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La Missive de Gestion Attentive
N°22 - novembre décembre 2006 (1)
Sommaire
Edito:la mode
marketing et le mode de management
Conformité juridique et opérations blanches
Rapports loi NRE, quatrième
année
Dans la bibliothèque
Les
sites de ceux qu'on cite
Edito: la mode marketing
et le mode de management
"Ce n'est pas
de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger,
que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent
à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à
leur humanité, mais à leur égoïsme; et ce n'est
jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage".
La célèbre formule date de 1776 et sert encore à
justifier l'égoïsme sacré des entreprises privées
et à fonder leur refus de porter attention aux conséquences
de leur gestion. Pourtant, ces mêmes entreprises proclament leur
souci du client-roi. En toute logique, si l'égoïsme suffit
à satisfaire le client, pourquoi porter une particulière
attention à la satisfaction de celui-ci? Mais Adam Smith peut aussi
être invoqué lorsque les entreprises s'intéressent
à leur responsabilité sociétale, y compris pour en
faire un argument de différenciation marketing.
En Europe, la Commission soutient l'Alliance, une initiative des milieux
d'affaires en matière de responsabilité sociétale
des entreprises, laquelle est souvent considérée par les
observateurs comme un effet d'affichage, et relance le forum multi parties
prenantes, auquel les "parties prenantes externes", en la personne
de la plupart des organisations non gouvernementales, ont pour l'instant
décidé de ne pas participer, alors que les "parties
prenants internes" représentées par la Confédération
européenne des Syndicats, y participent, même si c'est sans
enthousiasme.
Deux cent trente ans après la parution de la Richesse des nations,
spontanément ou poussées par la loi, de nombreuses grandes
entreprises à but lucratif s'expliquent sur les externalités
produites par leur action. En France, pour la quatrième année,
les entreprises du CAC 40 et quelques autres se sont soumises à
l'obligation qui leur est faite depuis la loi "Nouvelles Régulations
Economiques" et ont produit, sous diverses appellations, un rapport
rendant compte de la façon dont elles prennent en compte les conséquences
sociales et environnementales de leur activité. Les rapports s'améliorent
mais restent descriptifs et ne mettent pas dans le coup les salariés.
La transparence gagne du terrain mais ce n'est pas le cas, semble t-il,
de l'exercice d'un management responsable.
Les entreprises non soumises à la loi NRE ne se saisissent pas,
sauf exception, de la possibilité qui leur est offerte de s'expliquer
vis-à-vis de leurs parties prenantes internes et externes. Les
entreprises du "troisième secteur", sans actionnaires
demandeurs de dividendes, se tiennent en retrait, considérant sans
doute que leur caractère non lucratif leur délivre un brevet
de responsabilité sociétale, ce qui n'est pas évident
vu de l'extérieur. Dans tout type d'organisation, et pas seulement
dans l'entreprise capitaliste pur jus, il existe une nécessité
de transparence du principal intéressé (patron propriétaire,
actionnaires, salariés porteurs de parts des coopératives
de production, fournisseurs propriétaires des coopératives
agricoles, etc.) vis à vis de l'ensemble de la Société.
Ceci d'autant plus que nous sommes dans un monde où les repères
se brouillent et où sociétés capitalistes ou à
capitaux d'Etat, entreprises coopératives ou mutualistes ont de
plus en plus souvent des filiales communes et des méthodes semblables.
D'une façon générale, la RSE, surtout sous son aspect
environnementaliste, progresse, même si c'est un argument marketing.
Elle est devenue une mode, il lui reste à devenir un mode de management.
Marie-Noëlle Auberger mailto://mna@gestion-attentive.com
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Conformité juridique et opérations
blanches
La Chambre de Commerce et d'Industrie
d'Ile-de-France propose une action collective inédite pour les
PME de la région pour "mettre en uvre une démarche
innovante d'éco-conception pour les produits comportant de l'électronique".
Ce programme, gratuit ou subventionné, a pour objectifs de "réserver
et anticiper les nouvelles exigences réglementaires européennes
en matière d'environnement" et de "faire de l'Environnement
un nouvel axe de différentiation marketing".
Certains ne manqueront pas de dire que ce programme n'a rien à
voir avec de la RSE puisqu'il s'agit d'être en conformité
avec la loi et de se doter d'un avantage comparatif : "compliance
et marketing". Sans doute. Mais la RSE, qu'on la définisse
comme le fait d'aller au-delà de la loi en matière sociale
et environnementale ou comme l'attention portée aux parties prenantes,
n'a pas -à notre avis- à être masochiste et compassionnelle,
et elle doit se baser sur une saine conception des affaires.
Franck Riboud raconte l'action l'histoire de la filiale commune entre
le groupe alimentaire français et le récent prix Nobel de
la Paix, Mohammed Younous. L'industriel, qui dit avoir plus confiance
"dans un business économique que dans la charité"
considère que Danone doit proposer des produits accessibles en
prix afin de remplir sa mission, qui est d'"apporter la santé
par l'alimentation au plus grand nombre". Cependant, certains pays
sont trop pauvres pour que ce modèle fonctionne et ne sont donc
pas un enjeu stratégique pour l'entreprise. C'est le cas du Bengladesh
où Danone a néanmoins construit une usine de yaourts. Celle-ci
achète le lait aux paysans pauvres auxquels les prêts de
la Grammen Bank ont permis d'être propriétaires d'une vache.
