La Missive de Gestion Attentive

N°19 - mars 2006

Sommaire


Edito: oxymore et effets pervers

Désenclavement professionnel et escalier social
Les difficiles chemins de la non discrimination
Des amis du président aux esprits indépendants
Négociations transnationales et responsabilité
L'Europe, terre d'excellence pour la RSE?

Les sites de ceux qu'on cite

 

Edito: Oxymore et effets pervers

La Communication de la Commission européenne sur la RSE ne mérite à notre sens ni l'excès d'honneur ni l'indignité que lui octroient les premières réactions. La Commission reconnaît que les entreprises sont les acteurs principaux de la RSE mais elle affirme aussi que les parties prenantes, et en particulier les salariés et leurs représentants doivent jouer un rôle. D'une part elle organise une réunion de revoyure des participants du Forum multi parties prenantes fin 2006, et de l'autre, elle crée une Alliance européenne pour la RSE, "parapluie" pour les initiatives des entreprises, qui seront très variées du fait de l'hétérogénéité des entreprises et des Etats Membres.
La création de cette Alliance avec les seules entreprises revient à privilégier les parties prenantes internes - directions et salariés de tout niveau y compris leurs élus - sur les parties prenantes externes - fédérations syndicales patronales et ouvrières, organisations diverses de la société civile. Parties prenantes internes dans leur dualité car il faudrait bien cesser d'assimiler entreprise et management, alors qu'une question sous-jacente mais bien réelle est le degré d'attention porté par les salariés "insiders" aux attentes des parties prenantes externes. Mais n'est il pas légitime de reconnaître les acteurs pour ce qu'ils sont et de ne pas mélanger les rôles?
Certains commentateurs sociaux regrettent que la Commission ne prenne pas la voie législative pour imposer la RSE aux entreprises. Mais la définition même de la RSE donnée par la Commission, aller volontairement au-delà de la loi, fait de la RSE obligatoire un oxymore.
Par ailleurs et paradoxalement, les chartes ou les accords sur la RSE se contentent bien souvent d'énoncer que l'entreprise suivra les normes internationales (ONU, OIT, OCDE), c'est-à-dire qu'elle respectera la loi internationale. Néanmoins, cette contradiction n'est qu'apparente, parce que remplir pleinement les obligations imposées par les conventions fondamentales de l'Organisation Internationale du Travail n'est pas, quoi qu'on en dise, le fait de toutes les entreprises, y compris en Europe. Le travail des enfants et le travail forcé ne sont certes guère fréquents mais respecter pleinement le droit d'association et ne pas se livrer à la discrimination, cela veut dire concrètement ne pas faire la chasse aux syndicats et embaucher le candidat compétent quel que soit son teint ou son adresse, ce qui n'est pas toujours le cas spontanément. Même les entreprises européennes les mieux notées en matière de non-discrimination ne parviennent pas à être totalement au niveau d'exigence des normes internationales. N'oublions pas que les discriminations discrètes commencent très gentiment quand on réserve les jobs d'été aux enfants du personnel.
Et la loi nationale est parfois tellement touffue que chacun en vient à l'ignorer. Les dirigeants de PME, notamment en France, sont désespérés par la complication et la complexité de leurs obligations : même les plus scrupuleux se trouvent en faute sur l'un ou l'autre aspect formel de procédure.
Il conviendrait que, dans la société, l'Union et les Etats membres éditent des lois applicables et s'assurent de leur respect et de celui du corpus international, que les parties prenantes soumises aux externalités aiguillonnent les entreprises pour que celles-ci prennent en compte les conséquences de leurs actions ; et que, dans l'entreprise, la direction dirige et les apporteurs de travail exercent leur contre-pouvoir voire participent à la gestion, que les uns et l'autre tiennent compte des conséquences externes de leurs actions.
Un vrai problème est bien, comme l'a d'ailleurs dit la Confédération européenne des syndicats, qu'il n'existe pas d'instruments de la RSE européens, et que l'Union est à la remorque de l'idéologie puritaine. Les accords-cadres sur la RSE dans les multinationales sont positifs mais il y a place pour une négociation européenne de branche qui porterait sur les externalités effectuées par les entreprises du secteur sur la totalité de la planète. Mais il faudrait que les partenaires sociaux commencent pas définir une conception commune de la RSE, et déterminent quelques indicateurs y afférent. Une enseigne de distribution commercialise des haricots verts de contre saison : elle peut être considéré comme ayant un comportement responsable par rapport aux paysans africains qui voient grâce à cela augmenter leur revenu monétaire, ce qui leur permettra de se soigner et de scolariser les enfants ; elle peut aussi être considérée comme ayant un comportement irresponsable vis-à-vis de l'environnement à cause de l'effet de serre induit par les vols d'avion cargo. L'entreprise qui finance la construction d'un hôpital qui ne fonctionnera pas faute de médecins et de personnel soignant a -elle eu une attitude positive pour la communauté d'accueil ? L'enfer est pavé de bonnes intensions et l'effet pervers n'est pas forcément loin.

