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La Missive de Gestion Attentive
N°20 - juin 2006
Sommaire
Edito:
sécurité, santé et solidarité
Des pluriactifs
aux extrêmes Les dix ans
d'ITG
Management des
entreprises et santé des salariés
La solidarité,
valeur d'avenir pour l'Europe sociale? Les territoires
au cœur de la responsabilité sociétale des entreprises
? L'investissement
responsable : les Principes et le marché français
Les sites de
ceux qu'on cite
Edito: Sécurité, santé et
solidarité
La sécurité de
l'emploi, la santé liée au travail, la solidarité entre personnes d'une
même profession ou d'un même territoire en matière de protection sociale,
la sélection des investissements au nom de principes transparents, le
souci des entreprises pour les territoires où elles sont présentes sont au
menu de ce numéro de printemps 2006. Le mois de mars a vu des cortèges
d'étudiants et de salariés défiler en France aux cris de " CPE, non non
non, CDI, oui oui oui ". Le contrat à durée indéterminée était ainsi
plébiscité versus le contrat première embauche. Celui-ci, proche du
discuté contrat nouvelle embauche, devait être le vingtième type de
contrat de travail existant dans le droit, il a été retiré sous la
pression d'une génération qui interprétait sa création comme une mesure
anti-jeunes gravant dans le marbre la précarité qui est le fait des débuts
de la vie professionnelle de beaucoup. Dans le pays du Code Civil, les
frontières sont tranchées entre le travail pour compte d'autrui, la
travail indépendant et la fonction publique mais dans la réalité les
"formes atypiques d'emploi", parfois aux lisières du droit positif, se
développent. Les Français continuent à rêver d'emploi à vie et ne
manifestent que peu d'appétence pour la création d'entreprise mais la
pluriactivité, la multiplicité d'employeurs et le recours à un tiers
factureur ne sont plus des phénomènes marginaux, même s'ils demeurent
minoritaires et que la protection sociale leur est mal adaptée. On
trouvera dans ce numéro quelques éléments à leur propos, notamment sur les
pluriactifs étudiés par l'INSEE et sur les "portés" dont une des
entreprises qui les emploie, l'Institut du Temps Géré, fêtait son dixième
anniversaire. Les salariés ordinaires, quant à eux, ont fait l'objet
d'une intéressante étude universitaire sur la façon dont leur santé peut
être affectée par le type de management de l'entreprise. Patrick Guiol et
Jorge Munoz montrent que les salariés des entreprises au management
participatif sont moins souvent souffrants que leurs homologues
travaillant dans une entreprise autoritaire. Dans un pays très gros
consommateur de médicaments et notamment de psychotropes, on peut en
déduire que l'extension du management responsable aurait des effets
positifs sur les comptes de la sécurité sociale (et des conséquences
négatives sur ceux des laboratoires pharmaceutiques mais ceci est une
autre histoire). A propos de protection sociale, solidarité et
concurrence s'opposent-elles ou sont-elles compatibles en Europe? se
demande l'Association Européenne des Institutions Paritaires. Consciente
des rapports délicats entre mutualisation et solidarité, obligatoire et
concurrentiel, elle invite à un nouveau contrat social dans l'Union, y
compris entre les générations. L'ancrage territorial des entreprises a
fait l'objet de travaux d'IMS Entreprendre et de l'ORSE ; les
investisseurs socialement responsables voient leurs activités en France
étudiés par Novethic alors qu'ils signent les Principes de l'ISR définis
sous l'égide des Nations Unies. .
Marie-Noëlle Auberger mna@gestion-attentive.com
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Des pluriactifs aux extrêmes
L'INSEE publie
une étude de Magali Betty selon laquelle en 2005, 1 126 milliers de
salariés, soit 4,8% de la population salariée, sont pluriactifs, 783
milliers pratiquant le même métier pour plusieurs employeurs et 343
milliers exerçant plusieurs métiers. Par ailleurs, 76 milliers de non
salariés exercent plusieurs professions, dont certains une profession non
salariée en sus de leur activité principale indépendante.
