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La Missive de Gestion Attentive
N°26 - mai - juillet 2007
Sommaire
Edito: le bruit sur
la Toile
Des parties prenantes
oubliées
Allianz, Societas
europaea à gouvernance paritaire
Népotisme
et syndicalisme responsable à La Poste au Congo-Kinshasa
La RSE dans la filière
automobile
Dans la bibliothèque
Les
sites de ceux qu'on cite
Edito: le bruit sur la Toile
Pas d'éditorial
pensé cette fois-ci, simplement quelques matières à
réflexion après une série de requêtes sur un
célèbre moteur de recherche.
Si on tape "développement durable" on a accès
à environ 2 200 000 pages. "Développement durable"
et "changement climatique" sont le plus souvent associés
puisque 1 850 000 pages contiennent les deux termes ("changement
climatique" seul atteint 1 940 000 pages).
Le fait que 130 000 pages seulement réunissent "développement
durable" et "responsabilité sociale des entreprises"
montre que le pilier environnementaliste du développement durable
est largement privilégié par rapport au pilier social -
sociétal dans la communication mondiale.
L'aspect territorial du développement durable fait un carton avec
les 3 240 000 pages pour "Agenda 21". Il est vrai que cette
expression est un terme anglophone mais si on ne prend que les pages francophones,
on reste à un score plus qu'honorable de 1 200 000 pages. Mais
la déclinaison microéconomique du développement durable
fait nettement moins recette : "responsabilité sociale des
entreprises" donne 275 000 pages (51 800 pages pour "responsabilité
sociétale des entreprises") et "Investissement socialement
responsable" 191 000 pages. Les financiers sont logiquement un peu
moins présents que les entreprises en général.
Voyons donc l'épargne, justement. Si le terme seul fait 6 700 000
pages et "épargne salariale" 700 000, "épargne
responsable" fait un flop à 831 pages, derrière "épargne
éthique" à 965 pages mais "épargne solidaire"
fait bonne figure à 123 000 pages.
Le mot "commerce" est présent sur 334 millions de pages
sur la Toile toutes langues confondues et sur 12,4 millions de pages francophones.
1,9 million de pages parlent de "commerce équitable",
85 500 de "commerce éthique" et 16 600 de "commerce
responsable". Le commerce éthique fait, au moins en termes
de "bruit", 15% du commerce : ce n'est pas encore le cas dans
les rayons des magasins.
Et le syndicalisme ? Seul, il monte à 1 700 000 mais sur la Toile
il n'est guère "responsable" (468 pages) ni "solidaire"
(375 pages).
Pendant qu'on est dans les parties prenantes internes, voyons "dialogue
social" : 1 290 000 pages. Les parties prenantes externes présentes
sur le territoire ont moins de visibilité: "dialogue sociétal"
ne fait que 626 pages, "dialogue social territorial" 742 et "dialogue
sociétal territorial" 9 en tout et pour tout.
Pour terminer sur un sourire, sachez que, même fin juillet, "travail"
bat "congés" par 12,3 à 2,3 millions de pages.
(31/07/2007)
Marie-Noëlle Auberger mailto://mna@gestion-attentive.com
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Des parties prenantes oubliées
La
directrice du développement durable d'un groupe de grande distribution
expliquait récemment - dans une réunion privée, donc
nous ne donnerons pas de noms - la façon dont son groupe mettait
en application ces principes.
La liste des parties
prenantes de l'entreprise était assez longue: agences de notation,
ONG, organisations syndicales, médias, actionnaires, institutions
financières et assurances, salariés, concurrents, fournisseurs,
prestataires, partenaires franchisés, fédérations
professionnelles, pouvoirs publics. A propos des fournisseurs, une clause
sociale faisant référence aux conventions fondamentales
de l'OIT est adossée au contrat d'achat, que le groupe essaie de
faire respecter, notamment au Bangladesh avec la Fédération
Internationale de Droits de l'Homme. Bien. Mais pas
un mot le système des "marges arrières"
imposées aux fournisseurs européens, ni pour le justifier,
ni pour avouer que la responsabilité ne s'étend pas jusqu'au
cur du business.
