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La
Missive de Gestion Attentive
N°17
- décembre 2005 / Janvier 2006
Sommaire
Edito:La partie
et le tout
Les trophées des experts
comptables
Les dialogues d'Ecosol
Les rapports du Commissariat
Les sites de ceux qu'on cite
Edito:
La partie et le tout
Le développement
durable n'est pas le respect de l'environnement naturel, qui n'est qu'une
de ses trois composantes. Le respect de l'environnement n'est pas la surveillance
des déchets et rejets des sites industriels, celle-ci n'en est
qu'une partie.
Il est particulièrement frappant de voir que l'ordre français
des experts-comptables a renoncé cette année à décerner
le prix du rapport environnement parce qu'il n'avait reçu que des
plaquettes vantant la propreté d'un site industriel et pas un exposé
prenant en compte l'aspect environnemental de l'ensemble des activités
de l'entreprise, sur l'ensemble de la filière de production, en
remontant le tableau d'échange interindustriel.
Le ministère de l'écologie et du développement durable
-MEDD- est un ministère vertical qui s'occupe de l'environnement,
comme le souligne d'ailleurs sa signature Internet, environnement.gouv.fr.
L'Etat a ses féodalités, le MEDD en est une, laissant l'économie
à Bercy et le social à la rue de Grenelle, il n'est pas
la structure transversale qui porterait la conjonction des trois piliers.
Dans les milieux de la gestion, certains appellent à fondre le
rapport développement durable (loi NRE en France, GRI, etc.) dans
le rapport sur les comptes annuels, dans un souci d'homogénéisation
et donc de loyauté de la concurrence. L'Union Européenne
le préconise*. On ne pourrait évidement que se réjouir
de cette incorporation, si elle marquait la réelle intégration
des trois résultats dans la stratégie de l'entreprise. Mais,
à une époque où le développement durable est
souvent assimilé au souci environnementaliste et la responsabilité
sociétale des entreprises à la gestion des ressources humaines,
le danger est grand que la fusion de l'analyse non financière dans
l'analyse financière ne conduise à reproduire la fable du
pâté d'alouette. Pour encore quelques années, il serait
sage de réaliser un rapport extra-financier, qui pourrait fort
bien inclure les aspects économiques à long terme.
Pour éviter que le développement durable ne se dissolve
dans le financier, il faudrait que la reddition soit totale, ce qui n'a
de sens que si la stratégie est elle-même totale, incluant
les aspects économiques et non pas seulement financiers, sociaux
et sociétaux y compris culturels, environnementaux sur les territoires
et sur la planète, en pensant aux générations futures.
Une telle orientation stratégique signifierait pour certains la
disparition du capitalisme, pour d'autres la seule façon de le
régénérer et donc de le pérenniser. La réponse
ne sera pas connue la semaine prochaine
Marie-Noëlle
Auberger
mna@gestion-attentive.com
* La directive
2003/51/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2003
modifie la quatrième directive de 1978 sur les comptes consolidés
en y introduisant le paragraphe suivant : "Dans la mesure nécessaire
à la compréhension de l'évolution des affaires, des
résultats ou de la situation de la société, l'analyse
comporte des indicateurs clés de performance de nature tant financière
que, le cas échéant, non financière ayant trait à
l'activité spécifique de la société, notamment
des informations relatives aux questions d'environnement et de personnel."
P.S. : mes autres
tâches et des difficultés techniques m'ont fait prendre un
retard considérable dans l'édition de la Missive. Le compte-rendu
des Intégrales de l'Investissement aura donc lieu dans le prochain
numéro.
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Les
trophées des experts comptables
L'ordre français
des experts comptables organise depuis six ans les trophées de
la qualité des informations environnementales et sociales. La cérémonie
de décembre 2005 avait lieu au Conservatoire National des Arts
et Métiers et elle associait le groupe Paprec, l'association OREE
et l'UNICEF.
