|
La Missive de Gestion Attentive
N°21 - octobre 2006
Sommaire
Edito: Histoire et géographie
La Chine et la RSE
Corruption et
transparence
Developpement durable et Constitution
Dans la bibliothèque
Les sites de ceux qu'on cite
Edito: Histoire et géographie
La Belgique inscrit
dans sa constitution le développement durable sur ses trois piliers
; la Chine connaît la croissance, sans doute le développement
et guère le développement durable. La demande de matières
premières fait flamber les prix mondiaux, les accidents du travail,
fréquents et meurtriers, et les maladies professionnelles sévissent,
une ville nouvelle est en projet, totalement écologique, les écarts
de revenus se creusent, le "bol de riz en fer" a disparu pour
une bonne partie de la population, le dynamisme des villes nouvelles et
de l'industrie permet à une classe de nouveaux riches de prospérer.
La Chine ne s'intéresse guère pour le moment à la
RSE, elle le fera sans nul doute mais à sa manière, riche
d'une civilisation très ancienne.
La corruption est-elle inversement proportionnelle à la RSE ? On
peut le penser. La RSE s'appuyant sur le socle de la Loi, la corruption,
qui va contre la loi, est contre la RSE. Encore faut-il que la loi soit
appliquée et que les électeurs punissent dans les urnes
les hommes politiques corrompus, alors qu'en France, les sondés
se disent à la quasi unanimité résolus à ne
jamais voter pour un corrompu mais réélisent majoritairement
les élus pris la main dans le sac. La lutte contre la corruption
ne saurait se suffire de déclarations générales et
d'un système de dénonciation interne. Une entreprise responsable,
non seulement ne corrompt pas mais met en place les conditions pour que
l'argent illégal n'ait pas de place dans son environnement social.
Ce qui n'est pas une mince affaire. En cette matière et dans d'autres,
l'engagement des entreprises dans la RSE ne suffit pas, les autres acteurs
doivent aussi agir pour une responsabilité sociétale et
environnementale.
La RSE a pour origine revendiquée la pratique d'investissement
des Quakers boycottant les "actions du péché"
mais elle a aussi une solide ascendance dans le paternalisme du XIXe siècle
européen. Elle ne peut croître qu'en poussant sur le sol
de chaque culture. L'Histoire n'est pas finie et la géographie
est bien présente ; il convient donc de renoncer à une conception
impérialiste de la RSE. La fabrication des normes mondiales en
la matière ne devrait pas être la création d'un petit
groupe mais bien le travail de représentants des différentes
parties prenantes des différentes aires culturelles de la planète.
L'irruption dans les travaux de ISO 26 000 d'un GRI qui est très
loin de refléter la diversité culturelle du monde ne manque
pas de présenter à cet égard un aspect inquiétant.
Nous pensons que la RSE ne sera porteuse de sens et ne se diffusera mondialement
que si on cesse de croire que l'éthique des Puritains doit être
LA référence mondiale au XXIe siècle. .
Marie-Noëlle Auberger
mna@gestion-attentive.com
retour au sommaire
La Chine et la RSE
Chine et RSE
on trouve ces deux noms accolés surtout quand des ONG internationales
- soyons francs, occidentales - s'émeuvent des conditions de travail
dans les usines des fournisseurs de la grande distribution ou de l'utilisation
du travail carcéral. Mais cette notion a-t-elle un sens pour les
entrepreneurs chinois ? Le CEDAC - Centre d'Etudes et d'Action pour la
Cohésion sociale - organisait en juin les septièmes ateliers
de la RSE sur ce thème, en partenariat avec La Libre Belgique.
Jean
Ruffier,
chercheur français du CNRS et de l'Université de Lyon Jean
Moulin, observe les usines chinoises depuis 1988, en compagnie de collègues
chinois de l'Université Sun Yat Sen à Canton. Le Centre
franco-chinois de recherche en gestion, dont il est co-directeur,
travaille sur un triangle de 250 kilomètres de côté
qui rassemble 80% des exportations chinoises, car l'excédent commercial
chinois est porté par trois ou quatre régions, dont celle
de Canton, alors que le commerce extérieur des régions de
Shanghai et de Pékin est déficitaire. L'"atelier du
monde" n'occupe pas toute la Chine !