Très
minoritaires dans la population salariée, -"en France, la norme de
travail des salariés consiste à exercer une seule profession pour un seul
employeur"- les pluriactifs voient leur nombre augmenter
rapidement. Les salariés qui exercent leur profession pour
plusieurs employeurs sont peu diplômés, ont souvent plus de quarante
ans et sont deux fois plus souvent étrangers que dans la population
salariée occupée totale. Il s'agit majoritairement de femmes qui
travaillent dans les services à la personne : assistantes maternelles
et gardiennes d'enfants, femmes de ménage chez les particuliers, aides
ménagères et aides à domicile. Les hommes, très minoritaires, sont
présents dans des professions variées : spectacle vivant, techniciens de
la télévision ou du cinéma, professeurs et jardiniers. Les salariés
pluriactifs, si on exclut les assistantes maternelles qui arrivent souvent
à travailler à temps complet, sont généralement à temps partiel, et
ceci faute d'avoir trouvé un temps plein. Les salariés pluriemployeurs
sont, toutes choses égales par ailleurs, significativement moins bien
payés que les salariés monoactifs. Les personnes qui jouent sur
plus d'une profession - massivement deux- ont un profil différent.
Le deuxième emploi n'est pas toujours salarié et cette activité est
souvent occasionnelle, dans les domaines de l'information, des arts ou du
spectacle, de l'enseignement, des services aux particuliers. Contrairement
aux salariés monoprofessions multiemployeurs, les actifs
multiprofessions sont proches des salariés monoactifs en matière de
formation, de temps de travail et de rémunération. Les hommes qui exercent
une deuxième profession sont des enseignants ou des agents de
surveillance, les femmes des aides ménagères ou assistantes maternelles.
L'exercice de plusieurs professions peut être un choix ou une solution
imparfaite, et leur temps de travail total est supérieur à celui des
salariés monoactifs. Quand aux non salariés (comme profession
principale) qui exercent une autre profession, celle-ci est un travail
salarié pour deux sur trois d'entre eux et une activité non salariée pour
le troisième. Il s'agit principalement d'agriculteurs sur petite
exploitation, de médecins et de kinésithérapeutes. Les actifs qui
échappent au schéma "une profession, un employeur" se situent donc aux
deux extrémités de l'échelle sociale. D'une part des femmes et des hommes
peu qualifiés qui additionnent les emplois mal payés, de l'autre des
médecins ou des professeurs qui se livrent à une activité annexe de façon
choisie mais aussi des personnes de professions quelque peu "en marge"
du salariat classique: artistes, journalistes, graphistes, conseil aux
entreprises. Cette dernière catégorie recoupe partiellement ce qu'on
appelle les "professionnels autonomes" ou "solos dans les professions
intellectuelles", à savoir des personnes qui mettent directement leur
compétence professionnelle sur le marché, se faisant rémunérer tantôt en
honoraires, tantôt en salaires, et faisant parfois appel au système du
portage salarial.
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Les dix ans d'ITG
Conseil en informatique,
traduction, formation, consultants, stratégie financière et management
: les consultants d'ITG, une des principales sociétés de portage salarial,
sont aujourd'hui 2200 et la société facture quarante millions d'honoraires.
L'Institut du Temps Géré a été créé il y a dix ans par Marc Cadiot et
Jacques Vau, deux compères désolés d'être en retraite. Si le noyau de
départ des portés fut celui des seniors, d'autres catégories sont arrivés
comme les jeunes retraités (les entreprises pionnières du portage ne faisaient
pas travailler les retraités, ITG et d'autres le font) et des jeunes qui
tentent un projet d'entreprise ou n'ont pas envie de sortir du salariat
traditionnel. Les femmes, encore minoritaires, sont de plus en plus nombreuses.
Les sociétés de portage
salarial s'adressent aux personnes qui veulent "une autonomie professionnelle
choisie", mais ce choix est parfois contraint. D'après une
étude menée en 2003 par l'Association Pour l'Emploi des Cadres, le portage
salarial présente pour les entreprises l'avantage d'éviter les coûts et
risques liés au contrat de travail en utilisant des contrats d'entreprise
(recrutement et licenciement faciles, masse salariale minorée) pour répondre
au mieux à des besoins ponctuels. Ces avantages sont strictement les mêmes
que dans le cas de l'appel à un cabinet ou un indépendant. D'après la
même étude, le système du portage permet au cadre de garder son statut
salarié, de mieux gérer l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle,
de gagner en autonomie, de redonner du sens au travail en évitant d'être
pris dans les jeux de pouvoir et dans l'affectif. Les 2200 contrats d'ITG
correspondent à 350 équivalents temps plein, ce qui signifie qu'en moyenne
les consultants sont employés un sixième de temps. La situation n'est
donc pas paradisiaque, d'autant qu'il faut "courir après les contrats".
Comme le note un consultant, le porté est à la fois son patron et son
produit.