D'autre part, nous avons cru déceler un manque flagrant dans cette
liste. Les parties prenantes sont, par définition même, les
entités affectées - positivement ou négativement
- par l'action de l'entreprise. Alors, les petits commerçants,
qui prétendent, à tort ou à raison, que la grande
distribution les fait disparaître, ne sont-ils pas impactés
par l'action de celle-ci ?
Réponse : il n'est pas vrai que nous faisons disparaître
les petits commerçants car la loi française nous empêche
d'ouvrir beaucoup de nouveaux hypermarchés, nous avons aussi dans
le groupe des supérettes, et certaines d'entre elles sont franchisées
et donc tenues par des petits commerçants. Dans les villages, la
supérette affiliée est souvent le dernier service qui reste,
avec la Poste, et l'hypermarché est le seul lieu de vie dans certaines
agglomérations.
Les faits ne sont pas si idylliques. Les ouvertures d'hypermarché
- il y en a aujourd'hui peu en France mais beaucoup dans le monde - et
de galeries commerçantes ont des effets importants sur le système
de distribution existant ; les supérettes de proximité affiliées
à la grande distribution sont précisément les concurrents
les plus dangereux des épiceries de quartier. Le système
traditionnel de distribution et la vie quotidienne des habitants - qu'ils
deviennent ou non clients - sont modifiées par l'ouverture de nouveaux
magasins utilisant les centrales d'achat et les méthodes modernes
de marketing. La chose n'est pas nouvelle, il suffit de relire Au bonheur
des dames pour le constater. Les conséquences peuvent être
positives pour les uns, négatives pour les autres, et ambiguës
pour beaucoup. Mais il est absurde de contester l'existence de cet impact.
Le tissu commerçant d'une zone de chalandage EST une partie
prenante de la grande distribution.
Pour cette directrice, l'entreprise a trois raisons de faire du développement
durable : Premièrement, c'est "cost killing",
cela permet de faire des économies en réduisant les dépenses
en eau et en énergie. Ensuite, c'est une opportunité
commerciale : les produits équitables représentent un
marché qui s'ouvre ; si les ressources halieutiques ne sont pas
protégées, nous connaîtrons demain des problèmes
d'approvisionnement. Enfin, c'est une manière de gérer
et d'anticiper les risques.
Ce sont effectivement d'excellentes raisons. Face au Friedmaniens qui
proclament que la RSE est une horreur car "business of business
is business", les affaires des gens d'affaires sont de faire
des affaires et de surtout ne s'occuper de rien d'autre, les tenants du
business case le disent : "l'éthique, il faut que cela
rapporte", le développement durable, c'est de la bonne
gestion.
Cela n'est pas si simple, nous semble t-il. Il ne faut pas s'illusionner,
tout geste pour l'environnement ne génère pas forcément
un rapide retour sur investissement, toute amélioration du sort
du personnel ne se traduit pas mécaniquement par un accroissement
de la productivité, toute attention portée aux communautés
environnantes n'engendre pas une acceptation de la multinationale par
la population, le client ne choisit pas toujours le produit qui présente
le meilleur rapport entre la qualité socio-environnementale et
le prix. La responsabilité sociale peut être coûteuse.
Et il existe des contradictions entre les attentes des différentes
parties prenantes. On nous permettra de souligner que d'une façon
générale, nier les problèmes n'a jamais été
une façon efficace de les résoudre.
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Allianz, Societas europaea à gouvernance
paritaire
Une Societas
Europaea est une forme de société définie par
le droit communautaire. Elle peut exercer son activité dans tous
les Etats membres de l'Union européenne sous une forme juridique
unique, ce qui diminue les contraintes juridiques et pratiques et donc
réduit les coûts administratifs.
L'idée d'une société de droit européen date
de 1959 mais c'est en 2001 que l'Union a adopté un règlement
établissant le statut de la SE ainsi qu'une directive connexe concernant
la participation des travailleurs. La SE est officiellement entrée
en vigueur en 2004.