A l'époque maoïste, il n'existait pas d'entreprises privées
et l'entreprise publique n'était pas une entreprise au sens occidental
du terme, elle n'était pas une unité économique.
La RSE, comprise comme l'attention portée aux relations entre l'entreprise
et la Société, était poussée à un niveau
extrême, explique Wang Da, professeur à l'Université
de Pékin. "L'usine offrait tout, de la cantine à
l'hôpital à prix réduit, mais les Chinois savent maintenant
que c'est un mauvais système".
Depuis 1978, le système économique chinois est orienté
vers le marché. Néanmoins, l'entrepreneur chinois public
obéit à des instructions nationales, le gouvernement chinois
se préoccupant de rééquilibrer la richesse sur le
territoire, afin que le décollage industriel profite à l'ensemble
de la Chine. Les capitalistes nationaux, affirme le professeur Wang Da,
mettent en place cinq principes hérités du confucianisme
qu'ils ont adapté au monde des affaires : la santé des employés,
le protection de la nature, l'égalité des droits, la qualité
de la production, la recherche technologique. "Les entrepreneurs
privés ont échappé au Parti et souvent à l'école"
formule Jean Ruffier. Ils n'ont pas le bac mais ont créé
la richesse de la Chine d'aujourd'hui. Ils sont dans le même concept
que les patrons européens du XIXe siècle : tout mettre dans
leur usine. La responsabilité sociétale ne fait pas partie
de leurs objectifs.
D'ailleurs, les entreprises chinoises installées en Belgique invitées
par Anne Peters, l'organisatrice de la rencontre, n'ont pas souhaité
intervenir.
retour au sommaire
Corruption et transparence
Les rencontres
Novethic sur la corruption se tenaient le 13 septembre 2006 à la
maison du Barreau de Paris, avec la participation du Service Central de
Prévention de la Corruption. Créé en 1993, le SCPC,
dirigé par Michel Barrau, est un outil à disposition des
administrations, des élus et des autorités judiciaires.
De plus, il mène, dans les entreprises publiques puis maintenant
privées, des opérations de sensibilisation à ces
questions.
Ne pas corrompre ni
être corrompu, et le dire : cette exigence de transparence se trouve
tant dans les Principes directeurs de l'OCDE à destination des
multinationales que dans la Convention de Mérida des Nations Unies,
et le Pacte Mondial (Global Compact) a adopté comme dixième
principe la lutte contre la corruption. Le GRI, Vigeo et d'autres mettent
le comportement vis-à-vis de la corruption dans leurs critères.
Mais qu'est ce que la corruption ? La définition retenue par la
société FTSE en liaison avec Transparency Intenational est
"le fait de donner ou de recevoir un avantage dans le but d'inciter
à faire quelques chose de malhonnête ou d'illégal."
Mais il est parfois difficile de le définir strictement si un acte
est ou non de la corruption : donner quelques billets à un fonctionnaire
est à l'évidence un acte de corruption active ; mais lorsqu'un
agent de la circulation routière arrête une voiture sous
un prétexte fallacieux et propose de régler le problème
contre versement immédiat de l'amende en espèces, on peut
plutôt appeler cela du racket.
Une étude de Vigeo portant sur 342 entreprises de 17 pays d'Europe
dans 23 secteurs n'apporte pas d'informations vraiment significatives
en fonction du pays d'origine. D'un point de vue sectoriel, les "bons
élèves" sont le secteur banque-assurances, les mines,
l'industrie de biens et services et celle du médicament ; les mauvais
élèves étant les services financiers, l'aérospatial,
les supermarchés, le tourisme et l'hôtellerie. Si le secteur
bancaire sur-performe, explique Fouad Benseddik, directeur des méthodes
et des relations institutionnelles, c'est parce que la pression réglementaire
y est très forte. Plus les pouvoirs publics se penchent sur
les agissements du secteur, moins celui-ci se livre à la corruption.