Les consultants quittent le portage salarial le plus souvent parce qu'ils
ont retrouvé un emploi classique, en deuxième lieu parce qu'ils partent
à la retraite. Il arrive rarement qu'un consultant saute le pas pour devenir
indépendant à part entière, cela peut être le cas d'un jeune qui a "testé"
le marché sous forme de portage, pas celui d'un cadre expérimenté qui
passe sa fin de carrière en activité partielle, rarement celui d'un quadra.
Comme l'expliquent des portés, l'indépendance présente un risque financier
énorme pour le consultant et sa famille alors que le portage apporte une
crédibilité vis-à-vis du client et évite les lourdeurs administratives.
"L'indépendance est formidable, la solitude est mortifère" formule Marc
Cadiot, avant d'affirmer qu'ITG permet la "fertilisation croisée".
Forme atypique d'emploi, le portage réalise au départ une simple "transformation"
de contrat d'entreprise en contrat de travail. Puis certaines entreprises
ont fait plus et mieux, se transformant en quasi cabinets de consultants.
Contrairement à l'intérim, le portage salarial ne connaît pas de relation
tripartite au sens de la loi française mais un contrat salarial d'une
part et un contrat commercial de l'autre. Si de nombreux juristes s'accordent
aujourd'hui à considérer que le portage ne constitue pas un "délit de
marchandage", la situation juridique est quand même moins claire que ne
veulent bien le dire les entreprises du secteur. Et ce n'est pas la loi
du 2 août 2005 sur les sociétés de travail à temps partagé qui a résolu
le problème.
ITG affirme être une entreprise à part entière de multiconsultants,
avec représentation du personnel, accord d'intéressement, de participation,
plan d'épargne entreprise. Maître Rosec, son avocat, rappelle que la Cour
de Cassation considère qu'il y a lien de subordination et donc salariat
lorsque la personne se trouve incluse dans un "service organisé", ce qui
est le cas chez ITG, réelle communauté de travail d'après ses dirigeants.
Le droit du travail est le droit protecteur de la partie faible mais dans
le partenariat qui se noue entre le consultant et l'entreprise de portage
salarial, l'avocat considère que le lien de subordination et le contrat
de travail déséquilibré ne sont plus vraiment de mise et préconise l'émergence
d'un nouveau statut, par la négociation.
Jean-Pierre Cressy, ancien cadre dirigeant de grands groupes, est le délégué
du personnel d'ITG. Spécialiste du dialogue social et de la médiation
collective, il a mis en place à ITG une délégation unique du personnel
puis un ensemble CE DP CHSCT et œuvré pour la dialogue social entre le
réseau Professionnels Autonomes de la Fédération Communication Culture
Conseil de la CFDT et le Syndicat National des Entreprises de Portage
Salarial, ce qui a abouti à l'adoption par les entreprises du portage
salarial de la convention collective Syntec. Plus récemment, le secteur
a créé l'Observatoire Paritaire du Portage Salarial, associant trois organisations
syndicales (CFDT, CFTC, CFE-CGC) et le SNEPS, avec le feu vert des pouvoirs
publics.
Le nombre de litiges est extrêmement faible, les problèmes ne se posent
pas entre portés et entreprises mais entre portés et certaines antennes
Assedic de la région parisienne qui ne considèrent pas les portés comme
des salariés. Une action est menée devant les tribunaux et l'UNEDIC. Les
grandes entreprises de portage salarial travaillent au développement des
bonnes pratiques dans le secteur, qui sans doute va se moraliser comme
l'a fait en son temps l'intérim.
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Management des entreprises et santé des
salariés
Le management participatif
est meilleur pour la santé des salariés que le mode de gestion du personnel
traditionnel et autoritaire: ce sont les conclusions auxquelles sont arrivés
un politiste et un sociologue, Patrick Guiol et Jorge Muñoz, dans leur
rapport achevé en mai 2006 pour le ministère délégué à la recherche et
aux nouvelles technologies.
Y a-t-il une corrélation
entre la nature des systèmes de relations sociales au travail et les "coûts
santé" pour les salariés des dites entreprises ? Formulé autrement, les
modes de gestion du personnel - traditionnel et autoritaire ou managérial
et participatif - en entreprise ont ils des conséquences sur les comptes
de la Sécurité sociale ?