Une SE peut se constituer de quatre façons : la constitution d'une
holding par deux ou plusieurs sociétés dont deux au moins
ont leur siège dans deux Etats membres différents ou bien
ont une société filiale ou un établissement dans
un autre Etat membre ; la constitution d'une filiale commune dans les
mêmes conditions ; la transformation d'une société
nationale qui a au moins une filiale depuis deux ans dans un autre Etat
membre ; la fusion transfrontalière de sociétés anonymes.
Il est obligatoire de négocier avec les représentants des
travailleurs les modalités d'information et de consultation de
ces derniers..
Les sociétés
qui ont pris la forme de societas europaea sont encore peu nombreuses
(70 au 1er mars 2007). Le cas du groupe d'assurances Allianz est intéressant.
Allianz SE a juridiquement été fondée par fusion
transnationale entre la maison mère allemande et une filiale italienne
; la filiale française, les AGF, étant ensuite, après
la réussite d'une offre publique d'échange, intégrée
dans la SE.
Un groupe spécial de négociation (GSN) a été
mis en place, dès avant l'opération juridique, constitué
des représentants des personnels des différentes sociétés
du groupe, afin de trouver un accord sur l'information et la consultation
des représentants des salariés. Le GSN comportait trente-cinq
personnes issues de vingt-deux pays. Ce GSN "tour de Babel"
entre négociateurs de langues et de cultures sociales très
différentes connut des débuts difficiles. "Nous
avons passé d'abord trois mois à ne pas nous comprendre"
raconte le syndicaliste français Jean-Jacques Cette. Les Allemands,
les plus nombreux et persuadés de l'excellence de leur modèle
de codétermination, furent d'abord jugés assez impérialistes
par les syndicalistes des autres pays. "C'était un choc
culturel entre un syndicalisme de cogestion et un syndicalisme de combat,
les uns parlant moyens et les autres revendications" explique
le Français. Puis progressivement, les uns et les autres apprirent
à travailler ensemble et bâtirent un cahier des charges,
avec l'aide d'UNI-Europa, la branche européenne d'Union Network
International, la fédération syndicale internationale des
travailleurs du tertiaire.
Allianz AG était une société à directoire
et conseil de surveillance paritaire, sur le modèle de la codétermination
allemande. Ce modèle a été conservé pour
la société européenne. Le directoire d'Allianz
SE assure le pilotage opérationnel du groupe ; le Conseil de surveillance
détermine les grandes orientations stratégiques. L'accord
prévoit un comité d'entreprise européen dont le rôle
est consultatif et des représentants des salariés au Conseil
de surveillance.
Ce dernier compte douze membres, six représentant les actionnaires
et six le personnel mais le président, désigné par
les actionnaires, a voix prépondérante afin d'assurer la
majorité en cas de partage des voix. Ses membres sont élus
en Assemblée générale ordinaire, les représentants
des salariés étant auparavant soit élus soit désignés
par leur organisation syndicale. Pour la première mandature, quatre
places sont dévolues aux représentants des salariés
allemands membres de la puissante Verdi IG, affiliée au DGB, une
aux Français, en l'occurrence la CFDT très majoritaire aux
AGF, et une aux Britanniques, même si la filiale de Londres n'est
pas fondue dans la SE. Tant du côté de la direction que de
celui des syndicats, la volonté est qu'Allianz ne soit pas une
société allemande à dimension européenne mais
une société européenne avec une forte base en Allemagne.
Sur le plan social, cette transformation améliore l'information
et la consultation du personnel au niveau européen dans le cadre
de la simplification des structures de gouvernance. La volonté
d'un dialogue social intensif entre le management et les représentants
des salariés ainsi que leurs syndicats est proclamée dans
le préambule de l'accord "portant constitution du comité
d'entreprise européen et de la cogestion dans le conseil de surveillance."