On nous permettra de noter qu'on est donc ici loin d'une performance en
matière de "responsabilité sociale" selon la définition
européenne - aller de manière volontaire au-delà
de la loi en matière de préoccupations sociétales
et environnementales - puisque la simple conformité aux normes
légales délivre un brevet de bonne conduite.
Le degré de transparence des multinationales françaises
en manière de lutte contre la corruption était le sujet
d'une étude de Novethic présentée par Blaise Desbordes,
le directeur des études. Novethic a construit une grille de quinze
critères pour évaluer ce qu'on peut attendre du reporting
des entreprises en la matière et l'a appliquée à
la reddition des entreprises du CAC40. Elle n'a trouvé en moyenne
que le quart de l'information attendue. Vingt pour cent des entreprises
fournissent une information substantielle et donc 80% une information
incomplète ou inexistante. Si les entreprises s'engagent assez
facilement sur la sensibilisation des collaborateurs, elles ne
portent que peu d'attention à la société civile et
ne mentionnent guère leur exposition concrète au risque,
en dehors de Lafarge qui a été pionnier en ce domaine et
de Total dans son rapport 2005.
Au global en 2005, aucune société du CAC40 ne s'est livrée
à un rapport "exhaustif", une entreprise est "leader",
c'est Total, cinq groupes sont "attentifs" (Thalès, EADS,
Alcatel, Suez, Lafarge), douze "incomplets" et seize "indifférents".
En conclusion, Blaise Debordes considère que la prise en compte
de la corruption est réelle mais souvent superficielle. Les normes
internationales n'ont pas d'effet. Il subsiste une ambiguïté
entre reporting et pratiques : tout ce qui est fait n'est pas
dit. Le risque de réputation pèse sur la qualité
du reporting et peu d'entreprises parlent des allégations
à leur égard.
Après une carrière opérationnelle dans la branche
exploration-production du groupe pétrolier en Afrique, Asie et
Russie, Richard Lanaud dirige le Comité d'éthique du groupe
Total et rend compte au président. Celui-ci a voulu le code de
déontologie dès la fusion de 2000 et Richard Lanaud s'assure
de la lisibilité de ce code en interne. Total rejette la corruption
sous toutes ses formes. Un système d'écoute existe depuis
la fusion mais a été renforcé en 2005 puisque la
loi Sarbannes-Oxley impose le "whistle blowing". Pour
autant, "le groupe ne fait pas sur ce point du reporting à
l'anglo saxonne". Richard Lanaud a été surpris que
Novethic distingue Total car le groupe n'a pas particulièrement
fait le choix de rendre compte ouvertement sur ce sujet sensible en 2005,
ayant simplement accumulé des informations. "Ce que nous faisons,
dit-il, c'est d'avoir des textes clairs, une position hiérarchique
forte mais le reporting sur la corruption n'est pas un sujet identifié".
Une même entreprise n'est pas nécessairement appréciée
de la même façon dans les deux études présentées,
c'est par exemple le cas d'AXA. Son rapport est jugé "incomplet"
par Novethic qui s'attache à la seule reddition alors que Vigeo
note fort bien l'entreprise qui applique la sévère législation
du secteur. Novethic souligne que tout ce qui est fait n'est pas dit mais
ne pose pas la question de savoir si tout ce qui est dit est effectivement
fait.
Le Pacte Mondial (Global
Compact) comportait neuf principes à propos des droits de l'Homme,
des normes de travail et de l'environnement. A la demande de divers acteurs
dont Transparency International, un dixième principe a été
ajouté en 2004. Il demande d'agir contre la corruption sous toutes
ses formes, de démontrer l'engagement de l'entreprise en ce sens
et de prouver annuellement les progrès réalisés.