Des études menées dans divers pays d'Europe et d'Amérique du Nord ont
montré l'existence d'un lien entre système de rapports sociaux et types
d'accidents du travail, d'autres ont porté sur les conséquences des formes
modernes d'intensification du travail, de la dangerosité environnementale
ou épidémiologique, des expositions aux risques physiques ou chimiques
sur la santé des salariés, sur l'ergonomie et le stress au travail mais
peu sur les facteurs psychosociaux, en particulier dans le domaine relationnel
des modes de gestion de la décision ou de l'organisation introduits pour
faire participer les salariés. Les travaux menés dans certaines facultés
de médecine ont montré que le milieu de travail et le climat social
régnant dans l'entreprise sont des composantes à part entière d'un diagnostic.
D'autres études ont montré que la rentabilité des entreprises ayant une
politique d'actionnariat salarié était supérieure à celle des entreprises
qui en étaient dépourvues, et que cet avantage était d'autant plus élevé
qu'il était accompagné d'une politique de participation à la gestion et
à la gouvernance.
Au-delà de cet existant, et s'intégrant dans la quête d'une meilleure
connaissance des déterminants de l'état de santé des populations, l'étude
"management des entreprises et santé des salariés", réalisée par Patrick
Guiol, chargé de recherche au CNRS, politiste à l'université de Rennes
I, et Jorge Muñoz, chercheur et maître de conférences, sociologue à l'université
de Bretagne occidentale, s'est penchée sur l'articulation entre mode de
gestion et état de santé des salariés.
L'étude a porté sur un échantillon de 112 entreprises du Grand Ouest français,
représentant plus de 30 000 salariés, séparé en deux sous-échantillons
composés d'entreprises semblables par leur type industriel et contrastées
par leur type de gouvernance.
L'analyse de ces échantillons s'est faite par des entretiens avec des
médecins du travail et le dépouillement des statistiques de la Caisse
Régionale d'Assurance maladie en matière d'accidents du travail, de maladies
professionnelles et d'arrêts de travail dus à ces accidents ou maladies.
Il apparaît que le mode de direction intervient bel et bien sur l'état
de santé des salariés. Les médecins du travail "reconnaissent que l'univers
industriel est traversé, à branche d'activité identique, par l'existence
de différences flagrantes dans la gestion des ressources humaines et,
dans le même temps, que l'implication de cette gestion est très différenciée.
Leurs témoignages établissent tous une relation graduelle entre le degré
d'autoritarisme de la direction et la propension de l'entreprise à devenir
un terrain propice aux pathologies ; inversement pour celles qui bénéficient
d'une ouverture participative." Le constat le plus patent, fait tant par
les médecins généralistes que pas les médecins du travail, est celui du
besoin de reconnaissance exprimé par leurs patients, reconnaissance
dont l'absence engendre la souffrance au travail.
La relation entre santé des salariés et mode de direction du personnel
fait apparaître que les accidents du travail et les maladies professionnelles
sont à la fois plus fréquents et plus graves (nombre de jours d'arrêt
supérieur) dans les entreprises à direction autoritaire que dans
les entreprises à management participatif. Cet écart varie en intensité
selon la branche professionnelle. Plus la branche est à risque, plus
l'incidence du type de management est sensible. Le bâtiment, les transports,
le fabrication de machines présentent des écarts très importants, alors
que cet écart est presque inexistant dans le secteur de la fabrication
des instruments de précision.
Cependant, les auteurs se montrent prudents : "Rien n'assure que les
implications de ces nouvelles méthodes de mobilisation et d'identification
à l'entreprise sur la santé soient linéaires, pas davantage qu'elles
soient exemptes de retournement de situation ou d'effet pervers à partir
d'un certain palier d'implication, (le stress pouvant s'accroître avec
une responsabilisation excessive et induire des suites négatives sur la
santé au même titre sue la privation de responsabilité) ou bien encore
selon le type de fonction assumée par le salarié, sa catégorie socioprofessionnelle."
Si l'influence du mode de gestion sur la santé des salariés en matière
d'accidents du travail et de maladie professionnelle est avéré, on peut
se demander si elle s'exerce aussi sur l'"étiologie du banal",
le mal-être qui génère le petit absentéisme médicalisé. Nos auteurs ne
souhaitent donc pas en rester là et poursuivront leur recherche sur des
indicateurs plus fins et plus ordinaires, tels que le nombre de consultations
de généralistes ou de spécialistes, les acquisitions pharmaceutiques de
produits psycho actifs contre l'anxiété ou les états dépressifs, de somnifères
et d'anti-inflammatoires, les séances de kinésithérapie, etc.