Les entreprises n'ont
plus le choix, affirme Tita Zeïtoun, présidente du Comité
environnement et développement durable du Conseil supérieur
de l'Ordre des experts-comptables, elles doivent intégrer les critères
éthiques, environnementaux et culturels dans leur management. Sous
la pression des investisseurs, des consommateurs, des salariés
et cadres dirigeants mais aussi du fait de l'évolution du cadre
réglementaire. Le développement durable s'impose aux entreprises,
son but est le progrès de la civilisation. L'attention portée
par les entreprises au développement durable est internationale,
ainsi les trophées ne sont pas seulement nationaux, un prix européen
est organisé par l'Ordre de quinze pays.
Cette année, plus de soixante rapports sont parvenus au jury présidé
par Pierre Marcenac, du comité Environnement et développement
durable de l'Ordre des Experts-comptables. Quarante-deux ont été
retenus et une présélection par le Comité technique
a retenu onze rapports pour le trophée du développement
durable et deux pour celui du premier rapport. Il a été
décidé de ne pas décerner de prix Environnement,
car aucun des rapports n'était assez précis, parlant abondamment
des sites industriels mais pas de l'ensemble de l'activité.
Les deux " nominés " pour le prix du meilleur premier
rapport sont Air France KLM et Autoroutes Paris Rhin Rhône. C'est
la société d'autoroutes qui reçoit le prix, en la
personne de Agnès Gourdault-Montagne, directrice de la communication,
qui a travaillé de concert avec le directeur de l'environnement.
L'entreprise Autoroutes Paris Rhin Rhône, avec ses 2260 kilomètres
d'autoroutes, ses 4500 salariés, ses 27 millions de clients et
ses quatre milliards de kilomètres parcourus par an, est à
la fois un service public et au service de la clientèle, elle a
une responsabilité sur le développement du territoire. Ce
premier rapport, consolidé avec AREA (Autoroutes Rhône Alpes),
a permis de faire un travail de fond. L'entreprise a pris douze engagements
prioritaires, associés à des indicateurs mesurables. Elle
vient d'être achetée par le groupe Eiffage qui a un projet
industriel et social de grande envergure.
Des onze rapports Développement durable sélectionnés,
le jury en a distingués quatre, ceux d'Areva, du Groupe Suez, de
Véolia Environnement et de Rhodia. Le gagnant est Suez qui a présenté
un rapport " parfait ". En 2001, Suez avait reçu le prix
du meilleur premier rapport. Trois mots-clés caractérisent
l'action de Suez, affirme son représentant : engagement, performance,
responsabilité. Cette année, un focus a été
mis sur le gouvernement d'entreprise, avec la parole des présidents
des trois secteurs (énergie, eau, propreté).
Le prix spécial du jury est donné à Rhodia, pour
un rapport " sincère et transparent ". Au nom de cette
société, le directeur du développement durable, Jacques
Kheliff, dédie le prix aux vingt mille salariés du groupe.
Le groupe est engagé dans le développement durable depuis
2000, il est parti de ce qu'il savait faire, la maîtrise des risques,
et, ainsi, en 2004, il y a eu moins d'un accident du travail par million
d'heures travaillées. C'est dans la difficulté que la nature
réelle des acteurs se révèle : fin 2003, l'entreprise
qui était au bord de la faillite a choisi d'approfondir sa démarche
de développement durable pour se redresser, car il n'y a pas de
performance managériale sans excellence environnementale.
| Créé
en 1794 et installé dans le prieuré Saint Martin, monastère
fortifié sur la route de Paris à Saint Denis, le Conservatoire
National des Arts et Métiers est dédié aux formations
professionnelles qui, à l'exception de la médecine et
du droit, n'étaient pas assurées par l'Université.
Le premier professeur d'économie y fut Jean-Baptiste Say au
tiers du XIXe siècle et la comptabilité y fut introduite
un peu plus tard. L'INTEC -Institut National des Techniques Economiques
et Comptables- , créé en 1930, fait de l'enseignement
à distance, que l'on n'appelait pas encore e-learning, depuis
le milieu du XXe siècle. Le Conservatoire National des Arts
et Métiers compte vingt-cinq mille étudiants en comptabilité,
audit et contrôle de gestion, dont vingt mille à l'INTEC
dont le directeur est Alain Burlaud et cinq mille dans les deux chaires
de comptabilité.