Marie-Noëlle Auberger
mna@gestion-attentive.com

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Désenclavement professionnel et escalier social

"Egalité professionnelle et non discrimination : les pratiques des sociétés européennes", le public de la conférence organisée par l'Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises comportait, une fois n'est pas coutume, une majorité féminine.

Au cœur de la RSE , il y a l'égalité professionnelle et la non discrimination, l'égalité homme femme étant un des aspects de la diversité, notion plus générale qui s'applique en matière de sexe, de minorités visibles, d'âge, de handicap. Pour Claire Isnard, présidente de l'ORSE, l'égalité professionnelle présente trois enjeux : celui de la démocratie car la non discrimination procède de l'égalité de tous les êtres humains, celui de l'économie car les flux de migration et la mixité permanente imposent aux entreprises de travailler sur la diversité pour être compétitives, enfin un enjeu sociétal puisque l'égalité professionnelle est liée au partage du temps plus équilibré entre temps professionnel et temps privé, pour les femmes et les hommes.
Les entreprises ont intérêt à bien se conduire en la matière, afin d'attirer les investisseurs et les candidats et demain peut-être les clients, considère Catherine Vautrin, ministre déléguée à la cohésion sociale et à la parité. Après avoir rappelé les grandes caractéristiques de l'emploi des femmes en France (précarité et temps partiel subi, concentration dans un faible nombre de métiers, peu de femmes ingénieurs), elle appelle au "désenclavement professionnel des femmes". Le gouvernement auquel elle appartient a créé le label égalité qui, discuté avec les partenaires sociaux et géré par un organisme certificateur, a été attribué à une vingtaine d'entreprises dont Peugeot SA. Cette société a signé un accord sur l'égalité professionnelle avec ses six organisations syndicales, complété ensuite par un accord sur la diversité. Enfin, un accord mondial sur la RSE vient d'être finalisé. Le défi, explique son DRH, Jean-Luc Vergne, est de faire travailler ensemble tous les talents, quels que soient les origines, le sexe, la couleur de la peau, la formation, l'âge. Le DRH note au passage que les délégations syndicales comportaient beaucoup de femmes quand il s'agissait de négocier l'égalité professionnelle mais nettement moins voire pas du tout quand on parlait des salaires. S'il estime vide de sens de parler de parité pour les soudeurs ou les mécaniciens, il s'est engagé à recruter dans chaque filière les personnes des deux sexes proportionnellement à leur nombre dans les candidatures. Symétriquement, la proportion de femmes dans les promotions sera la même que celle dans les effectifs de chaque métier.
Les deux moteurs essentiels de la progression des femmes dans le groupe hôtelier ACCOR sont la formation et la gestion des carrières. Pour ce faire, le groupe a pour objectif une formation par personne et par an et une évaluation par personne et par an. La DRH, Cathy Kopp, préfère parle d'"escalier professionnel" que d'ascenseur social, parce qu'on gravit les marches en faisant des efforts alors qu'on appuie sur un bouton dans un ascenseur. Les principes et usages du groupe, incluant la non discrimination, sont diffusés dans le monde entier à l'ensemble du personnel d'encadrement par livret dans plus de dix langues et sur l'Intranet.