"A ce moment là seulement", concluent-ils, "on aura une idée, non plus
de l'existence de cette incidence des modes de direction du personnel,
mais de l'étendue de ses effets négatifs lorsqu'il s'agit d'un management
fermé au dialogue social. Et par là même, sera t-on en mesure d'avancer
quelques estimations économiques du différentiel de dépenses de santé
que cela représente."
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La solidarité, valeur d'avenir pour
l'Europe sociale
La solidarité est
une valeur d'avenir pour l'Europe sociale. C'est ce qu'affirmait l'AEIP
-Association Européenne des Institutions Paritaires- lors de la conférence
tenue à Paris le 8 juin sur ce sujet. L'AEIP regroupe des institutions
regroupant à égalité employeurs et salariés et oeuvrant dans le domaine de
la protection sociale, notamment la retraite et la santé.
Dans l'Union
européenne, la protection sociale est du domaine des Etats membres et
comporte trois étages : la sécurité sociale classique assurée par les
organismes de sécurité sociale relevant de l'Etat ou étroitement contrôlés
par lui ; les régimes professionnels obligatoires ; ce qui relève du libre
jeu du marché. Les entreprises qui assurent les régimes professionnels
obligatoires remplissent une mission d'intérêt général en permettant aux
"mauvais risques" d'être couverts, elles mettent en œuvre la solidarité à
l'intérieur du champ qu'elles couvrent. Le droit positif européen
ignore la solidarité, rappelle le secrétaire général de l'AEIP, Bruno
Gabellieri. La Charte des Droits parle bien de solidarité mais d'une façon
trop large pour être opérationnelle, puisque elle inclut sous ce vocable
jusqu'à l'environnement. La concurrence, elle, est omniprésente dans le
droit communautaire, qui interdit les ententes et les abus de position
dominante et organise la libre circulation des marchandises et la libre
prestation de services. Une convention collective portant sur la
protection sociale est une entente qui a pour but de produire des effets
économiques, elle est donc nulle en tant que telle. Mais la solidarité
est entrée dans l'Union par le biais de la libre circulation des personnes
et de la coordination entre les régimes. C'est la Cour de
Justice des Communautés Européennes qui a produit une esquisse de
définition de la solidarité, dans des arrêts concernant des régimes
professionnels. Le droit de la protection sociale est tellement
identitaire que la CJCE admet qu'une solidarité obligatoire peut
s'appliquer en ce domaine. Les juges ont fait en sorte de sauver les
régimes nationaux, en ayant recours à la notion de solidarité. Etant
obligatoire, celle-ci peut s'opposer à la concurrence. Dans l'arrêt
Poustre et Pistre de 1993, la CJCE a conclu que l'activité de protection
sociale n'était pas une activité économique et qu'en l'espèce des
travailleurs indépendants ne pouvaient pas échapper au régime obligatoire
de branche. L'arrêt Albany de 1999 considère que la négociation collective
étant une valeur fondamentale de la Communauté, les partenaires sociaux
ont la possibilité de définir par accord un espace obligatoire de
mutualisation des risques. Pour Yves Stevens, professeur à l'institut
de droit social à Louvain, les deux définitions classiques de la
solidarité - celle du sociologue, le sentiment de l'amélioration mutuelle
des destins de tous et celle de l'économiste, la prise en compte de
l'intérêt de chacun - sont erronées. Ce n'est pas parce que l'on partage
qu'on est dans un système solidaire. A la fois devoir de contribuer et
droit de recevoir, la solidarité est un transfert organisé de revenus.
Basée sur une idéologie, elle s'exprime dans une fiction légale, l'égalité
de tous. Elle se distingue de la compassion qui suppose l'inégalité et le
manque de réciprocité. L'égalité n'est pas naturelle, note Philippe
Langlois, professeur émérite de l'Université Paris X Nanterre, et la
concurrence se déroule dans un monde où l'égalité n'est pas présente. Dans
le monde de la protection sociale, la mutualisation du risque se trouve
à mi chemin de la concurrence et de la solidarité. Dans la solidarité,
la mutualisation devient obligatoire. Cependant, les régimes obligatoires
ne sont pas nécessairement solidaires, c'est le cas des régimes de
retraite par répartition contributifs. L'assistance se différencie de
la sécurité sociale, c'est ce qu'une nation considère comme nécessaire à
toute personne vivant, régulièrement ou pas, sur son territoire. Mais dans
les faits les frontières entre l'une et l'autre peuvent être mal définies.