Le
groupe Paprec, représenté par son vice-président
Claude Solarz, fait du recyclage dans vingt sites classés
en France. Le recyclage, c'est-à-dire la transformation de
déchet en matière première, est un secteur
économique majeur du XXIe siècle, qui imprimera sa
marque sur le marché mondial des matières premières.
Créée
en 1992, l'association Orée compte aujourd'hui une centaine
d'adhérents -entreprises, collectivités locales et
associations - et son vice-président, Jean Lalo, affirme
lui aussi que tout acteur économique doit prendre en compte
le développement durable : il faut transformer les contraintes
réglementaires en opportunité de marché. Pour
lui, l'avenir n'est pas dans le meilleur rapport de développement
durable mais dans le meilleur rapport annuel qui intégrera
les questions de développement durable.
Le
développement durable, dit Ashraf Ravdjee, administrateur
de l'UNICEF en France, c'est permettre aux enfants de grandir et
d'aller à l'école, alors qu'aujourd'hui, par exemple
en Sierra Leone, la probabilité qu'un enfant dépasse
les cinq ans n'est que de 66%. L'organisation onusienne spécialisée
dans la protection de l'enfance se focalise particulièrement
sur l'éducation des filles et sur la petite enfance (de zéro
à cinq ans). En matière de santé, le programme
de vaccination a été un grand succès, la polio
a été pratiquement éradiquée. Mais le
paludisme tue plus que n'importe quelle autre maladie et le SIDA
n'est pas seulement un problème d'adultes. Non seulement
il y a beaucoup d'orphelins du fait de cette maladie mais d'autres
ont été contaminés par voie utérine.
Les efforts des gouvernements et des laboratoires dans la lutte
contre le SIDA sont orientés vers les adultes, et seuls cinq
pour cent des enfants touchés bénéficient du
traitement spécifique dont le coût est de 1300 $ par
an. Il y a un immense écart entre ce qui pourrait être
fait et ce qui est fait.
D'autre part, monsieur Ravdjee souligne la différence de
mobilisation internationale à propos du tsunami et du tremblement
de terre au Cachemire : en Occident, ce qui est important, c'est
ce dont on voit des images au journal télévisé.
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Les
dialogues d'ECOSOL
L'organisation
ECOSOL, association loi 1901, assure le secrétariat du pôle
de socio-économie solidaire de l'Alliance pour un monde responsable,
pluriel et solidaire, réseau composé de plus de six mille
personnes dans le monde. Elle organisait en novembre et décembre
les Dialogues européens sur la responsabilité sociétale,
à Bratislava, Lille et Bruxelles.
Elle constate une
grande diversité des pratiques RSE, y compris à l'intérieur
de l'Union européenne, notamment entre les quinze membres d'avant
l'élargissement et les nouveaux membres.
Le groupe de dialogue entre parties prenantes de Lille comptait notamment
des représentants d'entreprises sensibilisés aux questions
de RSE, dont bon nombre du Nord Pas de Calais et de Belgique, et des syndicalistes
de France, d'Italie et du Portugal.
A la question : " qu'est ce qu'un processus RSE de bonne qualité
? " le groupe a choisi comme items les plus importants : la RSE associée
à la compétitivité, une implication des parties prenantes
sur la base d'un choix réfléchi et l'implication du dirigeant
et du comité de direction. Les problèmes pour développer
une RSE de qualité lui sont apparu être la difficulté
de mettre en uvre la stratégie décidée, les
difficultés de compréhension par le management interne et
le risque de " démarches de surface " c'est-à-dire
ce que certains appellent de la cosmétique et d'autres du "
green washing ". Les facteurs favorables sont la perception par l'opinion
de l'impact des impasses écologiques ainsi que de la croissance
des inégalités, tant entre le Nord et le Sud qu'à
l'intérieur des pays, et la formation des jeunes à la RSE.
Une recherche sur cinquante cas de bonnes pratiques dans le monde aboutira
à l'édition d'un livre en trois langues (français,
anglais, espagnol), l'Alliance s'efforçant, dans un monde dominé
par la langue anglaise, de mettre en uvre un certain pluralisme
linguistique.
