La Missive de Gestion Attentive

N°23 - novembre décembre 2006 (2)

Sommaire


Edito: d'une mondialisation inégalitaire à une mondialisation responsable?

Les métropoles françaises et la mondialisation responsable
Forum pour une mondialisation responsable : essai de synthèse
Revenu, patrimoine, bien-être, bonheur...
Un immobilier responsable?
Un syndicalisme international
Dans la bibliothèque

Les sites de ceux qu'on cite

 

Edito: d'une mondialisation inégalitaire à une mondialisation responsable?

La mondialisation existe, elle s'accélère. Elle a été construite par de grandes entreprises mais de nombreuses PME sont aujourd'hui parties à ce processus. Contrairement à l'internationalisation économique qui l'a précédée, la mondialisation fait système. Les grandes entreprises sont puissantes et interfèrent dans le champ politique mondial, comme leurs prédécesseurs le faisaient au niveau national auparavant. Pour autant, il n'existe pas de directoire mondial des multinationales qui organiserait le monde sous le nez des Etats impuissants. Il ne faudrait pas sous-estimer le rôle des Etats, ce ne sont pas les entreprises qui siègent à l'OMC mais bien les gouvernements, et ce sont les eux qui font la guerre. On a un jeu d'acteurs dans lequel les entreprises, les gouvernements mais aussi les organisations non productrices non étatiques tiennent leur rôle. Il est des entreprises plus ou moins puissantes, de l'artisan à la multinationale, de la coopérative au réseau de commerçants de la diaspara chinoise; plus ou moins responsables, de celle qui édite de faux bilans à celle qui soigne ses travailleurs sidéens, de celle qui rejette ses effluents à la rivière à celle qui diffuse la formation dans le bassin d'emploi. Les pouvoirs publics sont locaux, nationaux, supranationaux, plus ou moins démocratiques, plus ou moins efficaces. Quant aux organisations non productrices non étatiques, elles sont d'une immense diversité: familles élargies, syndicats, associations, mafias, etc. Pour les individus, cette diversité est accompagnée d'une inégalité qui n'est pas moindre : en matière d'accès aux biens et services, à la santé et au logement, de structures familiales et de relations entre les genres, d'espèrance de vie et d'espoir d'une vie heureuse.
La mondialisation crée peut-être les inégalités, elle les rend en tout cas plus visibles; l'uniformisation par la consommation des marques et les séries télévisées coexiste avec un renouveau du local et un retour aux racines, historiques ou fantasmées.
Cette mondialisation foisonnante et anarchique, inégalitaire et guerrière, peut-elle être maîtrisée par les forces humanistes de toute sorte pour devenir une mondialisation responsable? Une mondialisation respectueuse des humains dans leur diversité personnelle et culturelle et se préoccupant de ne pas saccager la planète sur laquelle nous vivons tous.

Marie-Noëlle Auberger
mailto://mna@gestion-attentive.com

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Les métropoles françaises et la mondialisation responsable

"Grand rendez-vous d'échanges de tous ceux que l'enjeu planétaire de ce siècle préoccupe et qui croient pouvoir agir pour y répondre, chacun à sa place, chacun sur son territoire", le Forum pour une Mondialisation Responsable s'est tenu à Lyon du 26 au 28 octobre 2006. Plusieurs dizaines d'intervenants, certains fort prestigieux, quatre centaines de participants en ont fait un succès. Les organisateurs entendent continuer à faire travailler les partenaires pour un nouveau forum en 2008.
"Entre la recherche effrénée des gains financiers à court terme et le rejet acharné de toute forme d'économie de marché, la société mondiale ne peut trouver son équilibre et son salut que si chaque acteur a conscience de sa part de responsabilité collective et agit en conséquence. C'est pour contribuer à l'émergence d'une nouvelle cohérence économique et sociale qu'est organisé à Lille le Forum Mondial de l'Economie Responsable." : Lancé officiellement le 1er décembre 2006, ce forum "a l'ambition de rassembler, dans un cycle de quatre années, des milliers de participants venus du monde entier".
Je ne sais pas s'il faut parler d'un nouvel épisode dans la rivalité entre les deux grandes métropoles que sont la capitale des Gaules et celle des Flandres françaises (Marseille pour sa part ne voulant se mesurer qu'à Paris) et se désoler de cet éparpillement des forces ou bien se réjouir de l'émulation entre deux régions dynamiques aux activités transfrontalières.
A Paris, justement avait lieu début décembre le 4e forum du Développement Durable organisé par l'ADAPES, comme d'habitude sous le patronage du président de la République. Mettant l'accent sur le pilier écologique, ce forum a souligné l'urgence d'une politique énergétique européenne et a appelé à mener des politiques sectorielles volontaristes aussi dnas les secteurs du transport routier et du bâtiment.
Au dela des querelles de chapelle, si les idées foisonnent et si la mondialisation responsable ainsi que la lutte contre les dérives climatiques sont souhaitées par tous, qui s'en plaindra ?

