu utilisés ? Pour Dominique Ledouble, président d'honneur du Conseil supérieur de l'ordre des experts comptables, c'est peut-être parce qu'au dessous d'un certain seuil la notion de collectif n'a pas de sens, ou bien parce que les systèmes où le chef d'entreprise n'est pas concerné lui-même ne le tentent guère. Pour ce qui est de la complexité, elle ne peut pas être un obstacle car les chefs d'entreprise la font gérer par les commissaires aux comptes. Il s'agit plus d'un manque d'information et d'un manque de temps. Le manque d'information peut être pallié par l'échange entre chefs d'entreprise et l'action de facilitateurs tels les professionnels de la comptabilité. Il faut que l'accord d'intéressement corresponde à la culture de l'entreprise et que les partenaires sociaux trouvent ensemble des critères en lien avec la stratégie de l'entreprise.
Les associations patronales Croissance Plus et Centre des Jeunes Dirigeants essaient de promouvoir la gestion participative mais les syndicats patronaux, qu'il s'agisse du Medef ou de la CGPME, ne sont pas porteurs, note Louise Guerre qui déplore que la CGPME n'ait pas répondu à l'invitation de Fondact. Ce dernier, curieusement, avait oublié de convier l'UPA, pourtant en flèche dans la promotion du dialogue social.

retour au sommaire

"Changer le travail, oui mais ensemble"

Cet ouvrage de Henri Rouilleault et Thierry Rochefort, est préfacé par Jean Gandois, ancien président du Medef et postfacé par Jean-Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral de la CGT. C'est dire si les dirigeants de l'ANACT montrent ainsi leur attachement au dialogue social dont l'association tripartite est une des acteurs.

Le travail change, expliquait Henri Rouilleault lors de sa présentation de l'ouvrage au club RDS Réalité du dialogue social. La mondialisation et les nouvelles technologies de l'information et de la communication entraînent une décomposition de la chaîne de valeur, l'individualisation progresse et la population active vieillit. Ces phénomènes conduisent à une organisation sous tension. Dans cette organisation sous tension, l'ambivalence du travail est accentuée. Certains intervenants apportent des processus, des thématiques du changement concerté. Des actions collectives interentreprises se mettent en place pour les PME. La fin des années soixante et des années soixante-dix avaient vu posée la question de la qualité de la vie au travail, dans la continuité de cette action mais dans un contexte différent, il convient d'associer les salariés et leurs représentants aux changements nécessaires.
Il existe un espace pour le changement concerté, assure Thierry Rochefort, tant sur les objets de changement - nouvelles technologies, compétences, etc.- que sur le système d'acteurs et de relations professionnelles -articulation entre le management, l'encadrement, les salariés et opérateurs, les représentants du personnel-. Soulignant les tensions autour de la reconnaissance du travail, de l'appartenance -le " désir de métier ", de la contribution productive du travail -comment le valoriser- , les auteurs plaident pour une intervention socio-gestionnaire du travail. L'efficacité productive de l'atelier n'est pas nécessairement celle de l'établissement, l'efficacité productive à court terme est différente de celle à moyen et à long terme. En entreprise, on a affaire à un système d'acteurs.
Le problème de la performance est un problème global, souligne Jean Gandois, on ne peut pas avoir une bonne performance en vivant dans un monde d'exclus et des chômeurs. On ne peut pas avoir un dialogue social si on ne dit pas quels sont les valeurs et les objectifs que l'on se donne, même s'ils ne sont pas tous partagés. On a l'impression que l'objectif unique est devenu la création maximale de valeur pour l'actionnaire, or cet objectif, important, ne peut pas être unique. Il faut aussi se soucier du client, du personnel, de l'environnement. Si une entreprise n'a pas cette vision globale, elle sera difficile à gérer et il lui sera extrêmement difficile d'engager un dialogue social. L'actionnaire est un acteur important mais pas unique, c'est ce qui fait la différence entre le modèle européen et le modèle anglo-saxon. Le changement du travail est un système d'acteurs qui ont à la fois des intérêts communs et des intérêts divergents. Il convient de pratiquer la concertation mais aussi de reconnaître le besoin d'arbitrage et de médiation.
Il faut lier la méthode et le contenu pour aller à un changement de système, affirme Jean-Christophe Le Duigou. Le travail doit être remis au centre, ce travail qui sélectionne et exclut, ce travail qui est à ses yeux profondément malade. La France possède le plus haut taux de productivité horaire et cinq millions de personnes exclues d'un véritable emploi. Ceci ne peut qu'interpeller la syndicalisme, qui peut avoir tendance à défendre l'existant. Il existe aujourd'hui un déficit dans la relation entre travail et capital, d'où une crispation sociale. "Je ne crois pas au consensus" affirme Jean-Christophe Le Duigou, le consensus, c'est la mort, il ne permet pas d'évoluer ; le débat et la confrontation permettent de progresser.
La question du travail et de ses changements est important pour la CFDT, insiste Stanley Jacquet, dont l'organisation prépare son prochain congrès. Pour lui, plaçant le salarié au cœur de l'action syndicale, cette confédération a la volonté de négocier les changements au travail, en posant le question de l'autonomie des acteurs et celle de l'affichage d'une stratégie. Les revendications sur les salaires, les conditions et la durée du travail, la participation demeurent mais le syndicalisme entend aussi peser sur les choix d'organisation.
Henri Rouilleault ne croit pas lui non plus au consensus mais il croit au compromis. Pour y arriver, il faut impliquer plus fortement l'ensemble des porteurs d'enjeux. Il faut passer de la défiance à la construction progressive de la confiance, tenter de passer de logiques antagonistes à une logique de protagonistes.