Autre entreprise labellisée égalité professionnelle, Eau de Paris compte aujourd'hui 30% de femmes parmi les cadres et à peu près autant parmi les techniciens alors qu'elle partait de très bas en 2000. Cette année, explique le DRH Pascal Bernard, l'évaluation des managers et des agents de maîtrise intègre leur action en faveur de l'égalité et de la diversité, ce qui a un effet d'incitation très fort, et la promotion interne comporte une épreuve de "management éthique" qui a conduit à ne pas promouvoir des hommes mais aussi des femmes qui n'étaient pas "au point sur les valeurs".
La HALDE Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité est habilitée à recevoir les plaintes à propos de discriminations de tout type mais, à l'étonnement de Cathy Kopp, la moitié des plaintes se référent à l'origine mais très peu au sexisme. Peut-être, ajoute t-elle, parce que les femmes ont tellement l'habitude des discriminations qu'elles ne se plaignent pas. Une négociation sur la discrimination liée aux origines est en cours entre partenaires sociaux, une négociation générale sur la diversité risquant selon Cathy Kopp de rester dans les généralités. La loi Genisson qui oblige à faire un rapport annuel sur la situation comparée des hommes et des femmes dans l'entreprise n'est que peu respectée. Les femmes ne sont pas une minorité puisqu'elles représentent 52% de la population, explique Jean-Luc Vergne, on ne peut donc pas traiter le genre comme l'origine ou le handicap. PSA a pour sa part commencé par s'attaquer à la discrimination syndicale, a continué par le handicap puis par le genre avant un accord sur la diversité globale. Les recruteurs ne font que reproduire ce qu'on leur a demandé de faire pendant des années : embaucher leur semblable. Quand on est habitué à choisir un jeune Arts-et-Métiers, il est difficile de se mettre à envisager une universitaire bronzée. Mais Jean-Luc Vergne est réservé sur le concept de discrimination positive, qui conduit à favoriser une minorité au détriment d'une autre : il faut recruter et sanctionner sur les compétences et seulement sur les compétences.
CSR Europ, une association de grandes entreprises qui échangent des bonnes pratiques sur le développement durable, comme la définit Catherine Thibaux, a créé un workshop (un groupe de travail) "Women in leadership position" qui se demande comment accroître le nombre de femmes dans les hautes fonctions de l'entreprise. Certaines entreprises n'en sont qu'à la prise de conscience, d'autres ont mis en place des réseaux de femmes, du monitoring, des conciergeries. Un rapport va bientôt sortir, proposant treize mesures. La gestion de la mobilité des "femmes talentueuses" conduit à se poser la question des pratiques actuelles. Alors que les managers de Danone changent de pays tous les deux ans, les femmes préfèrent rester quatre ou cinq ans pour mieux connaître le pays, n'ont-elles pas raison ?
Le syndicalisme est un monde masculin, constate la présidente du Comité des femmes de la Confédération européenne des syndicats, la syndicaliste luxembourgeoise Viviane Goergen. Elle se dit persuadée qu'une entreprise qui mène une politique résolue d'égalité homme femme n'a pas de problèmes de diversité largo sensu. Les partenaires sociaux européens ont signé en 2005 un cadre d'action sur l'égalité hommes femmes dont les quatre priorités d'action sont : aborder les rôles de l'homme et de la femme, promouvoir les femmes dans la prise de décisions, soutenir l'équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, s'attaquer à l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes. Le dialogue social européen se préoccupe désormais de la discrimination par l'âge et le handicap. La Confédération européenne des syndicats, qui a créé un groupe de travail sur la RSE, s'intéresse à la refonte des directives sur la non discrimination et l'égalité de traitement.