Il faut distinguer la solidarité et la simple mutualisation des risques,
souligne Philippe Laigre, consultant en protection sociale. Pour la CJCE,
le critère décisif de la solidarité est l'obligation d'affiliation,
imposée par l'Etat ou mise en place par les partenaires sociaux dans le
cadre d'une négociation collective. La jurisprudence est encore
balbutiante en matière d'assurance maladie complémentaire mais devrait se
renforcer dans les prochaines années. La troisième directive sur
l'assurance vie admet qu'un Etat membre peut déterminer des éléments d'un
contrat d'assurance maladie à la double condition que ce dernier se
substitue partiellement ou totalement à la couverture maladie fournie par
un régime de sécurité sociale et qu'il poursuive des objectifs d'intérêt
général. Les mesures restreignant la libre concurrence doivent être
nécessaires et proportionnelles à l'objectif poursuivi. La Commission
européenne s'intéresse bien à la solidarité, affirme Jessica Larsson, qui
appartient à la DG Emploi et affaires sociales. Les services sociaux
regroupent les régimes légaux et conventionnels de protection sociale,
mutualistes ou professionnels, et les autres services essentiels fournis
directement à la personne dans une vision de prévention et d'insertion.
Le secteur des services sociaux et de la santé crée beaucoup d'emplois
et relève pleinement de la stratégie de Lisbonne. Malheureusement, les
emplois du secteur sont moins bien payés que la moyenne, malgré la
nécessaire qualification et les horaires atypiques, car ils sont
essentiellement pourvus par des femmes. Dans un contexte de changements
sociétaux et de demande accrue de personnalisation des services, les
autorités publiques des Etats membres répondent par la décentralisation,
l'externalisation (l'Etat ne fait plus directement mais il contrôle), la
recherche de nouvelles sources de financement, le développement de
partenariats public- privé, le souci de qualité, l'implication des
usagers. Après un Livre Vert en 2003 sur les services d'intérêt
général puis un Livre Blanc, la Communication sur les Services Sociaux est
basée sur les grands principes de subsidiarité, coresponsabilité et
équilibre entre cohésion sociale, solidarité et libre circulation.
Solidarité et concurrence sont deux dynamiques différentes,
rappelle Jean-Michel Bloch-Lainé, membre du Comité Economique et Social
Européen, mais elles peuvent coexister, quoi qu'en disent des
idéologies minoritaires opposées et dogmatiques. En France, en Allemagne
et dans d'autres Etats membres, les services d'intérêt général rendus par
les associations apportent une réponse importante aux besoins
médicaux-sociaux et de lutte contre l'exclusion. Fonctionnant avec des
salariés et des bénévoles, les associations innovent et inventent. Il est
plus efficace que l'Etat subventionne ce secteur plutôt que d'agir
lui-même. Le droit de la concurrence ne peut être appliqué de façon
rustique à ce secteur, sous peine de casser des ressorts utiles à la
société. Les personnes en difficulté ne peuvent pas être traités comme des
consommateurs ordinaires. La solidarité n'est pas évidente dans une
société européenne vieillissante marquée par la rupture de l'implicite
contrat social, la montée de l'individualisme et la manière de vivre
anglo-saxonne. L'Europe court un risque majeur, celui que la solidarité
soit considérée comme une insupportable taxation. L'affrontement est
de moins en moins entre partenaires sociaux et de plus en plus entre
générations dont chacune a l'impression de payer pour les autres. C'est
pourquoi, note Bruno Gabellieri, un nouveau pacte social, y compris entre
générations, est nécessaire. .
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Les
territoires au cœur de la responsabilité sociétale des entreprises ?
IMS-Entreprendre
pour la Cité et l'ORSE ont organisé une conférence de restitution des
travaux d'un groupe d'experts (entreprises, ONG, institutionnels) réunis
pendant plus d'un an pour travailler sur les pratiques des entreprises en
matière de pilotage et de reporting international sur l'ancrage
territorial. Un guide détaillant les travaux effectués a été présenté et
diffusé lors de cette conférence. Eric Saint-Alary y participait et nous
fait part de ses travaux.
Henri de Reboul, délégué général de l'IMS-Entreprendre pour la Cité, définit
le terme "ancrage territorial" comme étant tout initiative d'entreprise
contribuant au développement local qu'il s'agisse de la prise en compte
des Droits de l'Homme et de la lutte contre la corruption, du dialogue
avec les communautés locales, de programmes créateurs de revenus et d'emplois
locaux des territoires, de la gestion des mutations économiques sans parler
de "démarches intégrées" combinant plusieurs de ces thèmes.