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Forum pour une mondialisation responsable : essai de synthèse

Le forum de Lyon (26 et 27 octobre 2006) a brassé beaucoup de témoignages et d'idées. Un participant, Louis Andreÿs, nous livre sa vue globale de ces deux jours de débats.

Vous trouverez ici quelques photos

Il serait prétentieux d'appeler synthèse ce document qui restitue ce qui reste en compréhension chez un non spécialiste, des propos croisés qu'ont échangé pendant deux jours les éminents participants.
Et pourtant, qu'ils soient issus du monde politique, chefs d'Etats, responsables d'organisation internationale, élus ou fonctionnaires, PDG de multinationale ou patron de PME, gens d'affaires ou syndicalistes, juristes ou philosophes, tous étaient porteurs de constats alarmistes convergents sur l'état de notre monde. Mais tous étaient également des messagers de convictions fortes, de savoir-faire, d'idées et d'expériences, pour infléchir l'évolution actuelle désastreuse de la société planétaire. Leur objectif commun était clair : la mondialisation des échanges devait être un outil de solidarité et de progrès universel.
Un tel forum démontre que de formidables synergies sont possibles lorsque les acteurs de tous niveaux mettent en commun leurs réflexions et leurs propositions pour une mondialisation plus responsable. Il permet également de prendre conscience que le citoyen peut apporter une vraie contribution à la construction de la ville et du monde.

Les quelques notes qui suivent sont donc un essai de classement des réflexions portées en débat en cinq groupes:
Le constat, sur les causes, les effets et la finalité de nos comportements. Le diagnostic est clair, l'humanité va dans un mur, mais il n'y a pas de déterminisme, d'autres mondes sont possibles.
L'entreprise, ce qui guide la réflexion, de tous ses acteurs, c'est une recherche de faisabilité entre responsabilité sociale et performance économique.
Les pistes d'actions sont nombreuses, aussi nombreuses qu'il y a de talents et de savoir-faire chez les acteurs ; elles reposent sur deux piliers : Droit Universel et Solidarités,
Le local et l'international, c'est un paradoxe, il s'agit d'une relation bijective : les villes et territoires ont capacité à modéliser et expérimenter des pratiques qui deviennent des concepts pour comprendre la mondialisation et organiser des solidarités.
La gouvernance mondiale est la nécessaire et ultime organisation démocratique à instituer pour une mondialisation respectueuse des Droits de l'Homme et de la Nature.

Le constat : sur les causes, les effets et la situation, il y a un large consensus.
Les causes sont d'ordre environnemental : l'épuisement des ressources de la planète, et réchauffement de la terre ; d'ordre économique : l'insoutenable rentabilité de 15% exigée par des actionnaires ; d'ordre sociétal : une croissance débridée en rien qualitative ; la migration facile des capitaux et parfaitement réglementée des individus.
Ces causes engendrent des effets insupportables : les inégalités sont croissantes entre les riches et les pauvres ; les différents modèles de développement seront très rapidement incompatibles sur la planète ; les tentatives de redistribution des richesses sont inefficaces. A des niveaux différents, il y a une pauvreté prégnante dans tous les pays.
Les appréciations sont relativement cohérentes sur le système économique qui organise la société : le capitalisme est un système qui marche mais qui a anesthésié tous les contre-pouvoirs et particulièrement les syndicats. Les actionnaires, les vrais gouvernants des entreprises, ont découpé le citoyen en tranches : consommateur, actionnaire retraité, salarié...
L'économie de marché est inévitable mais elle doit être régulée ; la compétitivité est salutaire pour le développement personnel et l'efficacité.
Pour toutes ces raisons la situation doit être corrigée car nous allons droit dans le mur ; mais il n'y a pas de déterminisme, d'autres mondes sont possibles.