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Les difficiles chemins de la non discrimination

Fouad Benseddik, directeur des méthodes et des relations institutionnelles de Vigeo Group, rendait compte de l'étude demandée à cet organisme par l'ORSE, "L'égalité professionnelle et la diversité dans les entreprises européennes". Dirigée par Thaïs Compoint, elle est joliment sous-titrée "les chemins de la non-discrimination, entre effets de communication et engagements tangibles"

Réalisée entre avril 2004 et décembre 2005, cette étude porte sur les engagements managériaux de 517 entreprises européennes (listées au DJ STOXX 600 ou au SBF 120 et appartenant à 17 pays et 33 secteurs d'activité) dans le domaine de la diversité et de l'égalité professionnelle hommes/femmes.
Les conclusions de l'étude sont les suivantes :
"1. Une hétérogénéité des comportements entre pays et entre secteurs, mais aussi au sein des pays et des secteurs sous revue.
2 La gestion de l'égalité professionnelle et de la diversité est une variable de la stratégie managériale propre à chaque entreprise.
3. Un écart entre les politiques annoncés, relativement bien formalisées, la faiblesse des moyens de mise en œuvre et la rareté d'indicateurs quantitatifs de performance.
4. La communication sur l'égalité professionnelle et la diversité n'est ni un facteur neutre ni une garantie de performance."
La performance par pays fait apparaître la Finlande comme ayant le meilleur score et la Grèce le pire mais ces deux pays ne sont représentés que par un petit nombre d'entreprises (moins de dix). D'une manière générale, les pays du nord (Finlande 56.3, Royaume-Uni 50.,6, Pays-Bas, Norvège, Allemagne, Suède entre 48.4 et 48.9) obtiennent de meilleurs scores que ceux du sud et l'Irlande (Italie 38.6, Espagne 37.7, Irlande 31.5, Portugal 28.4, Grèce 28.2), la France occupant une position intermédiaire (47.,5) devant les pays de taille plus restreinte (Luxembourg 45.0, Suisse 44.8, Danemark 44.2, Autriche 43.5, Belgique 40.4). Il convient tout de même de prendre la nationalité des entreprises avec les précautions d'usage : ainsi Altadis (tabac) est traité comme une entreprise espagnole car son siège social est à Madrid. Et on verra plus loin l'importance des effets de structure sectorielle.
La performance par secteur fait apparaître que les assurances et les fournisseurs d'eau et de gaz ainsi que la pharmacie et la chimie seraient particulièrement vertueux alors que le tourisme, le luxe et les cosmétiques, les SSII et éditeurs, le transport et logistique ainsi que l'agroalimentaire et l'aéronautique ne le seraient guère.
Mais "les performances sont contrastées au sein d'un même pays ainsi qu'au sein d'un même secteur". En France, la distribution spécialisée et le transport aérien sont très bons, les mines et métaux et les transports et logistique particulièrement mauvais. Dans le secteur automobile, où l'étude ne comporte que cinq pays, la France est la meilleure devant l'Italie, l'Allemagne et le Royaume-Uni, la Suède fermant la marche. Une comparaison des entreprises françaises à l'ensemble des entreprises européennes de l' "univers", secteur par secteur, montre une performance française meilleure que la moyenne dans la moitié des secteurs (14), égale dans un tiers (9), moins bonne dans les autres (5). Les secteurs fournisseurs d'électricité, papetiers, services financiers, tabac, téléphonie mobile et Internet (5) ne sont pas représentés en France car l'étude ne porte que sur des sociétés cotées. L'étude ne livre pas de données chiffrées pour les entreprises elles-mêmes, disant simplement que le score moyen pour la critère de non discrimination est de 46 sur 100, mais que les scores individuels vont de 4 à 93.
Un point intéressant est le décalage entre le "leadership", c'est-à-dire la politique annoncée, le "déploiement", c'est-à-dire les moyens mis en oeuvre et les résultats, les scores moyens étant respectivement de 44.3, 33.9 et 29.1.
Dans le concret, l'étude donne une liste de "bonnes pratiques" suivies par les entreprises, avec le nom de celles-ci cette fois. Ces bonnes pratiques sont assez variées ("Chez Northern Rock, les candidats à l'embauche sont informés de la politique du groupe en matière d'égalité professionnelle", "Le code de conduite du groupe AGF, qui traite le sujet de la non-discrimination et donc celui de l'égalité professionnelle, est partie intégrante des contrats de l'ensemble des employés du groupe", "Pour encourager les jeunes mères à retourner au travail à la suite de congés maternité, Aviva a institué des primes spécifiques").
La conclusion n'est pas très optimiste : "L'étude souligne l'écart entre les politiques annoncées, souvent bien formalisées, et la faiblesse des moyens dédiés à leur mise en œuvre ainsi que la rareté d'indicateurs de performance. Cette situation met en exergue les paradoxes de l'information sur la sujet. En effet, la communication des entreprises sur la non-discrimination, sans être un facteur neutre, ne suffit pas à garantir leur performance en la matière. Informer sur la gestion de l'égalité professionnelle contribue sans doute à l'expression d'une culture d'entreprise, réelle ou revendiquée. Mais, en cheminant du visible au tangible, cette étude indique que la communication ne suffit pas nécessairement à convaincre de la pertinence, de la tangibilité ni de l'exhaustivité des engagements ni de l'efficience des indispensables processus managériaux qui sont seuls de nature à assurer la conformité des pratiques aux minima requis pas les normes internationales". Les entreprises qui se vantent de leurs bonnes pratiques ne sont même pas au niveau des normes de l'OIT…