Les recommandations portent sur la mise en place interne (définir
les engagements et former les salariés) ; la déclaration
externe (affirmer sa détermination contre la corruption aide les
salariés à résister aux pressions dans les zones
difficiles) ; le collectif (une action collective des entreprises d'un
même secteur ou installées dans une même zone à
haut risque de corruption). Dans presque tous les rapports des entreprises
signataires du Pacte Global, on trouve quelque chose du genre "Nous
exigeons un comportement éthique dans un contexte difficile",
ce qui parait insuffisant à Claude Fussler, conseiller spécial
pour le bureau du Pacte Mondial des Nations Unies, pour qui "Quelques
entreprises volontaires font des choses créatives et sincères
mais elles ne sont pas assez nombreuses pour avoir l'impact désiré".
Constatant que depuis
les années soixante-dix, soixante conflits armés liés
aux industries extractives ont apporté violence et pauvreté
dans les zones concernées, la plateforme mondiale "Publish
what you pay" a pour objectif la transparence des versements
du secteur extractif. La transparence, qui vaut pour toutes les entreprises,
multinationales ou nationales, comme pour les gouvernements, ne constitue
pas une fin en soi mais un instrument de meilleure gestion des ressources.
L'objectif ultime de la plate forme est de faire advenir des normes internationales
contraignantes quant à la publication des versements de compagnies
aux gouvernements. D'autres initiatives se sont créées,
comme l'Initiative pour la transparence des industries extractives - ITIE
- proposée par Tony Blair et reprise par le G8 d' Evian. Elle ne
repose sur l'adhésion volontaire des pays producteurs, ce qui fait
craindre qu'elle ne regroupe pas un nombre significatif de membres. La
plateforme demande à la Banque Mondiale de lier les prêts
de la Société Financière Internationale à
la transparence, elle agit aussi auprès de la BERD, de la Coface
et des autres assureurs à l'exportation pour que la transparence
soit une condition nécessaire à la garantie. Il existe un
consensus clair dans la communauté financière internationale
: la transparence des revenus est vitale pour avoir des investissements
stables. Cette action pour la transparence n'est pas dirigée
directement sur la lutte contre la corruption mais elle y contribue largement.
La France a poussé des pays amis d'Afrique à s'y engager
: Gabon, Congo puis Cameroun, Tchad, RDC. Mais les deux coordinateurs
de Publiez ce que vous payez au Congo Brazzaville ont été
emprisonnés, ce qui montre les limites de l'engagement de certains
gouvernements.
La Russie, la Chine,
l'Inde n'appartiennent pas à l'OCDE, acteur important contre la
corruption, et n'appliquent pas les mêmes normes ; être
basé dans un pays où la justice lutte contre la corruption
apporte un désavantage comparatif. Certaines entreprises refusent
d'aller dans les zones où la corruption est importante mais d'autres
considèrent que quitter le pays serait dommageable pour la population,
l'entreprise qui a des scrupules étant remplacée par une
autre qui n'en aurait pas. Et l'entreprise doit respecter les lois nationales,
disent les représentants du monde des affaires. En Birmanie, Total
vérifie qu'il n'y a pas de travail forcé dans la zone qu'elle
contrôle mais si l'entreprise examinait les actes du gouvernement,
on lui reprocherait des tentations hégémoniques.
On peut aussi s'interroger
sur les critères utilisés et le "whistle blowing"
en est un bon exemple. L'utilisation par les salariés de ce système
de "dénonciation civique" mis systématiquement
en place par les banques anglo-saxonnes est considérée par
les noteurs comme un point positif. Une banque au sein de laquelle de
nombreux salariés auront dénoncé des comportements
illégaux sera bien notée. Mais s'il n'y a rien à
dénoncer ? Richard Lanaud, qualifie les indicateurs utilisés
par SAM ou EIRIS - "Avez-vous un code de conduite? l'avez-vous diffusé?
combien de personnes avez-vous licenciées?" - d'" indicateurs
magiques". Les grandes entreprises ne sont pas convaincues de l'efficacité
des dispositifs d'alerte, elles les mettent en place car ils sont obligatoires
quand on est coté à New York mais c'est tout. La plupart
des cas de corruption ont été découvert par l'administration
fiscale.