Pour Jean-Jacques Cette, aujourd'hui au Conseil de surveillance, les marchés
étant matures en Europe occidentale et remplis de perspectives
en Pologne et en Chine, la stratégie doit être adaptée
à ces différents cas. "Les caps fixés par
les stratèges ne sont pas mauvais", explique-il, "mais
la présence des représentants du personnel est importante
pour déterminer le chemin à prendre. Le Conseil de surveillance
doit anticiper non seulement sur les buts fixés mais aussi sur
la façon de les atteindre. Cela peut prendre du temps mais ainsi
la stratégie sera pérenne".Il considère
que ses adversaires sont ceux des actionnaires qui veulent du cash
tout de suite et peut-être ceux des salariés qui refuseraient
de voir les réalités.
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Népotisme et syndicalisme responsable
à La Poste au Congo-K
L'Office
Congolais des Postes et des Télécommunications (Congo Kinshasa,
ex-Zaïre) était, comme toute entreprise nationale du temps
de Mobutu, livrée à une gestion approximative, plus fondée
sur le clientélisme et la corruption que sur le l'intérêt
social de l'entreprise ou l'intérêt général
du pays. Les effectifs étaient pléthoriques et les salariés
comptaient, à la veille du départ du président à
vie, environ trente mois de salaire impayés.
"Une action des cadres de l'entreprise et l'aide des institutions
de Bretton Woods ont permis d'assainir l'entreprise, notamment par des
départs volontaires qui ont ramené les effectifs de quatre
mille à un millier", raconte Innocent Tsumbu, secrétaire
général de la Fédération Nationale des Cadres,
affiliée à l'Union Nationale des Travailleurs du Congo.
Cet assainissement a permis à l'entreprise de retrouver l'équilibre
financier.
Mais les accords accompagnant la composition du gouvernement de transition
prévoyaient que les entreprises publiques devaient accueillir des
personnes en provenance des différentes composantes politiques.
Le mandataire a ainsi recruté de nombreux membres de sa famille
élargie. Quatre cadres de l'entreprise, syndicalistes, ont
protesté contre ces agissements qui allaient entraîner une
nouvelle dégénérescence de l'entreprise. Mais le
directeur n'a pas apprécié l'usage de ce "droit d'alerte"
et leur a interdit toute activité syndicale, menaces à l'appui
et mise au placard pour certains, le tout avec la complicité de
l'inspecteur du travail. "Il a dit qu'il n'avait pas de leçon
à recevoir et qu'il pouvait utiliser son pouvoir discrétionnaire
comme bon lui semble", explique Innocent Tsumbu qui, Conventions
de l'OIT et Constitution congolaise à l'appui, se bat pour que
la démarche syndicale des cadres ne soit pas considérée
comme une action subversive.
Il voudrait aussi que les effectifs superfétatoires qui
émargent au budget de l'entreprise sans vraiment y travailler quittent
l'Office des Postes. "Nous avons expliqué aux travailleurs
que cela ne servait pas à grand-chose d'avoir un emploi si les
salaires n'étaient pas payés", dit-il, "J'espère
que je pourrai renforcer mon argumentation et convaincre le Gouvernement
de laisser vivre l'entreprise".
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La RSE dans la filière automobile
L'industrie
automobile était une des principales filières industrielles
du XXe siècle et garde un rôle important dans le XXIe commençant.
Les modes organisationnels de production, du taylorisme au juste-à-temps,
sont nés dans ce secteur, l'ouvrier professionnel de l'industrie
automobile a longtemps été l'archétype du travailleur
moderne, son influence est grande sur les territoires où elle est
implantée. Ses effets sur l'environnement physique, de par la construction
des véhicules et de par leur usage, sont importants.
C'est une industrie globale - on construit des voitures dans le monde
entier, principalement en Europe, en Amérique du Nord et en Asie
- qui obéit à des spécificités locales - type
de motorisation, sens de conduite, tropicalisation - et est soumise à
des réglementations contraignantes - normes d'énergie, de
dépollution, de recyclage, de sécurité - .C'est donc
une industrie structurante, au cur des enjeux de développement
durable. Comment l'industrie automobile française s'interroge t-elle
sur ces sujets ?