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Des amis du président aux esprits indépendants

Pour débattre de " La révolution tranquille des conseils d'administration ", Michel Berry de l'École de Paris du Management avait fait appel à Daniel Lebègue, ancien haut fonctionnaire, ancien directeur de la Caisse des Dépôts, président de Tranparency International France et fondateur de l'Institut Français des Administrateurs, et à Jean-Paul Picard, qui, comme président de Deloitte France, société commissaire aux comptes d'une bonne partie du CAC 40, et membre du Comité exécutif de Deloitte & Touch International, a un œil de chaque côté de la barrière.

Depuis dix ans et surtout depuis cinq, la gouvernance d'entreprise a fait du chemin en France, grâce à: la loi "Sécurité financière", aux diverses réglementations, aux rapports Viénot et Bouton, aux recommandations de l'AFG (Association française de Gestion Financière) et à celles de l'IFA., et aussi sous l'influence de la loi étasunienne Sarbanes-Oxley. Celle-ci s'applique aux sociétés cotées aux Etats-Unis, or 30% des entreprises du CAC 40, représentant 50% de la capitalisation parisienne, sont cotées aux USA, même s'il y a eu peu d'entrées à la cote américaine depuis 2001. Votée en 2002 à la suite du scandale Enron, elle comporte plusieurs centaines d'articles et leur transgression expose à des sanctions, parfois de nature pénale. Un administrateur américain ne se sépare pas de son avocat et des critiques se font entendre aux Etats-Unis même à propos de la rigidité législative. On constate une forte différence entre le système de gouvernance des sociétés étasuniennes, fondé sur la règle (rule based system) et celui de l'Europe, Royaume-Uni inclus, qui laisse plus de place à la régulation professionnelle (principle based system). Ce dernier est plus souple, plus pragmatique, plus responsabilisant.
Le rôle des régulateurs a été renforcé, différemment selon les pays, note Jean-Paul Picard, en France, la loi de sécurité financière pose des règles restrictives détaillées. Les entreprises françaises ne sont pas tenues d'appliquer les propositions des rapports Viénot et Bouton puisqu'ils n'émanent pas de la puissance publique, précise Daniel Lebègue, mais elles doivent alors dire pourquoi: c'est "appliquer ou s'expliquer".
On peut s'attendre à une harmonisation européenne, la 8e directive posant un socle commun en matière de transparence.