La corruption est
condamnable d'un point de vue moral et d'un point de vue des performances.
Au risque de choquer, je dirai que ce dernier point me parait le plus
grave. C'est quand la corruption conduit à prendre de mauvais
choix qu'elle pèse sur le développement du pays.
Il était une fois dans un pays africain que je ne nommerai pas
deux ministres qui avaient à prendre des décisions d'investissement,
le ministre des Finances et celui du Plan. La rémunération
officielle d'un ministre était de l'ordre de quatre vingt mille
francs CFA, primes comprises, et chacun devait faire vivre une famille
de cinquante personnes. Ceci alors que le moindre des conseillers européens
recevait de la Coopération ou des institutions internationales
un revenu qui dépassait le million de CFA. Cherchez l'erreur. Bien
évidement, les investisseurs devaient payer une commission au décisionnaire.
Mais la grande différence entre les deux ministres était
que l'un prenait la décision d'investissement en fonction de ce
qu'il jugeait utile pour le pays et demandait une commission à
l'adjudicataire alors que l'autre prenait la décision d'investissement
en fonction du montant de l'enveloppe. D'un point de vue moral, c'était
la même chose ; en matière d'efficacité économique,
une façon de faire n'est pas plus utile ou nuisible que n'importe
quelle décision politique, l'autre est pourvoyeuse d' "éléphants
blancs", ces grands projets mal adaptés et rarement menés
à leur terme, si ruineux pour tant de pays.
.
retour au sommaire
Développement durable et Constitutions
Depuis juillet 2006,
le développement durable est inscrit dans la Constitution belge.
Tous les pouvoirs publics, de la commune à l'Etat, sont invités
à intégrer les objectifs du développement durable
dans ses trois dimensions.
Cet Article 7bis (nouveau) compose le Titre Ier bis (nouveau) intitulé
"Des objectifs de politique générale de la Belgique
fédérale, des communautés et des régions".
En France, les pouvoirs
publics ont une vision très environnementaliste du développement
durable et le ministère en charge de ces questions s'appelle "ministère
de l'écologie et du développement durable". L'article
34 de la Constitution comporte depuis 2004 " la préservation
de l'environnement " parmi les domaine dans lesquels la loi détermine
les principes fondamentaux et la charte de l'environnement de 2004 fait
partie du bloc constitutionnel.
Constitution
belge, Article 7bis:
"Dans l'exercice de leurs compétences respectives, l'État
fédéral, les communautés et les régions
poursuivent les objectifs d'un développement durable, dans
ses dimensions sociale, économique et environnementale, en
tenant compte de la solidarité entre les générations." |
Constitution
française, article 34 :
"La loi détermine les principes fondamentaux :
o de l'organisation générale de la Défense Nationale
;
o de la libre administration des collectivités territoriales,
de leurs compétences et de leurs ressources ;
o de l'enseignement ;
o de la préservation de l'environnement ;
o du régime de la propriété, des droits réels
et des obligations civiles et commerciales ;
o du droit du travail, du droit syndical et de la sécurité
sociale." |
retour au sommaire
Dans la bibliothèque
Responsabilité
sociale et environnementale : l'engagement des acteurs économiques,
coordonné par Vincent Commenne, Ecosol, éditions Charles
Léopold Mayer.
Pour les auteurs de
cet ouvrage dont Vincent Commenne, ancien banquier éthique en Belgique
et animateur du réseau ECOSOL, a été le principal,
la RSAE, la "responsabilité sociétale des acteurs économiques",
au cur de laquelle est la RSE, ne se confond pas avec cette dernière.
C'est par la RSAE que la société pourra amener les entreprises
à adopter des comportements plus "éthiques".