La France a été un des premiers pays automobiles, il lui
reste deux constructeurs de taille internationale, c'est-à-dire
deux groupes dont le siège de la maison mère est en France,
que leur voitures soient montées en Franche Comté ou en
Slovaquie, avec des composants fabriqués en Normandie ou en Turquie.
D'autre part, elle accueille sur son sol une usine du constructeur japonais
Toyota qui produit pour l'ensemble de l'Europe.
Les constructeurs
se réclament volontiers du développement durable dans leur
communication, développement durable qu'ils ont tendance à
assimiler à la lutte contre l'effet de serre. Il est exact
qu'ils font un effort réel d'amélioration technique pour
préserver l'environnement. Les voitures sont de moins en moins
polluantes et leur nombre étant stable en Europe de l'Ouest la
pollution qui leur est due devrait diminuer. Mais le nombre de voitures
dans le monde augmente considérablement, ce qui conduit à
une pollution globale accrue, même avec des rejets moindres par
véhicule mis en service. Il convient de ne pas oublier non plus
que les rejets émis par les voitures ne sont pas les seuls à
prendre en considération, il faut aussi tenir compte des effets
sur l'environnement du processus de production lui-même, dans les
usines et dans les transports de matières premières et de
produits semi-finis.
Les voitures consomment essentiellement du pétrole, le moteur électrique
ou les carburants "verts" sont souvent présentés
comme une solution astucieuse dans la lutte contre l'effet de serre. Là
aussi un diagnostic global est nécessaire : s'il faut beaucoup
d'énergie d'origine fossile pour produire des carburants végétaux,
le problème est loin d'être résolu.
Les
ACI des constructeurs français
Côté
social - sociétal, les deux constructeurs automobiles français
ont signé un accord cadre international - ACI - avec la fédération
internationale des travailleurs de la métallurgie - FIOM -
: Renault juste avant le départ de son président Louis Schweitzer
en 2004, PSA Peugeot Citroën en 2006.
La "déclaration des droits sociaux fondamentaux du groupe
Renault" porte sur les items suivants : santé, sécurité
et conditions de travail, interdiction du travail des enfants, interdiction
du travail forcé, égalité des chances, emploi, droit
à la formation, durée du travail et droit aux congés
payés, rémunération, représentation du personnel,
relations avec les fournisseurs, mise en uvre. L'ACI Renault reconnaît
la responsabilité sociale de l'entreprise, affirme son respect
des normes fondamentales du travail de l'OIT ainsi que le droit fondamental
de tous les salariés de créer des syndicats et des représentations
de salariés et d'y adhérer. L'ACI stipule notamment l'obligation
de respecter les conventions de l'OIT n° 87 (liberté syndicale
et protection du droit syndical) et n° 98 (droit de négociation
collective). En outre, l'entreprise soutient et encourage ses fournisseurs
à tenir compte de cette déclaration dans leurs propres politiques
d'entreprise. Renault "estime que cela constitue une base profitable
pour des relations mutuelles".
Plus récent et plus long, l' "accord cadre mondial sur
la responsabilité sociale de PSA Peugeot Citroën",
sous-titré "Un engagement social sans frontières",
est signé avec les fédérations internationale et
européenne de la métallurgie. Dans le préambule figure
explicitement que l'accord "devra constituer un cadre de référence
pour chaque manager et pour les organisations syndicales signataires"
et qu'il "doit inspirer également les relations avec les
parties prenantes -pouvoirs publics, partenaires industriels, fournisseurs,
clients, actionnaires, organisations non gouvernementales-."