La professionnalisation des administrateurs
L'entrepreneur, même génial, qui décide seul, prendra un jour une mauvaise décision, toute l'histoire du capitalisme nous l'enseigne. Afin d'améliorer la sécurité et l'efficacité de la gestion, il faut professionnaliser les administrateurs, dont la participation active à un Conseil requiert l'équivalent de deux mois de travail par an. L'indépendance d'esprit et une réelle force de caractère sont devenues indispensables depuis que le Conseil n'est plus le cercle des amis du président et que le formalisme et le décorum ont laissé place à l'exercice d'une vraie responsabilité.
Les conseils du CAC 40 comptent 25% d'administrateurs étrangers, qui apportent une autre expérience, et presque 50% d'administrateurs indépendants (contre 6% en 1996). Les administrateurs indépendants au sens du rapport Bouton ne sont ni salariés, ni rivaux, ni banquiers, ni clients ni fournisseurs. Mais l'indépendance, précise Daniel Lebègue, ce n'est pas faire des déclarations publiques en cas de mésentente. La confidentialité s'impose et un administrateur qui a un désaccord majeur avec le reste du conseil doit démissionner.
Les administrateurs salariés ne sont pas indépendants mais ce n'est pas une raison pour qu'il n'y en ait pas. Dans les entreprises de services comme Deloitte & Touch, le système du partnership peuple le Conseil des directeurs associés. Au Royaume-Uni, parfait exemple de bonne gouvernance pour Daniel Lebègue, un peu moins de la moitié des administrateurs sont des managers exécutifs et un peu plus de la moitié des administrateurs indépendants. De facto, les administrateurs salariés sont nombreux. Certes, ce sont des dirigeants mais rien n'empêche de nommer d'autres personnes que ces derniers. En Allemagne, le système de cogestion fait que la moitié des membres du conseil de surveillance sont des représentants du personnel ou des syndicats. Les autres pays européens ont un système proche du système français. L'Institut français des Administrateurs considère que le fait d'avoir des salariés dans le conseil est une bonne chose pour la gouvernance et permet de mieux appréhender les réalités de l'entreprise.

Les comités spécialisés
La loi Sarbanes-Oxley oblige à mettre en place des systèmes de contrôle interne, qui commencent par le bon fonctionnement des comités spécialisés du CA. L'existence de ces comités et particulièrement du comité d'audit a changé les rapports entre le conseil d'administration, les commissaires aux comptes et l'audit interne.
Le comté des rémunérations joue un rôle croissant et les rémunérations, sujet de l'année 2006, deviendront totalement transparentes du fait de la nouvelle loi Breton, certaines décisions requérant même le vote de l'Assemblée générale des actionnaires.

Les nouveaux actionnaires
Les actionnaires n'hésitent plus à jouer un rôle moteur : mieux informés, ils interviennent dans les assemblées générales comme à Eurotunnel ou Havas. Les fonds de pension, montés dans le capital des entreprises, y introduisent dynamisme et exigence ; les investisseurs institutionnels s'impliquent plus ; les investisseurs s'internationalisent ; des associations d'actionnaires minoritaires émergent, qui jouent un rôle-clé dans le rejet de certaines résolutions, l'arrivée probable en France des class actions devant développer cette dernière tendance.

L'intérêt social, intérêt des actionnaires
Les sociétés sont confrontées à des questions essentielles : quels intérêts représentent les administrateurs ? En France et en Europe, l'administrateur se détermine en fonction de l'intérêt de l'entreprise, l' "intérêt social" mais aux Etats-Unis et particulièrement au Delaware il ne doit prendre en compte que l'intérêt des actionnaires. Il est difficile de dire où est le point d'équilibre. Dans une fusion, quel est le meilleur projet pour les actionnaires ? Et comment s'assurer que les décisions ont été prises dans l'intérêt de l'entreprise et non du seul management ?
On constate une tendance à la séparation entre l'exécutif et la surveillance. En France, 60% des sociétés du CAC40 ont dissocié les fonctions de président et de DG. Beaucoup d'entreprises ont opté pour la formule directoire et conseil de surveillance.
Il y aura toujours des bandits et des faillites, conclut Jean-Paul Picard, mais on peut en limiter le nombre.

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Négociation transnationale et responsabilité sociale des entreprises

La RSE peut être un objet de la négociation transnationale, c'est du moins ce qui ressortait au colloque de mars d'Europe et Société consacré à ce type de dialogue social.