retour au sommaire

Rémunération et transparence

Les rémunérations des dirigeants des sociétés françaises cotées sont en baisse de 9% ! Elles s'élèvent néanmoins à 3,1 millions d'euros pour 2004 en moyenne (appointements annuels, options comprises) pour les présidents du SBF 120 et 5,6 millions pour les présidents du CAC 40. Ce repli est du principalement à la baisse de la valeur des donations d'options, selon l'étude de Proxinvest, société dont le but est "d'aider les investisseurs votant en assemblée générale à apprécier la justification de ces rémunérations et d'appuyer les administrateurs dans leur contrôle". L'étude note qu'un certain nombre de sociétés ne brillent pas par leur transparence et que des anomalies récurrentes demeurent : refus de communiquer l'information légale, bonus versés alors que les performances ne sont pas au rendez-vous, versements déguisés, parachutes…
Conformément à la loi du 26 juillet 2005 "pour la confiance et la modernisation de l'économie", la rémunération des dirigeants sera obligatoirement votée par les actionnaires, à partir des assemblées générales de 2006. Si les petits actionnaires s'en mêlent, cela risque de ne pas être triste…

retour au sommaire

 

Les nouvelles régulations internationales

"RSE et développement durable : les enjeux stratégiques des nouvelles régulations internationales" était l'intitulé de la deuxième séance du forum des entreprises et du développement durable organisé par le ministère de l'environnement et du développement durable.