L'accord s'applique aux filiales "présentes et à
venir sur lesquelles le groupe exerce une influence dominante"
et PSA "s'engage à communiquer cet accord cadre mondial
au Groupe Faurecia qui a par ailleurs ses propres instances de dialogue
européen, afin que celui-ci puisse entamer une discussion avec
ses partenaires sociaux sur le même thème". PSA
s'engage en faveur des droits humains fondamentaux (promotion et respect
des Droits de l'Homme reconnus sur le plan international, non complicité
dans la violation des droits humains, liberté d'association et
reconnaissance effective du droit à la négociation collective,
élimination de toutes les formes de travail forcé et obligatoire,
abolition effective du travail des enfants, élimination de la discrimination
en matière d'emploi et d'exercice d'une profession, lutte contre
la corruption et prévention des conflits d'intérêt),
sur la gestion responsable de l'emploi et des compétences (recrutements
fondés sur la diversité et l'égalité des chances,
développer les compétences de demain par la formation continue,
favoriser les évolutions professionnelles, des voies de participation
pour les salariés, une approche sociale des évolutions d'activité),
sur des conditions d'emploi attractives en matière de rémunérations
et de protection sociale, sur des conditions de travail correspondant
aux meilleurs standards internationaux (organisations de travail négociées,
amélioration de la sécurité, des conditions de travail
et de la santé).
Les
ACI pour les pays émergents ?
Des syndicalistes
harcelés par leur hiérarchie ou des salariées voyant
les promotions échoir uniquement à leurs collègues
masculins pourraient théoriquement faire appel au donneur d'ordres
pour qu'il fasse pression sur leur employeur, en se réclamant de
l'accord cadre international. En effet, ceux-ci prévoient que le
non respect des droits fondamentaux entraînera des sanctions pouvant
aller, à terme, jusqu'au retrait du panel. Dans les faits,
l'exercice de ce droit pose quelques problèmes juridiques et pratiques
et pourrait mettre les travailleurs concernés dans un dilemme.
Dénoncer leur employeur pourrait faire perdre des marchés
à l'entreprise et donc menacer leur propre emploi. Ce déférencement
de fournisseur a été effectif de la part de Renault dans
des pays à très bas coûts, de façon marginale.
Les salariés des sous-traitants français ne se sentent
pas concernés par les ACI, ils considèrent que ces accords
ne s'appliquent guère qu'aux sous-traitants dans les pays émergents,
et c'est le refus du travail des enfants qui est cité spontanément
quand on leur demande à quoi servent ces accords. Cependant, le
plein respect des conventions fondamentales de l'OIT, notamment sur la
non discrimination, n'est sans doute pas plein et entier dans l'ensemble
de la chaîne automobile : n'y a-t-il pas en France des entreprises
de la filière qui n'aiment pas les syndicalistes ou préfèrent
embaucher des Français dits "de souche" n'habitant pas
dans un quartier difficile ?
Les
constructeurs sont-ils responsables vis-à-vis de leurs sous-traitants
historiques ?
Le recentrage sur
le cur de métier a conduit les constructeurs automobiles
et les grands équipementiers de rang 1 à externaliser de
plus en plus de tâches, y compris déterminantes, mais cette
externalisation est de diverses sortes. Selon les tailles respectives
des entreprises et la part du chiffre d'affaires réalisé
avec le client, le fournisseur est plus ou moins dépendant de son
acheteur. Dans la production, les constructeurs exercent une pression
très forte sur l'ensemble de la filière, imposant des
prix, des résultats et des localisations aux fournisseurs qui ne
sont pas de leur taille et de leur puissance. Les délais de paiement,
notamment, sont tellement léonins que l'Etat s'en est mêlé.
En effet, les entreprises industrielles françaises sont plus financées
par le crédit commercial que par les institutions financières,
et dans l'automobile comme dans l'aéronautique, ce sont les
sous-traitants, payés à 90 jours fin de mois si ce n'est
pire, qui assurent la trésorerie des constructeurs. Un accord
relatif aux délais de paiement dans la filière automobile
a été signé le 24 janvier 2007 entre le Comité
des Constructeurs Français d'Automobiles, la Fédération
des Industries des Equipements pour Véhicules (FIEV) et la Fédération
des Industries Mécaniques, sous l'égide des pouvoirs publics.
Il prévoit un raccourcissement des délais, notamment pour
les fournisseurs de taille moyenne, mais on reste très loin de
la norme des trente jours.