"La négociation transnationale est un outil au service de notre stratégie de développement au niveau mondial" explique Danièle Nguyen, directeur des relations sociales du groupe Schneider. Alors que les marchés d'Europe et d'Amérique du Nord sont matures, l'entreprise, numéro un mondial de la gestion de l'électricité et numéro deux de la gestion des automatismes et du contrôle, suit ses clients sur les marchés émergents où elle est confrontée à la concurrence locale. Elle a donc établi un programme appelé NEW2, de "rééquilibrage des ressources au niveau mondial" et entend "mobiliser les salariés autour du futur", alors même que ce programme aura des répercutions négatives pour certains d'entre eux. Une négociation internationale est prévue, qui commence par une négociation européenne sur le thème des réorganisations. Cette dernière, qui doit établir un cadre pour les négociations ultérieures au niveau national, implique le comité d'entreprise européen, le réseau RH et les acteurs syndicaux dont la Fédération européenne de la Métallurgie. Le Comité d'entreprise européen, dont le champ s'étend jusqu'à la Russie, a déjà joué un rôle important lorsque l'entreprise a externalisé son informatique. Il peut y avoir aussi des "retraits responsables", affirme Marc Ferron, secrétaire adjoint (CFDT) du Comité d'entreprise européen d'EDF, comme ce fut le cas d'EDF en Argentine. Se recentrant sur l'Europe et n'ayant jamais réussi à rentabiliser sa filiale argentine Edenor, l'électricien français a vendu celle-ci à un investisseur national. A la demande du comité de suivi de l'accord RSE, une contractualisation entre le cédant et le repreneur garantit que les emplois et les effectifs ne seront pas touchés pendant un an ni les acquis sociaux pendant trois ans.
Des accords internationaux sur la RSE ont été signés, surtout dans les années 2000, dans le cadre de grandes entreprises multinationales. L'UITA, l'Union internationale des travailleurs de l'alimentation, de l'agriculture, de l'hôtellerie- restauration, du tabac et des branches connexes, a signé un accord international dès la fin des années quatre-vingt avec Danone (l'agro-alimentaire), puis a contractualisé avec Accor (les hôtels), Chiquita (les bananes) et Fonterra (une société laitière basée en Nouvelle-Zélande). Les accords rappellent les droits fondamentaux des travailleurs tels qu'ils figurent dans les conventions de l'OIT mais ne comportent pas de mécanismes de contrôle. L'opinion publique peut jouer un certain rôle de contrôle car la communication d'entreprise sur un accord rend celui-ci effectif, d'après Marc Ferron qui affirme que "EDF a tellement bien vendu son accord RSE à l'externe qu'elle est bien obligé de l'appliquer". Le comité de suivi doit aussi se préoccuper de problèmes qui n'ont pas été prévus explicitement dans l'accord RSE, comme par exemple, dans un chantier comme celui du barrage de Nan Theun au Laos, la prostitution et la dissémination du SIDA.

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L'Europe, terre d'excellence pour la RSE ?

La Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil et au Comité économique et social "Mettre en oeuvre un partenariat pour la croissance et l'emploi : faire de l'Europe un pôle d'excellence en matière de responsabilité sociale des entreprises" (traduction libre du texte anglais, le seul que nous ayons eu "Implementing the partnership for growth and jobs : making Europe a pole of excellence on corporate social responsibility"), annonce deux initiatives, l'une en direction des parties prenantes, l'autre en direction des entreprises.