Un message de la ministre, Nelly Ollin, retenue auprès du Président de la République, faisait état sans ambiguïté du soutien du gouvernement français au Pacte Mondial. L'originalité française est de mélanger le volontaire et le réglementaire ; les entreprises françaises rendent compte selon les normes du GRI dont l'adoption est volontaire et selon la loi NRE qui est obligatoire.
Le forum est un lieu où les têtes de réseau peuvent se concerter, explique Christian Brodhag, délégué interministériel au développement durable, on en a besoin car le périmètre de la RSE n'est pas stabilisé : le Livre Vert y mettait le social et l'environnement, d'autres y mettent le sociétal, et la relation entre le développement durable et la RSE n'est pas claire. Les différents réseaux donneront du corps à ces concepts.
Les démarches internationales sont-elles cohérentes? demande Frédéric Tiberghien, commissaire adjoint au plan. Les sources des normes de la RSE sont à la fois publiques et privées, en interaction permanente. Les normes internationales publiques émises par l'ONU et ses organisations spécialisées -OIT, PNUD, PNUE- sont les plus légitimes. Il existe aussi des normes régionales, celles du Conseil de l'Europe - convention européenne des Droits de l'Homme, Charte sociale- et les normes et démarches de l'Union Européenne. A coté, prennent place des normes privées : normes comptables, normalisation ISO -association de droit privé- , reporting GRI, rapports de personnes privées sur la gouvernance d'entreprise -Cadbury au Royaume-Uni, Viénot et Bouton en France-, chartes et codes de conduite comme les Sullivan Principes proposées par un pasteur sud-africain. Les matières couvertes sont nombreuses : comptabilité financière, relations du travail, protection de l'environnement, droits de l'Homme, gouvernement d'entreprise. Ces normes peuvent s'attacher au reporting ou aux systèmes de managemnt, et des approches thématiques peuvent se combiner avec des approches par secteur.
Quelle est la hiérarchie des normes? Il y a des traités qui s'imposent aux Etats ; les entreprises n'y sont pas soumises mais l'application effective de ces normes dépend d'elles. Il existe ensuite les lois et règlements nationaux. Puis la soft law ou normes molles des engagements pris, de la déontologie des entreprises, des référentiels de management et des labels. Certaines normes prévoient l'intervention de tiers, tels les audits sociaux chez les fournisseurs.
Les entreprises demandent une harmonisation des normes mais elles adhérent à l'ordre international qu'ont voulu les vainqueurs de 1945 : un régime politique démocratique, le respect des droits de l'Homme, la libéralisation des échanges mondiaux et le soutien au développement. Un deuxième élément de cohérence réside en le fait que, ne fournissant que des minima, les normes laissent un espace pour ceux qui veulent aller plus loin. Derrière les démarches de RSE, il y a des conceptions différentes, voire opposées. Qu'est ce qu'une entreprise? Le marché peut-il réguler la RSE ou faut-il une intervention publique? Il existe un débat sur les modèles sociaux, et dans certaines zones on pense que les droits de l'Homme doivent connaître des variations.
Pour Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel Alternatives Economiques, la diversité n'est pas gênante. Se situant "du côté du verre à moitié vide", il trouve intéressant que le secrétaire général de l'ONU se soit adressé directement aux entreprises mais considère que le Global Compact a plutôt été un élément de dévalorisation des démarches RSE, du fait de la faiblesse du contrôle et des évaluations. Les lignes directrices de l'OCDE sont intéressantes, et l'existence des points de contact nationaux est novatrice mais le rapport OECE Watch sur cinq ans de mise en oeuvre de ces PCN est très critique : ainsi en France il ne comporte que les entreprises et les syndicats sous la tutelle du ministère des finances. Le projet de norme de l'ONU sur les droits humains est lui aussi très intéressant mais les entreprises sont étonnamment timides. Quand au travaux de l'ISO, Guillaume Duval se demande si le cadre de l'association de normalisation est bien adapté à la régulation de la RSE. Il s'interroge sur l'utilité d'une norme qui ne serait pas certifiable et regrette la timidité française vis-à-vis de SA 8000 qui certes est très anglo-saxon mais a le mérite d'exister. Pour ce qui est de la fédération du commerce et de la distribution, elle a tort de rester en dehors de SA 8000 et de BSCI. En matière de reporting, le fort ralentissement de la dynamique française vis-à-vis de la GRI est sans doute lié à la loi NRE, même si cette dernière s'affaiblit aussi, certaines entreprises restant en deçà de ses exigences. La question du rapprochement de la loi NRE et des référentiels internationaux comme la GRI reste posée. Néanmoins, le Forum citoyen pour la RSE demande de prévoir des sanctions