La pression exercée sur les fournisseurs par une mise en concurrence
féroce sur les prix, les délais et la qualité ne
permet pas aux entreprises dépendantes de traiter leur personnel
de la même façon que celui des donneurs d'ordre. Si les salariés
des constructeurs ont imposé au fil des luttes un certain nombre
d'avantages sociaux, le sous-traitant de rang trois dans le bocage paye
ses salariés au SMIC et lorsque les commandes baissent, les licencie
sans autres indemnités que celles prévues par le code du
travail. On assiste à une externalisation des mauvaises conditions
d'emploi. D'après l'analyse de certains syndicalistes, le fait
que le constructeur se présente comme entreprise citoyenne lui
permet en fait s'ingérer dans la gestion. Lorsqu'il exige que les
livraisons en camion ne prennent pas plus de 48 heures, il impose aux
équipementiers de produire près de ses propres sites dans
l'est de l'Europe. Les préoccupations environnementales affichées
conduisent à des délocalisations.
Dans la filière, si les prix demandés par le constructeur
sont incompatibles avec l'attitude responsable demandée au sous-traitant,
celui-ci est soumis à des injonctions contradictoires. Il faut
espérer que les donneurs d'ordre se placeront réellement
dans une démarche de progrès, qu'ils accompagneront les
efforts des fournisseurs en matière de RSE en leur donnant les
moyens de la vertu qu'ils leur réclament.
Et pour cela, il faudra qu'à l'intérieur de l'entreprise,
les méthodes d'évaluation des dirigeants ne restent
pas cantonnées aux aspects purement financiers mais tiennent compte
des critères de RSE. Sinon, il y a peu de chances que les managers
se convertissement à la responsabilité sociétale.
Intégrer les aspects sociaux, sociétaux, environnementaux
dans les perspectives de carrière serait la preuve que les directions
des groupes automobiles prennent la RSE au sérieux. Malheureusement,
la pression exercée sur les salariés, notamment sur les
techniciens et cadres des bureaux d'études, est telle qu'elle mène
certains au suicide. C'est dire l'urgence de faire entrer les principes
de responsabilité sociale dans les préoccupations managériales.
Et ceci d'autant plus que les engagements théoriques du centre
ne se traduisent pas automatiquement à la périphérie,
surtout quand les directions locales ont gardé les réflexes
d'une ère officiellement révolue marquée par la répression
sociale et le soutien aux syndicats jaunes.
Les
travailleurs, parties prenantes les uns des autres
Par ailleurs, il faut
reconnaître que la solidarité entre travailleurs de la
filière est loin d'être sans faille. La concurrence entre
les sites d'un même groupe amène les salariés de chaque
bassin d'emploi à revendiquer l'emploi pour son usine, quelles
qu'en soient les conséquences pour les autres territoires. A l'intérieur
de chaque entreprise, différentes sections syndicales se réclamant
d'une confédération ou revendiquant leur autonomie jouent
leur propre jeu, parfois celui d'intérêts catégoriels
ou territoriaux, et lorsqu'une fédération cherche à
harmoniser les choses, il arrive que des leaders locaux n'hésitent
pas à changer d'étiquette. Les Comités d'entreprise
européens ou mondiaux permettent des rencontres, pas encore des
propositions alternatives assumées par l'ensemble des organisations
et des pays.
Les métallurgistes d'une même centrale syndicale d'un même
territoire se rencontrent parfois mais ignorent les plasturgistes ou les
verriers, alors que les voitures ne sont pas faites que de métal
mais aussi de verre, de plastique, de caoutchouc et de textile. Pourtant,
l'organisation de la production en aval a des conséquences immédiates
pour les travailleurs de l'amont : heures supplémentaires,
chômage partiel, modulation et prise de jours de RTT sont déterminés
par les décisions des constructeurs. Mais les salariés de
ceux-ci ne prennent pas toujours le temps d'un coup de téléphone
à leurs homologues des sous-traitants. Pour améliorer les
liaisons entre militants, trois fédérations syndicales d'industrie,
adhérentes à la même confédération,
la CFDT, ont travaillé ensemble sur la filière : un colloque
d'une journée a rassemblé des militants des entreprises
de construction automobile, des sous-traitants métallurgistes,
des équipementiers de toute nature, qui ont pu échanger
leurs expériences. Petit pas, puisque réel mais limité
à une seule organisation. Les salariés des autres sites
et des autres entreprises de la filière sont pourtant bien des
parties prenantes non seulement du constructeur société
anonyme mais aussi de ses salariés.