La Commission, en réponse aux demandes des parties prenantes, soutiendra l'organisation fin 2006 d'une réunion pour examiner les progrès effectués depuis les recommandations du Forum multi parties prenantes. Elle considère que des améliorations ont été apportées par les entreprises européennes mais que l'intégration de la RSE dans leur stratégie a encore des progrès à faire. Quand au rôle des salariés et de leurs représentants, il doit être renforcé. Les parties prenantes externes, y compris les ONG, les consommateurs et les investisseurs, pourraient jouer un rôle plus fort pour encourager une conduite responsable des affaires. Les pouvoirs publics, à tous les niveaux, sont invités à soutenir le développement durable, la croissance économique et la création d'emplois.
Tout en continuant d'attacher de l'importance au dialogue avec toutes les parties prenantes, la Commission reconnaît que les entreprises sont les acteurs principaux de la RSE. Cette nouvelle approche se traduit par "un partenariat innovant avec les entreprises" sous la forme d'un "Alliance européenne pour la RSE". Pour que cette Alliance soit accessible à un grand nombre d'entreprises et qu'elle ne constitue pas un "fardeau bureaucratique" pour les affaires, l'Alliance n'est pas un instrument légal mais plutôt un "parapluie" pour les initiatives existantes ou à venir des grandes entreprises, des PME et de leurs parties prenantes. Les résultats de l'Alliance pourront être compris comme une contribution volontaire du milieu des affaires pour accomplir les objectifs de la stratégie de Lisbonne révisée.
La RSE est l'affaire de tous, il faut se battre pour une "économie de marché soutenable" (sustainable market economy). Prendre soin des gens et de la planète permet de faire du profit à long terme : "Responsible business is good business". Un partenariat étroit avec les Etats Membres, le monde des affaires - à travers l'Alliance -, et les parties prenantes dans l'Union européenne est la meilleure voie pour encourager l'adoption de la RSE par les entreprises européennes, afin de maximiser la contribution de celles-ci au développement durable ainsi qu'à la croissance et aux emplois.
Conscientisation et échanges de bonnes pratiques, recherche, éducation, PME, soutien aux initiatives des parties prenantes, y compris les partenaires sociaux, notamment au niveau sectoriel, introduction systématique (mainstreaming) de la RSE dans toutes les politiques européennes, dimension internationale, coopération entre Etats Membres : le RSE a sa place partout. La RSE ne peut être un simple supplément pour les entreprises mais être intégrée à toutes leurs opérations. Elle doit, de même, être intégrée aux politiques européennes, particulièrement à celles concernant le développement durable et la stratégie de croissance et d'emplois.
L'Alliance cherche à promouvoir la RSE comme une opportunité d'affaires en créant des situations gagnant-gagnant pour les entreprises et la société. Il est réaffirmé que la RSE est une approche volontaire qui reflète la diversité du monde européen des affaires. L'Alliance encouragera l'intégration des thèmes de la RSE et du développement durable dans les formations supérieures ainsi que l'innovation et l'entreprenariat dans les technologies soutenables, les produits et les services qui répondent à des besoins sociétaux, et bien d'autres initiatives.
Et la Commission conclut : Il est temps de faire de l'Europe un pôle d'excellence en RSE ; l'Alliance est créée pour ce faire.

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Les sites de ceux qu'on cite

Le site de l'ORSE généraliste: http://www.orse.org et celui dédié à l'égalité professionnelle : http://www.egaliteprofessionnelle.org
Le site du ministère délégué à la cohésion sociale et à l'égalité professionnelle: http://www.femmes-egalite-professionnelle.gouv.fr
Le site de Peugeot SA:
http://www.psa-peugeot-citroen.com/fr/nuit.php
Le site d'Accor: http://www.accor.com/fr/index.asp
Le site de CSR Europ : http://www.csreurope.org/ et celui de sa composante française: http://csrfrance.online.fr/index.html
Le site de la CES en français: http://www.etuc.org/fr/
Le site de Vigeo : http://www.vigeo.com mais nous n'avons pas trouvé trace de l'étude en question sur ce site, peut-être est-elle enfouie quelque part mais comme il n'y a ni plan du site ni moteur de recherche, on ne peut en être certain.
Le site de l'école de Paris du management: http://www.ecole.org/
Le site de l'institut français des administrateurs: http://www.ifa-asso.com/
Le site de Deloitte & Touch http://www.deloitte.com/dtt/home/ et celui de Deloitte France: http://www.deloitte.com/dtt/home/0,1044,sid%253D14927,00.html
Le site d'Europe et Société: http://www.europeetsociete.com/
Le site de l'Union internationale des travailleurs de l'alimentation, de l'agriculture, de l'hôtellerie- restauration, du tabac et des branches connexes (UITA) :
http://www.iuf.org/fr/ en français
Le portail de l'Union européenne: europa.eu.int/index_fr.htm

 

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