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Les
rapports du Commissariat
Malgré un
contexte difficile, le commissariat général du Plan présentait
en novembre deux rapports fort intéressants, rédigés
respectivement par les groupes de travail ISIS et Equilibre. .
La question de la
mesure était évoquée. La Révolution française
a mis au point un système de mesure universel des quantités
physiques - notons au passage que bien qu'il soit la référence
internationale, certains pays continuent à utiliser des mesures
non métriques - ; mais il n'existe pas de système de mesure
du développement durable.
L'indicateur pertinent en matière d'effet de serre, disait Henri
Prévot du groupe Equilibre, n'est pas le niveau des émissions
de gaz carbonique mais les décisions prises pour diminuer l'effet
de serre à dix ou vingt ans.
Il existe des normes sur les produits et des normes sur les processus,
en conséquence le risque de confusion est important. Les normes
de la RSE sont plutôt des normes procédurales, notait André
Sobczak et elles sont en évolution permanente. Le groupe ISIS propose
un certain nombre de recommandations : d'après lui, l'Etat pourrait
contribuer à harmoniser les normes volontaires, en favorisant la
référence aux textes fondateurs de l'OCDE et de l'OIT ;
les pouvoirs publics pourraient participer à un encadrement de
la normalisation par l'établissement d'un cahier des charges précis
; ils pourraient exercer un contrôle et une surveillance des acteurs,
sur la modèle du CSA (conseil supérieur de l'audiovisuel)
ou des Points de contacts de l'OCDE.
L'entreprise est le monde du chiffre, note Jacky Prudhomme d'Arcelor,
et son but est le progrès continu. Quel référentiel
pour les entreprises multinationales ? La loi NRE a eu un effet sur celles
qui sont cotées à Paris mais, face à une multitude
de référentiels, les entreprises appellent à un reporting
officiel unique qui permettrait les comparaisons.
Les entreprises françaises sont soumises à des normes à
80% communautaires, remarque Cécile Jolly, si le social est surtout
national, l'environnemental est européen. Il faut déterminer
les enjeux et chercher les indicateurs après, considère
Alain Ayoung La Kama. Pour Jacky Prudhomme, le débat est le même
qu'en entreprise, où on ne peut faire de contrôle de gestion
que sur la base de la comptabilité.
Les leviers d'action
L'Etat peut agir par ses achats - les achats publics représentent
15% du PIB - et ses investissements, affirme Cécile Jolly, mais
il doit aussi se réformer pour prendre en compte la transversalité
du développement durable. Quels sont les leviers d'action pour
l'Etat ? se demande Pascal Douart, haut fonctionnaire du développement
durable au ministère de l'équipement, du logement et des
transports. Les stratégies explicites de développement durable
sont, respectivement, en cours d'élaboration au niveau européen,
adoptée en 2003 pour le national et à des stades divers
- PASER, Agences 21 - pour les Régions. Des réflexions thématiques
sont en cours, telle celle dite " du facteur 4 " pour les émission
des gaz à effet de serre d'ici 2050 ou celle sur les transports
en 2050. Le rapport Equilibre préconise la création d'une
entité ministérielle indépendante en charge du développement
durable. Il est aussi préconisé de prendre en compte l'impact
des programmes LOLF - la loi organique relative aux lois de finances qui
fixe le cadre de la nouvelle constitution financière de l'Etat
- à l'aune des critères du développement durable
; de prendre des mesures fiscales telles des crédits d'impôt
pour les économies d'énergie dans l'habitat. L'article 6
de la Charte de l'environnement ayant désormais valeur constitutionnelle,
il serait opportun d'intégrer le développement durable dans
la réglementation de la construction, des transports et de l'urbanisme.
L'Etat devra nouer des partenariats avec les acteurs locaux, les collectivités
territoriales et les entreprises - notamment en matière de code
des marchés publics et de contrats de concession - mais aussi assurer
la communication entre ses différentes entités et instaurer
le développement durable dans la culture administrative, en formant
ses agents et en montrant l'exemple. L'évaluation devra être
pratiquée : études d'impact, suivi, rapports d'activité.