L'entreprise : dans la mondialisation, les entreprises peuvent-elles avoir des visées humanistes tout en sauvegardant leur équilibre économique ?
Repères : en trente ans les transactions financières ont été multipliées par trente ; mille entreprises représentent 50% du chiffre d'affaires mondial ; les fonds de pension sont une contrainte majeure pour les dirigeants.
Les opinions des acteurs s'inscrivent dans une démarche morale : pour lutter contre la pauvreté, un modèle économique durable est plus efficace que la charité, déclare le PDG d'une multinationale. Le débat qui suit donne quelques caractéristiques de ce modèle.
La mondialisation doit créer des emplois décents et fédérer les acteurs sur cet objectif ; l'investissement doit être socialement responsable ; un développement n'est durable qu'avec des objectifs économiques et sociaux conjoints. Il faut une croissance qualitative, celle d'aujourd'hui n'est ni satisfaisante ni durable ; l'organisation sociale doit concilier flexibilité, sécurité, diversité dans un marché versatile. Lorsque l'entreprise privée assure un service au public, il faut viser une régulation partagée du pouvoir et des fonctions avec la puissance publique. Quand les salaires dans l'entreprise sont dans un rapport supérieur à un à dix, il y a danger social.
Les entreprises et le politique : Tout le monde doit respecter la loi ; les entreprises appliquent, mais ce sont les gouvernements qui décident (affirmation qui déclenche quelques réactions.) ; les entreprises doivent accepter la démocratie et ne pas se soumettre aux dictatures.
Il existe un modèle d'entreprise non capitaliste. Plusieurs intervenants, dirigeants ou responsables de Sociétés Coopératives Ouvrières de Production (SCOP), présentent leurs organisations : les SCOP sont des institutions démocratiques non capitalistes. Le pouvoir y est réparti entre tous les acteurs, y compris dans les processus de décision. La formule concilie économie et humanisme et la pédagogie y est fondamentale ; la performance économique est tout à fait satisfaisante ; autorité et consensus ne sont pas contradictoires ; ce sont des entreprises pérennes puisqu'elles appartiennent aux salariés.
Deux formules dans la bouche d'un philosophe : "Les inégalités ne sont plus un problème de justice mais d'ordre public" et dans celle d'un dirigeant : "Nous n'allons pas sauver la planète à nous tout seuls, mais nous devons être fiers au quotidien de ce que nous faisons".

Des pistes d'actions. Un message d'espoir est lancé par des intervenants qui constatent l'émergence de contre-pouvoirs, par la signature d'accords internationaux dans les multinationales, la montée en puissance des collectivités territoriales et en raison des nouvelles exigences sociales qui se manifestent dans les nouveaux pays industrialisés (y compris en Chine). Mais aussi l'exigence d'un Droit universel en devenir, qui intègrera une modernisation sociale et environnementale, respectueuse de tous les partenaires et qui donne du sens à l'action. Enfin dans la prise de conscience par tous les acteurs de la nécessaire Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE). Il s'agit là d'une conception juridique nouvelle du rôle et de la responsabilité des entreprises, indissociable de l'organisation pour développer une mondialisation responsable.
Ces nouvelles normes doivent s'imposer par la négociation. Elles doivent être le moteur et la condition de l'aide au développement. La RSE est une méthode de management efficace et rentable, rapporte le directeur du développement durable d'une multinationale. La RSE doit contribuer à compléter et renforcer l'Etat de Droit en s'appropriant les normes internationales pour un travail décent et une œuvre universelle.
Des avancées vers un progrès technique solidaire : les pays en voie de développement ou d'industrialisation ne sont pas condamnés à une sous-maîtrise des technologies (la Chine forme annuellement dix fois plus d'ingénieurs que la France); il faut utiliser les nouvelles techniques de la communication pour raccourcir les cycles de mise à niveau dans l'éducation, les entreprises et les collectivités locales (Inde, Rwanda, etc.) ; grâce aux efforts d'Etats, de villes et d'entreprises, l'enseignement de l'informatique est dispensé en Afrique dans 43 pays et a touché à ce jour 700 000 personnes (au Sénégal les bibliothèques sont branchées sur toutes les universités du monde, de Dakar on peut suivre les cours du MIT ou de Dauphine et accéder à leurs diplômes).
Conclusion du philosophe, "Ce qui compte dans la vie c'est l'amour et le sens."