A la sortie, des Grammen Ladies viennent y acheter quelques pots
de yaourt qu'elles vendent au marché.
En France, on dit à Franck Riboud que cette opération est
du marketing, il répond que les multinationales ont le droit de
faire le bien et que Danone en a les moyens.
Autant la théorie du business case - soyez vertueux et le ciel
vous le rendra au centuple- a un coté utilitaire irritant, surtout
quand elle est poussée jusqu'à la formule : "l'éthique,
faut que çà paye, c'est fait pour çà"
; autant il serait contre productif d'exiger des entreprises de dépenser
à fonds perdus pour les actions charitables à grande échelle.
L'opinion publique leur en serait peut-être reconnaissante, certainement
pas leurs actionnaires ni même leurs salariés, soucieux de
la pérennité de l'entreprise qui les fait vivre. Le mécénat
désintéressé a ses limites. Il vaut mieux une opération
qui atteigne l'équilibre économique -ni pourvoyeur de dividendes
extravagants ni gouffre financier-. Car les "danseuses" ont
rarement la vie longue.
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Rapports loi NRE : quatrième année
Les
entreprises cotées en France avaient l'obligation, pour la quatrième
année en 2006, de produire des informations sur la manière
dont elles prennent en compte les conséquences sociales et environnementales
de leur activité. Pour la quatrième fois aussi, les observateurs
se sont penchés à l'automne sur ces rapports, principalement
sur ceux des sociétés du CAC40. Ainsi Ernst & Young,
l'un des " big five " de l'audit et du conseil, CFIE Conseil,
filiale d'une association indépendante, et Alpha Etudes, proche
de l'organisation syndicale CGT ont-ils commenté les rapports 2005.
La tonalité générale est optimiste : les trois observateurs
considèrent que les rapports s'améliorent, notamment en
matière de périmètre couvert. Pour Ernst & Young,
l'analyse du reporting entra financier des groupes français et
les exemples mondiaux mettent en évidence la bonne qualité
des pratiques des grands groupes français. " En 2005, toutes
les grandes entreprises françaises ont publié des informations
en matière de développement durable et 89% ont publié
plus de 15 pages sur ces questions. Le périmètre de reporting
est de plus en plus global, il couvre plus de 80% de l'activité
des entreprises interrogées. ".
Alpha Conseil note que l'exercice " se généralise et
se professionnalise ". Les entreprises se livrent à une formalisation
du suivi de la démarche de progrès, les indicateurs sont
plus précis et plus opérationnels et mêmes les entreprises
les plus récalcitrantes commencent à l'y mettre.
E&Y note que les rapports sont plus fiables puisque 62% des entreprises
qui ont un rapport extra financier de plus de 15 pages l'ont fait vérifier
par un tiers.
Néanmoins, le CFIE Conseil considère que ces rapports devraient
" mieux prendre en compte les parties prenantes dans leur diversité,
mieux faire ressortir les enjeux auxquels est confrontée l'entreprise
et sur lesquels s'appuie sa politique sociétale, justifier systématiquement
les choix effectués et les priorités accordées dans
les informations reportées ; élargir encore le périmètre
de consolidation des données, augmenter le nombre d'indicateurs
de mesure quantitatifs et qualitatifs ", alors que Alpha Conseil
regrette que " l'information et la communication visent surtout à
rendre visible le groupe et à lui donner une cohérence "
et qu'elles " ne permettent toujours pas de comprendre ce qu'est
le rôle des salariés dans l'entreprise ".
La confection d'un rapport social et environnemental est une chose, la
mise en uvre d'un management responsable en est sans doute une autre.
| L'article 116 de la loi
NRE est devenu article L.225-102-1 du code de commerce, dont le quatrième
alinéa est celui qui nous intéresse : [Le rapport annuel]
"il comprend également des informations, dont la liste
est fixée par décret en Conseil d'Etat, sur la manière
dont la société prend en compte les conséquences
sociales et environnementales de son activité. Le présent
alinéa ne s'applique pas aux sociétés dont les
titres ne sont pas admis aux négociations sur un marché
réglementé." |
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Dans la
bibliothèque
Les Annales
de l'Ecole de Paris, Volume XII, travaux de l'année 2005, coordonné
par Vincent Ecole de Paris du Management, 94 boulevard du Montparnasse,
75014 Paris.
Ce
recueil rassemble une soixantaine de papiers issus des séminaires
de l'Ecole de Paris, de la "révolution douce dans les contrôles
de l'URSSAF" à "la bataille contre le brevetage d'un
gêne", de "manager des fonctionnaires" à "chefs
de village et sorciers dans les maisons de disques". On l'aura compris,
si "le management est une affaire sérieuse, il faut en débattre"
(devise de l'Ecole de Paris), le sérieux du débat n'empêche
pas la grâce de la forme et les références à
l'histoire et à l'anthropologie. Et le format des papiers permet
de déguster l'ensemble à petites doses qui est, comme on
dit, à consommer sans modération.
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Les sites de ceux qu'on cite
La richesse
des nations: L'Université du Québec à Chicoutimi
a mis en ligne les grands classiques de l'économie. On trouvera
le texte fondateur de l'économie politique, "Recherches sur
la nature et les causes de la richesse des nations" à <http://classiques.uqac.ca/classiques/Smith_adam/richesse_des_nations/livre_1/richesse_des_nations_1.doc>
L'école
de Paris du management:
<http://www.ecole.org>
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