Quelque peu gêné par le terme qu'il estime trop fort d'"ancrage" dans
ce sens qu'il pourrait impliquer qu'une entreprise ne puisse jamais quitter
un territoire, Bernard Giraud, directeur du département du développement
durable et de la RSE chez Danone, indique dans quel cadre les opérations
de développement local y prennent place. Chaque site doit déterminer ses
modes d'action en cohérence avec la politique du groupe ce qui veut dire
que les managers locaux doivent résoudre la tension entre les sollicitations
des parties prenantes du territoire et les enjeux "business" du groupe.
Pour autant, Jean-Pierre Labbé, directeur adjoint des relations institutionnelles
de Total, indique la nécessité opérationnelle d'un ancrage territorial
pour la transnationale compte-tenu des enjeux liés à l'acceptation
locale des activités (permis d'entreprendre), ce qui passe aussi par
la réduction de certains impacts socio-économiques générés par la "malédiction
du pétrole".
Cet exemple a permis de soulever la question de savoir jusqu'au fallait-il
aller en matière d'ancrage territorial. Guy Reynaud, Président de l'ONG
Pro-Natura International, a ainsi expliqué que son organisation participe
à une opération de développement local intégrée touchant déjà 140 000
personnes dans le Delta du Niger (Nigéria) avec le soutien de Total. Cette
opération va jusqu'à créer des instances démocratiques de base, palliant
les carences de l'Etat sur ce plan.
Marc Deluzet, responsable confédéral à la CFDT, met en lumière le paradoxe
que syndicats de salariés et représentants du patronat sont plus à l'aise
pour traiter des impacts sociaux de l'activité des entreprises sur leurs
différents sites à l'échelle mondiale, voire européenne, qu'au niveau
français du fait des tensions nées des délocalisations.
Francois Fatoux, délégué général de l'ORSE, rappelle l'un des débats du
groupe de travail, celui sur les indicateurs. Le groupe a distingué indicateurs
de moyens (pilotage et déploiement de la démarche d'ancrage) et indicateurs
de résultats (mesure des impacts sur des cas concrets). Même s'il
reste beaucoup à faire, ce travail serait susceptible d'enrichir les indicateurs
sociétaux de référents comme la GRI. Sur un tel sujet, Pascal Bello, PDG
de BMJ Ratings, estime que les indicateurs ne font pas tout et qu'il faut
s'attacher sur les conditions de réalisation et d'évaluation des politiques
d'ancrage en y associant les parties prenantes locales.
Claire Isnard, Présidente de l'ORSE, clôt les débats en expliquant en
quoi cette question de l'ancrage territorial est au cœur du développement
durable puisqu'elle articule local et global, elle s'inscrit dans
une logique d'expression, de connaissance mutuelle et de responsabilisation
des parties prenantes qui comprennent mieux leur intérêt à recevoir
et à donner.
Eric Saint-Alary
<esaintal@nnx.com>
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L'investissement responsable : les Principes et le marché
français
Les
acteurs de l'investissement socialement responsable - investisseurs,
gestionnaires de fonds et prestataires de services- ont signé les
Principes de l'ISR, établis sous l'égide des Nations Unies et présentés à
New York et à Paris. Le marché français de l'ISR progresse, comme le fait
apparaître une étude de Novethic, mais au même rythme que l'investissement
financier total dont il ne représente encore qu'une très faible
proportion.
Les Principes pour
l'Investissement Responsable ont été adoptés par un certain nombre
d'investisseurs et de gestionnaires de fonds. Cette initiative, placée
sous l'égide du PNUE et du Pacte Mondial a fait l'objet en mai d'un
lancement médiatique quasi simultané à New-York au siège de l'ONU et à
Paris. Dans cette déclaration, les investisseurs institutionnels reconnaissent
que leur rôle fiduciaire - agir au mieux des intérêts à long terme
de leurs bénéficiaires - les conduit à prendre en compte les questions
environnementales, sociales et de gouvernance d'entreprise (ESG) car
celles-ci peuvent influer sur la performance des portefeuilles d'investissement.
Ils se déclarent en outre convaincus que l'application de ces Principes
pourra mettre les investisseurs mieux en phase avec les grands objectifs
de la société. De ce fait, ils prennent "dans la mesure où cela est compatible
avec (leurs) responsabilités fiduciaires" six engagements: prendre
en compte les questions ESG dans les processus d'analyse et de décision
en matière d'investissements, être des actionnaires actifs et prendre
en compte les questions ESG dans les politiques et pratiques de placement,
demander aux entités dans lesquels ils investiront de publier des informations
ESG, favoriser l'acceptation et l'application des Principes dans l'industrie
des investissements, s'efforcer d'accroître ensemble leur efficacité dans
l'application des Principes, rendre compte individuellement de leurs activités
et de leurs progrès dans l'application des Principes.