La recherche environnementale
peut jouer un rôle essentiel, affirme Mireille Chiroleu-Assouline,
professeur d'économie à Paris I, la question est de savoir
comment l'Etat peut la stimuler. Pour atteindre les objectifs de Lisbonne,
le Conseil européen de Barcelone a prévu des dépenses
de R&D à 3% du PIB en 2010.
Quelle recherche environnementale pour la France ?
- On a besoin de technologies radicales. La lutte contre le réchauffement
climatique ne peut pas se suffire d'innovation incrèmentales, il
faut des innovations radicales telles que l'hydrogène comme nouvelle
source d'énergie, la stockage de l'électricité, la
séquestration du carbone. Les écotechnologies qui permettent
de limiter les impacts environnementaux représentent un secteur
en forte croissance, l'Etat y détient 30% des parts de marché.
- On a besoin de technologies intégrées. La complémentarité
entre les technologies environnementales et les vecteurs de l'innovation
future comme les TIC, les nanotechnologies, les biotechnologies permettrait
de limiter les risques d'éviction de la R&D environnementale
ainsi que les effets de rebond et de déplacement.
Les recommandations qui peuvent être faites à l'Etat sont
d'organiser et d'orienter la recherche environnementale et de favoriser
le financement de la recherche (subventions, facilitation pour les entreprises,
promotion des financements communautaires ou mutualisés entre pays
européens, fonds spécifiques, mécanismes de prêts
publics).
Comment l'Etat peut-il peser sur les marchés financiers alors que
depuis quinze ans ceux-ci sont déréglementés ? demande
Fouad Benseddik, de Vigeo. En matière de réglementation,
la loi NRE a marqué un tournant en introduisant l'obligation de
dire. La loi s'adresse aux entreprises, c'est une spécificité
française, dans les pays anglo-saxons l'obligation de dire s'applique
aux opérateurs financiers et aux investisseurs, pour des raisons
culturelles et aussi structurelles dues à l'existence des fonds
de pension. Il faudrait en France une obligation de dire pour les investisseurs
financiers sur leur degré de prise en compte des aspects extrafinanciers
et leur politique de vote. L'Etat devrait lui aussi rendre compte de ses
engagements dans ses placements. Le groupe ISIS ne préconise pas
un accroissement des contraintes mais un renforcement de la soft law.
Au cours du débat qui suit, il est noté que deux ministères,
l'Education nationale et la Défense, représentent à
eux seuls la moitié de la dépense publique. Le Commissariat
général du Plan a l'ambition d'éclairer l'avenir,
affirme le commissaire adjoint Tiberghien. Le temps de la réflexion
et celui de l'action différent, et les rapports du Plan ne sont
pas suivis de décisions immédiate de l'Etat, ainsi le rapport
Charpin est-il resté trois ans dans un tiroir avant que le gouvernement
ne décide de s'attaquer au problème des retraites. Alain
Ayong Le Kama souligne que le ministère " de l'écologie
et du développement durable " est un ministère vertical
comme les autres, il n'est pas possible d'y faire du transversal et le
développement durable est réduit à l'environnement.
Les partenariats.
Claude-Emmanuel Triomphe, délégué général
de l'Université européenne du travail, note que l'agenda
syndical devient défensif, à la différence de ce
qui existait dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix,
ce qui a des répercutions sur le dialogue social dont on peut se
demander quel est le menu le plus pertinent : les salaires, les conditions
de travail, l'emploi ? ou bien autre chose ? La question du périmètre
du dialogue social est posée, l'articulation entreprise/ branche/
interprofessionnel étant remise en cause par la sous-traitance
et le développement de l'international. Le dialogue civil est en
France dans un état fragmentaire, malgré l'existence du
comité économique et social national et des CESR dans les
régions. Pour autant, il ne faut pas créer un nouveau lieu
de dialogue social ou civil qu'on appellerait RSE ou développement
durable mais instiller ces concepts dans les projets et plateformes préétablies.
D'autre part, l'Etat employeur devrait délivrer un reporting social.