Lorsqu'ils négocient sur l'épargne salariale, les partenaires
sociaux des constructeurs songent-ils à saisir l'opportunité
donnée par la loi à propos de l'intéressement de
projet ? La conception d'un nouveau modèle est pourtant bien
un projet au sens de la loi du 30 décembre 2006 : "Dans
les entreprises ou les groupes disposant d'un accord d'intéressement
et concourant avec d'autres entreprises à une activité caractérisée
et coordonnée, un accord peut être conclu pour prévoir
que tout ou partie des salariés bénéficie d'un intéressement
de projet."
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Dans la bibliothèque
La
revanche de la civette masquée
François Mouton, Le Pommier, 2007
Sous ce titre de cape et d'épée se cache une analyse des
épizooties dont la transmission à l'homme a fait trembler,
ces dernières années : maladie de la vache folle, SRAS,
grippe aviaire. Ecrite par un spécialiste et destinée au
public, dans un style avenant et avec un réel souci pédagogique,
l'ouvrage démontre notamment comment, les principaux vecteurs de
dissémination sont, bien plus que les vols d'oiseaux migrateurs,
le tourisme et le commerce international voire même les visites
protocolaires d'élus locaux.
Les
nouveaux enjeux de la négociation sociale internationale
Sous la direction de Michèle Descolonges et Bernard Saincy,
collection Entreprise et société, La Découverte,
2006
Les accords cadres internationaux sont signés entre la direction
d'une entreprise multinationale et une fédération européenne
ou internationale sectorielle, parfois contresignés par les organisations
syndicales du pays du siège, le comité d'entreprise européen,
voire avec la présence à titre de témoin de l'Organisation
internationale du travail. Les ACI sont principalement le fait de multinationales
d'origine européenne mais certaines sociétés extra
communautaires s'y mettent. Plus nombreux depuis 2002, les ACI explicitent
de plus en plus des préoccupations de RSE.
L'ouvrage sous la direction de Bernard Saincy et de Michèle Descolonges
présente ces ACI sous différentes facettes, avec un certain
optimisme.
Pour autant, ces ACI, pour sympathiques qu'ils soient, sont relativement
peu opérationnels. Et malgré le titre de l'ouvrage, ils
ne sont qu'une part de la négociation sociale internationale, qui
comprend aussi les accords de branche au niveau international (par exemple
la convention de l'OIT sur les gens de mer) ou européen (par exemple
l'accord dans l'industrie sucrière) et quelques rares accords interprofessionnels
européens (dont celui sur le télétravail).
Ajoutons qu'un point de détail surprendra les connaisseurs du syndicalisme
européen : Michèle Descolonges écrit page 156: "affiliée
à Eurocadres, la CFE-CGC est également signataire à
trois reprises" alors qu'il existe un simple comité de liaison
entre Eurocadres, qui regroupe les cadres des organisations syndicales
de la Confédération européenne des syndicats (en
France, CFDT, CGT, FO et CFTC) et la Confédération européenne
des cadres, maigre rassemblement d'organisations catégorielles
(en France, CFE-CGC) qui se placent en dehors du mouvement syndical mondial.
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Les sites de ceux qu'on cite
La FIOM et les ACI
: http://www.imfmetal.org/main/files/FRA2.pdf
Les éditeurs : www.editions-lepommier.fr
et www.editionsladecouverte.fr
Emile Zola, Au bonheur des dames http://jydupuis.apinc.org/vents/zola-11.pdf
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