pour les entreprises qui ne remplissent pas les obligations posées par la loi NRE ainsi que la centralisation des rapports et la publication d'un rapports sur les rapports. Enfin, les pouvoirs publics français devraient faire pression pour que la précédent créé par cette loi soit étendu à toute l'Europe. Arab Hoballah, chef du service Production et consommation au PNUE, est d'accord avec l'idée de rationalisation des normes mais il remarque que les PME PMI ne peuvent pas répondre aux référentiels internationaux, pour des raisons de coûts. L'Etat doit alors entrer en jeu pour inciter les entreprises à prendre en compte ces principes. La PNUE, qui travaille surtout avec les entreprises du Sud, constate beaucoup d'accidents. Le Programme, qui n'accèdera vraisemblablement pas à court terme au statu d'Organisation, essaye de promouvoir de développement durable par le marché. Il préconise la prise en compte de l'ensemble du cycle de vie des produits. Pour un coût additionnel minime, on peut mettre en application les quatre R : Réduction des déchets, Réutilisation des produits, Recyclage, Réparation.
L'OIT souffre de la verticalité des grandes organisations internationales, considère Jean-François Trogrlic, conseiller aux affaires sociales de la mission de la France auprès de l'ONU à Genève. Le système normatif de l'OIT est d'une grande actualité mais, les normes sont parfois insuffisantes car datées. Pour y remédier, une conférence se tiendra en février pour reprendre la totalité des normes maritimes dans une seule. Fait nouveau, l'universalité de la norme est contestée sous ses aspects géographiques. Le taux de ratification est en baisse, les Etats-Unis ne ratifient plus rien, la Chine se place hors des normes OIT. Le groupe des travailleurs veut normaliser, celui des employeur freine. On parle de RSE, ce qui impliquerait l'arrivée de nouveaux acteurs. Après quatre vingt cinq ans d'histoire tripartite,certains redoutent l'irruption de nouveaux acteurs et on entend opposer le sérieux de l'OIT aux forums sympathiques mais peu raisonnables. De fait , il y a un choc entre la nation de régulation et celle de responsabilité, et des problèmes sur les outils. Les grands accords sur la RSE ne font que peu référence aux normes de l'OIT, pourtant les grandes multinationales jouent un rôle central par leur rôle économique et par leur comportement. Il faudrait faire du développement durable et de ses outils un objet du dialogue social.
Président de la délégation française à ISO 26000, Didier Gauthier, qui est un industriel, se demande s'il est "dans un maquis ou dans un marais". La PME à qui le grand groupe va demander d'appliquer ISO 26000 devra s'engager dans une logique d'anticipation, revisiter sa politique des ressources humaines, de l'environnement, de l'hygiène et de la sécurité, de l'écoute des parties prenantes… Le développement durable, c'est parfois plus près du boulevard périphérique qu'on ne le croit. Les entreprises attendent des pouvoirs publics des règles du jeu partagées et comprises ; de l'architecte à l'acheteur public, il faut se placer dans une logique de partenariat. Dans la négociation d'ISO 26000, il n'y a pas que les pays qui soient représentés, il y a aussi l'OIT, la OMS, le GRI. Certains pays ont des attentes très fortes, il faudra aussi de la souplesse, et une logique d'amélioration continue.
Administrateur au Forum français des amis du Pacte mondial et par ailleurs directeur du développement durable de Schneider Electric, Gilles Vermot-Desroches affirme que le Pacte mondial, c'est la volonté d'un homme qui considère qu'il faut mettre les entreprises dans le jeu du développement durable. C'est un outil original, ce n'est pas un outil de régulation mais, avec ses dix points, il se situe dans l'ordre du symbolique. C'est un acte de foi : on demande à un patron de s'engager publiquement ; c'est un acte de sensibilisation. Deux mille entreprises l'ont signé ; dont quatre cent françaises, et leur signature leur est opposable. Quant à la certification, elle coûte cher. Vaut-il mieux pour le même prix global, améliorer la protection sociale et se contenter de le dire, ou faire auditer une moindre amélioration ? L'intérêt présenté par le Pacte mondial est double : une prise de parole publique des patrons sur ces engagements, un vecteur de relations entre la grande entreprise et ses fournisseurs. C'est un outil, il en faudra certainement d'autres pour aller plus loin. Il est réaliste, symbolique, compréhensible par tous, il permet de parler, de sensibiliser d'autres acteurs. Ce n'est pas une fin en soi mais un symbole. Mais une perfection inatteignable ne peut monter le chemin.

retour au sommaire

Les sites de ceux qu'on cite

http://www.fondact.org
http://www.anact.fr - http://www.rds.asso.fr
http://www.proxinvest.fr
http://www.environnement.gouv.fr

retour au sommaire

numéro précédent - numéro suivant

retour à l'accueil