La question se pose de la représentativité des acteurs du
dialogue civil - associations, ONG - dans des termes différents
de la représentativité des organisations syndicales. Peut-être
faut-il favoriser les regroupements d'ONG. Le dialogue social en France
manque de dimension territoriale, il n'est pas prévu dans les pôles
de compétitivité. La capacité de la France à
être entendue en Europe est liée à la refonte de son
modèle social, car aujourd'hui nous ne sommes plus crédibles.
La juxtaposition des dispositifs de concertation entre l'Etat et les collectivités
territoriales nuit à l'efficacité de leur partenariat, déplore
Marc Guérin, chef du département gestion des territoires
au Cemagref et conseiller social au Commissariat du Plan, mais beaucoup
de choses se réalisent : cinq cent mille conseillers municipaux
participent à la démocratie locale et aux choix financiers
; les associations locales ou générales ont le droit d'aller
devant les tribunaux, contrairement à ce qui se passe dans les
pays du nord ; les organisations professionnelles ne sont pas toutes insensibles
au développement durable. Des expériences comme le réseau
d'action Climat, la Maison de la consommation et de l'environnement de
Rennes, les conseils de développement intercommunaux, des dispositifs
de concertation comme les référendums locaux, les enquêtes
publiques, les commissions départementales, les débats publics
sur les grands aménagements de l'Etat, les conférences de
consensus, seraient à simplifier et à rationaliser. Car
il existe le risque de manipulation des dispositifs de concertation par
un groupe d'intérêts déterminé, comme celui
de faire avaliser des décisions déjà prises et le
dispositif de concertation peut être excessivement long. Le groupe
Equilibre préconise une articulation entre l'Etat et les collectivités
locales telle que chacun joue son rôle et recommande de faire jouer
la subsidiarité dans tous les sens.
Pour Jacques Kheliff, directeur du développement durable de Rhodia,
le dialogue portant sur le développement durable propose un levier
puissant de transformation de la société et de ses acteurs,
en poussant à s'extraire des comportements convenus et à
prendre des décisions. Rhodia s'est engagé dans cette démarche
depuis 2000, partant du constat que la chimie est un métier à
risques, qui doivent être connus et maîtrisés. L'entreprise
a signé un accord mondial sur la RSE avec l'ICEM, la fédération
syndicale internationale de la chimie, ce qui est perturbant à
la fois pour le management et pour les syndicats. Quant à l'Etat,
il doit accepter que ses choix puissent être questionnés
et ne saurait être un simple donneur de leçons.
Dans le débat qui suit, Thierry Follenfant annonce la création
d'un observatoire de l'ancrage territorial et du développement
durable sur la région Rhône-Alpes et Frédéric
Tiberghien propose que le Fonds de réserve des retraites gère
la totalité de ses fonds en ISR. Quant à Jacques Kheliff,
il préconise que tous les porteurs d'enjeux légitimes travaillent
ensemble avant la prise de décision. Dans l'industrie chimique,
le deuxième risque et celui du transport, il faut donc dialoguer
avec les fournisseurs et accepter d'être questionné par eux.
En conclusion générale,
Frédéric Tiberghien indique la suite de ces travaux : approfondir
le travail sur les indicateurs, en cohérence entre les différentes
niveaux de territoire ; en matière de recherche, insister sur l'efficience
énergétique ; revoir les politiques publiques, notamment
en matière de transport ; réagencer les institutions, en
mettant en place des forums pour la démocratie ; faire le point
périodique sur les scénarios du groupe Equilibre ; approfondir
la question du coût du développement durable et de ses contreparties
; ne pas seulement débattre mais agir au niveau territorial. Le
développement durable est un levier de transformation de la société
et des acteurs, en premier lieu de l'Etat.
.
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Les
sites de ceux qu'on cite
http://www.experts-comptables.org/page.aspx?page=681
http://www.cnam.fr
http://www.paprec.com
http://www.oree.org
http://www.unicef.fr
http://www.alliance21.org
http://www.plan.gouv.fr (mais le site est en reconstruction, suite à
la transformation du Commissarait général du Plan en Centre
d'analyse stratégique et les publications s'arrêtent à
fin 2004).
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