Les "bonnes pratiques" de RSE se situent dans différents
domaines : la collaboration avec les parties prenantes (par exemple Wal
Mart et son récent souci de l'écologie), la rencontre des
besoins locaux (le comité de liaison citoyens police à Karachi),
les entreprises spécialement créées pour exercer
une responsabilité sociétale (une entreprise californienne
de vêtements de sport de haute qualité qui utilise du coton
biologique et soutient les ONG environnementales), les organisations de
promotion de la RSE (Nippon Keidanren, l'organisation patronale japonaise
qui promeut la transparence vis-à-vis des parties prenantes et
la promotion des activités philanthropiques).
La responsabilité sociétale des autres acteurs économiques
passe en premier lieu par la consommation responsable mais aussi par les
achats des acteurs publics. Les ONG, voire même les syndicats et
plus que ceux-ci les ordres religieux ou les Eglises ont un rôle
à jouer. La consommation responsable est surtout européenne
mais les consommateurs du Nord ne sont pas pour autant disposés
à payer suffisamment cher pour assurer un salaire correct aux travailleurs
du Sud alors même qu'une étude par continent fait apparaître
que ce sont les acteurs du Nord, et singulièrement les grandes
entreprises transnationales et les ONG, qui introduisent la question de
la RSE dans les pays du Sud.
Les constats que tirent les auteurs de l'état des lieux effectué
sur les cinq continents sont les suivants : la base historique de la RSE
est philanthropique et caritative, sa nouvelle forme née aux Etats-Unis
s'est étendue aux autres continents via les entreprises multinationales
; bien établie en Amérique du Nord et en Europe, elle est
naissante ailleurs et même inexistante en Afrique. Chaque continent
accueille une grande diversité dans la manière de comprendre
et de mettre en pratique la RSE. Le contexte institutionnel joue un rôle
non négligeable, chaque pays a ses propres priorités en
matière de RSE. Les normes qui émergent sont peu nombreuses,
peu standardisées et peu utilisées, elles sont surtout conçues
pour les grandes entreprises alors que le terreau économique est
constitué de PME. Les grandes entreprises transnationales qui pratiquent
la RSE transposent leur modèle au Sud d'une façon qui ne
correspond pas vraiment aux besoins locaux. Les entreprises peuvent faire
de la RSE seules ou en partenariat avec les parties prenantes. Partout,
la RSE pâtit de certaines pratiques d'image ou de stratégie
commerciale. Dans les pays les moins développés, la carence
des autorités publiques conduit la RSE à être la seule
possibilité d'aider les populations. Les entreprises souhaitent
que la RSE soit strictement volontaire, les parties prenantes souhaitent
plus d'uniformisation des standards de réglementation. La mise
en place d'une démarche de RSE demande l'engagement ferme de la
direction de l'entreprise, l'inclusion de la politique dans la stratégie
à long terme et la collaboration avec les parties prenantes.
En Amérique du Nord et en Europe Occidentale, certaines parties
prenantes rentrent dans une démarche proactive et visent à
rendre les entreprises éthiques. Ailleurs et surtout en Afrique,
les acteurs de la société civile sont peu présents,
peu organisés et n'ont pas de pratiques tournées vers la
RSAE. Néanmoins dans certains espaces une réflexion commence
à naître.
retour au sommaire
Les sites de ceux qu'on cite
La constitution
belge: http://www.senate.be/doc/const_fr.html
(avant modification); le texte de la modification http://www.lecdh.be/docparlement/pa4672.htm
Le bloc constitutionnel français : http://www.legifrance.gouv.fr/html/constitution/constitution.htm;
la charte de l'environnement : http://www.legifrance.gouv.fr/html/constitution/const03.htm
Le Pacte Global (Global Compact) www.unglobalcompact.org
Transparency International: http://www.transparency.org/;
en France www.transparence-france.org
Novethic : www.novethic.fr - Vigeo:
www.vigeo.fr
Publish what you pay: www.publishwhatyoupay.org
et en français http://www.publishwhatyoupay.org/francais/index.shtml
Ecosol: http://www.socioeco.org/fr/caracas.php
|