Les signataires sont des investisseurs institutionnels, des gérants
de fonds et des prestataires de service dans le domaine de l'ISR.
Pour la France, on y trouve respectivement la Caisse des dépôts et consignations
- CDC et le Fonds de réserve pour les retraites - FRR pour les investisseurs
institutionnels, BNP Paribas Asset Management, Crédit Agricole Asset Management
Group, Groupama Asset Management et Macif Gestion pour les gérants de
fonds et Vigeo pour les prestataires de services.
Novethic, la filiale de la Caisse des Dépôts centre de ressources sur
l'ISR et la RSE, a réalisé une étude sur le marché français de l'ISR
en 2005. Il s'agit plus d'une enquête que de statistiques exhaustives,
puisque les résultats proviennent d'un questionnaire détaillé envoyé à
quarante six sociétés de gestion dont trente ont répondu. Ces sociétés,
exerçant leur activité en France, représentent néanmoins 90% du marché
des encours de gestion collective ISR offerts. Les enseignements ? Le
marché français - le total des encours ISR détenus par les résidents français
-est estimé à 8.8 milliards d'euros, en augmentation de 27% entre la fin
2004 et la fin 2005. Bel accroissement mais semblable à celui qu'a connu
l'ensemble de la Bourse. Le marché ISR ne représente guère que zéro
virgule quatre pour cent du marché total et ne progresse donc pas
en termes relatifs.
Qui sont les épargnants responsables ?
Les investisseurs institutionnels possèdent 5.2 Md d'encours, ayant dépassé
les ménages (3.6 Md se répartissant entre 2.4 Md d'encours directs des
particuliers et 1.3 Md d'épargne salariale) qui étaient majoritaires en
2003. Cette proportion peut augmenter encore car les institutionnels se
mettent et se mettront de plus en plus à l'ISR au cours des années 2006
et 2007, c'est notamment le cas du Fonds de Réserve des Retraites,
de l' Etablissement pour la Retraite Additionnelle de la Fonction Publique,
de l'AGIRC-ARRCO, bref, des acteurs relevant grosso modo du paritarisme
dans le domaine des pensions vieillesse. Le FRR, qui a dès son origine
demandé aux gérants d'intégrer des critères extra financiers de façon
transversale, va s'impliquer sur une approche "pure" de l'ISR, les deux
démarches pourront être appelées à converger.
S'il existe des particuliers qui ont des convictions fortes et de l'épargne
disponible, il n'y a que peu d'offre qui leur soit adressée. Les réseaux
bancaires et autres ne font pas grand effort pour proposer des produits
ISR, qui de ce fait se diffusent assez peu.
L'épargne salariale responsable, lancée en 2002 avec la création du Comité
Intersyndical de l'Epargne Salariale, représente en 2005 un peu moins
de 2% de l'ensemble de l'épargne salariale gérée. La proportion n'est
pas massive mais elle est plus importante que dans les autres secteurs.
Les actifs confiés
aux sociétés de gestion sont en majorité gérés via des instruments standardisés,
la gestion collective - via des distributeurs - représentant 6.3 Md et
la gestion dédiée - sans intermédiaire - 2.5 Md.
Le marché français des actifs ISR (Md euros)
| |
Institutionnels |
Ménages |
Total |
| |
|
Epargne salariale |
Epargne directe
"retail" |
|
| Gestion collective |
3,47 |
0,48 |
2,36 |
6.31 |
| Gestion dédiée |
1,69 |
0,81 |
- |
2,49 |
| Sous-total |
|
(1,29) |
(2,36) |
|
| Total général |
5,15 |
3,64
|
8,80 |
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Les sites de ceux qu'on cite
INSEE
Première n°1081 Mai 2006: www.insee.fr L'Observatoire des Solos:
www.solos.asso.fr Le site d'ITG: www.itg.fr Le site du SNEPS:
www.portagesalarial.org Le site de l'AEIP Association Européennes de
Institutions Paritaires: www.aeip.net Le site d'IMS Entreprendre:
imsentreprendre.com Le site de l'ORSE: www.orse.org Le site des
principes de l'ISR, en français
http://www.unpri.org/principles/french.html Le site de Novethic:
www.novethic.fr
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