Le local et l'international. Face au tout économique le seul contre-pouvoir possible est politique.
Au local, les villes ont la possibilité de modéliser des pratiques et de faire évoluer les politiques ; ce sont des lieux d'initiatives et d'expérimentations. Il faut promouvoir une nouvelle citoyenneté dans les régions les villes et les entreprises. A l'exemple du modèle suédois, dans un bassin d'emploi, on peut mobiliser tous les acteurs pour organiser l'employabilité sans ruptures, réduire la sédentarité, adapter les formations aux évolutions.
La Nation. L'ordre politique se fonde sur le citoyen et la démocratie se joue au niveau de la nation. Pour réduire les disparités, la fiscalité doit y être incitative et pénalisante, mais il faut également changer d'indicateurs pour cerner les évolutions et les dérives. Il y a une tension permanente entre démocratie et mondialisation mais parallèlement on constate que les Etats les plus mondialisés ont la dépense publique la plus forte. Les pays les plus compétitifs sont les pays nordiques qui ont développé le dialogue entre les entreprises et la société civile. La souveraineté assassine les solidarités et laisse le champ libre à l'économique. La souveraineté nationale (fruit de l'égoïsme naturel) doit se soumettre à l'autorité internationale.
La mondialisation. Généralement les projets de gouvernance mondiale ne sont que de bricolages à la marge à cause des souverainetés nationales. Les flux migratoires sont le défi du XXIeme siècle et la circulation des hommes contrairement à celle des capitaux reste contrôlée. Il faut briser les tabous par la pression des opinions publiques

Une nécessaire gouvernance mondiale. Une gouvernance mondiale par seulement cinq pays (les membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU) n'est plus acceptable. Il faut réunir les valeurs. Toutes les civilisations du monde portent en elles des valeurs d'humanité. Il faut hiérarchiser les normes internationales et imposer les Droits de l'Homme. Un développement économique unificateur doit être financé par les nations riches. Il faut aussi organiser. L'ONU doit changer ses règles de fonctionnement et la communauté internationale doit par la négociation réguler et interdire certaines pratiques. Il faut rendre cohérent la rentabilité des fonds de pension et les politiques salariales. Les paradis fiscaux sont un frein au Droit et à la Solidarité. Il nous faudra un Parlement mondial élu par les peuples, avec une philosophie publique qui ne soit plus dépendante de l'Economie.

Louis Andreÿs


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Revenu, patrimoine, bien-être, bonheur...

Deux études viennent de sortir, qui cherchent dans des sens différents à aller au dela du concept de PNB, l'une s'intéressant au patrimoine privé, l'autre au non monétaire.

Selon une étude de l'Institut mondial de recherche sur l'économie du développement de l'Université des Nations Unies, la moitié de la richesse mondiale des ménages serait détenue par 2% de la population mondiale alors que la moitié la plus pauvre de celle-ci se partagerait 1% du patrimoine privé mondial.
L'institut de recherche de la Deutsche Bank a pour sa part étudié la mesure du bien-être, à partir de catégories emboîtées : PNB, bien-être économique, progrès social, bonheur.
Le PNB mesure la valeur de marché des biens et services finaux produits à l'intérieur d'un pays dans une période donnée, y compris le revenu qui part à l'étranger et les dépenses de sécurité. Le bien-être économique ajoute au PNB les activités non marchandes, les loisirs et le patrimoine ; le chômage et les inégalités l'affectent négativement. Les champions du monde dans la catégorie sont la Norvège, la France et la Belgique. Les conditions de vie individuelles incluent des aspects non matériels tels que la santé, l'espérance de vie, l'éducation et l'état de l'environnement. L'indicateur de progrès social couronne la Suède, le Danemark et la Norvège ; l'indicateur Planète Heureuse voit la Colombie et le Costa Rica parmi les meilleurs. Mais le bonheur dépend de la famille, des amis, de la satisfaction au travail.
Les comparaisons internationales sont donc très différentes selon les critères, même si les pays scandinaves sont toujours bien classés. Ainsi les Etats-Unis ont-ils un indice de bien-être économique de 78 par rapport à l'indice 100 pour la France: ils consomment plus (133), ils sont plus riches (110) mais leur société est plus inégalitaire (25) et moins sécure (29).
Et pour les deux se posent des problèmes de méthode. Dans l'étude de l'UNU, les créances potentielles sur les systèmes de pension publics ne sont pas incluses dans le patrimoine, alors que les parts dans les fonds de pension privés le sont, ce qui sous estime le patrimoine largo sensu des Européens continentaux et notamment des Français par rapport au patrimoine des Britanniques ou des Etatsuniens. En matière de bonheur aussi, certains résultats peuvent surprendre: la Colombie est en tête des nations heureuses, les narcotrafiquants, les otages de la forêt et les gamins de Bogota ont-ils été inclus dans le calcul ?
Dans l'une et l'autre études, sont décrites de très fortes inégalités. Comme on pouvait s'y attendre, les inégalités de patrimoines sont plus importantes que les inégalités de revenus. Et le contenu du patrimoine des ménages est fort différent: presque exclusivement constitué de biens immobiliers dans les pays pauvres, il comprend des actifs financiers dans les pays riches, notamment beaucoup d'actions aux Etats-Unis.
L'endettement des ménages est peu important dans les pays pauvres : de nombreux pauvres sont endettés mais pour des sommes relativement faibles, du fait de l'absence d'institutions financières telles que celles qui fournissement des prêts à la consommation et des prêtes hypothécaires aux ménages des pays riches. Symétriquement, du fait de l'existence de ce secteur financier dans les pays riches, une partie de leur population est tellement endettée qu'elle a un patrimoine net négatif. Ainsi, au niveau mondial, les plus pauvres en terme de richesse des ménages se trouvent dans les pays riches. Rappelons pour mémoire que certains économistes avaient déjà constaté dans les années soixante, au grand scandale de leurs confrères, que les plus pauvres des Etatsuniens étaient, à parité de pouvoir d'achat, plus pauvres que les plus pauvres des Chinois.

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Un immobilier responsable?

L'immobilier -construction, usage et démolition- serait responsable de la moitié des émissisions de gaz à effet de serre. Dans la mouvance de la Convention sur le changement climatique de Nairobi, six institutions financières se sont regroupées pour "inscrire le développement durable au coeur du métier d'investisseur immobilier": deux françaises (Caisse des Dépôts et AXA Real Estate Investment Managers France), une étatsunienne, quatre basées à Londres. Elles sont accompagnées de quatre observateurs dont CalPERS, le fameux fonds de pension californien.
Le secteur financier peut améliorer la performance environnementale et sociale des constructions neuves et du bâti ancien en intégrant des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance dans les critères d'investissement. Il s'agit notamment de limiter significativement les émissions de CO2, d'améliorer l'afficacité énergétique et de réduire les consommations d'eau.
Ce groupe de travail prend place au sein de l'Initiative Finance du PNUE. Cette initiative, partenariat entre le PNUE (Programme -qui n'a toujours pas rang d'Organisation- des Nations Unies pour l'Environnement) et le secteur financier, promeut "l'adoption de bonnes pratiques environnementales et de développement durable" à tous les niveaux des institutions financières.

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Le syndicalisme international

La Confédération Syndicale Internationale a vu le jour, suite à l'auto dissolution des deux centrales CISL et CMT. Elle rassemble 168 millions de travailleurs organisés dans 306 organisations syndicales de 154 pays. Très attachée au travail décent préconisé par l'Organisation Internationale du Travail, la CSI veut interpeller les gouvernements sur les enjeux de la mondialisation.
L'unicité syndicale n'est pas toujours de mise, il existe parfois deux organisations syndicales par pays. Dans certains cas, comme en Europe du Nord, l'une réunit les "cols bleus" et l'autre les "cols blancs"; il arrive aussi que deux ou plusieurs organisations syndicales se disputent les suffrages et les cotisations des différents groupes de travailleurs, sur des bases d'idées (chrétiens et sociaux démocrates, par exemple).
En France, où le syndicalisme est dispersé à l'extrême, quatre centrales adhérent à la CSI. Deux d'entre elles, les principales organisations nationales, CFDT et CGT, proposent une réforme de la législation sur les relations professionnelles, incluant la fin de la "présomption irréfragable de représentativité" et le principe majoritaire pour la validité des accords. La présomption dispense les syndicats locaux rattachés à une des cinq confédérations de faire la preuve de leur existence réelle et sert de base à un certain nombre d'aides d'Etat à l'échelon national. Elle a pour effet de maintenir sous perfusion des organisations syndicales étiques. Le principe majoritaire obligerait les organisations à prendre leurs responsabilités, alors qu'aujourd'hui un accord est valable s'il est signé par une organisation représentative coté patronal et une coté syndical. Une réforme aurait pour conséquence, en fonction des dispositifs qui seront pris, soit d'accentuer la balkanisation du syndicalisme français, soit de pousser dans le sens d'une aggrégation des forces organisées. Alors en France, sept voire huit centrales syndicales ou deux? On le saura dans dix ans.

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Dans la bibliothèque

Claude Riveline, Idées, tome 1, Ecole de Paris du management (94 boulevard du Montparnasse, 75014 Paris)

La page "Idées" du Journal de l'Ecole de Paris est écrite depuis les débuts de la parution en 1997, par Claude Riveline, professeur de gestion à l'Ecole des Mines de Paris. Le recueil en est fait aujourd'hui, sous la forme d'un petit ouvrage délibérément sous-titré "tome I" car un chercheur, même admis à faire valoir ses droits à retraite, continue de réfléchir et d'écrire. Ces chroniques sont délicieuses pour tout esprit curieux, même si elles sont "datées" et qu'il est un peu frustrant d'y trouver régulièrement "comme le dit XXX dans l'article qui suit" puisque l'article ne suit pas. Néanmoins, même ceux qui n'ont pas lu en leur temps ces "Idées" y trouveront du plaisir.
Entre autres réflexions intéressantes, nous citerons le classement des Français en quatre catégories, construites par la distinction entre "sédentaire" et "nomade" d'une part, entre "avec projet" et "sans projet" de l'autre, chaque catégorie étant définie par un cauchemar. Les sédentaires avec projet comprennent les industriels, les gestionnaires du territoire, les chercheurs, les artistes, leur cauchemar est la précarité. Les nomades avec projet comprennent les vendeurs et tous ceux dont le territoire s'étend à la planète, leur cauchemar est le stress. Les sédentaires sans projet comprennent tous ceux qui sont payés à ne rien faire ou à faire des choses qui ne leur apportent guère de sens, situation qui peut être un rêve pour ceux qui trouvent leur bonheur ailleurs, autrement leur cauchemar est la déprime. Les nomades sans projet n'ont plus de lieux où ils seraient connus et estimés, s'ils ne sont pas des ascètes qui ont choisi leur destin, ils sont dans le cauchemar de l'exclusion. Et Claude Riveline nous fait remarquer que "la course à la croissance économique peut avoir pour effet d'accroître à la fois la précarité, le stress, la déprime et l'exclusion, ce que ne reflètent ni les comptabilités des entreprises ni les agrégats macroéconomiques."

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Les sites de ceux qu'on cite

Etude de l'UNU sur la richesse, le résumé, en français : <http://www.wider.unu.edu/research/2006-2007/2006-2007-1/wider-wdhw-launch-5-12-2006/wider-wdhw-press-release-5-12-2006-FR.pdf>
Institut de recherche de la Deutsche Bank : <www.dbresearch.com>
Groupe de travail sur l’investissement immobilier responsable de l’UNEP FI: <http://www.unepfi.org/work_streams/property/>
Ecole de Paris du Management: <http://www.ecole.org>