|
La Missive de Gestion Attentive
N°29 - janvier - mars 2008
Sommaire
Edito : Stratégies d’entreprise dans la mondialisation
La mondialisation n’est pas ce que vous croyez
Rendre délocalisations et externalisations
socialement responsables
Monsanto, entreprise citoyenne…
FagorBrandt SAS, filiale d’une coopérative ouvrière
Les sites de ceux qu'on cite
Edito: Stratégies d’entreprise dans la mondialisation
Dans l’esprit de bien des Européens, et même des Américains, mondialisation des échanges égale délocalisation des emplois, et croissance des pays émergents signifie
crise dans les pays anciennement industrialisés.
Croissance / crise. Evidemment, si ceux-là produisent de plus en plus de biens et
services, mathématiquement leur part dans la production mondiale augmente et celle de
ceux-ci diminue, mais sans que ces derniers s’appauvrissent pour autant.
Mondialisation / délocalisation. Les études menées par les chercheurs du MIT et les
syndicalistes de UNI-Europa arrivent à des conclusions semblables : globalement les
emplois ne quittent que peu ou pas du tout les pays anciennement industrialisés pour
aller vers les pays émergents, dans certains secteurs le solde net peut être positif ! Les
emplois perdus le sont pour cause de réorganisations d’entreprise et d’externalisation des
activités. Que la cause ultime de ces modifications dans la répartition géographique
réside dans la concurrence que se font les entreprises pour attirer les capitaux, oui. Que
les territoires rivalisent pour attirer les investissements, c’est un fait, la nouveauté est
que cela se passe de plus en plus fréquemment à l’intérieur d’un même groupe, et
souvent dans une même grande région voire dans un même pays.
La mondialisation est réalisée par les entreprises plus que par les Etats. Cela ne veut pas
dire que ceux-ci n’ont rien à faire, au contraire : les infrastructures matérielles et
intellectuelles sont essentiellement de leur responsabilité et ils ont un rôle à jouer pour
amortir les gains et pertes des différentes catégories de citoyens.
Quant aux entreprises, les politiques qu’elles mènent sont aussi diverses que leurs modes
de gouvernance. Marketing ou effet de mode, d’un Monsanto impérialiste à un
Mondragón tenant d’une démocratie à usage interne, toutes se disent responsables,
citoyennes et protectrices de l’environnement. Nous constatons que dans certains cas il
s’agit de l’hommage du vice à la vertu.
Marie-Noëlle Auberger
mna@gestion-attentive.com
retour au sommaire
La mondialisation n’est pas ce que vous croyez…
Suzan Berger, professeur au MIT - Massachusetts Institute
of Technology - et auteur notamment de Made in Monde, a
participé récemment à Paris à un colloque à l’initiative de la
CFDT consacré aux nouvelles frontières de l’économie internationale, le sous-titre de son ouvrage. Elle réfute le
caractère inéluctable des délocalisations et la croyance en
« la seule solution » (one best way).
Les Français ne sont pas les seuls à s’inquiéter des délocalisations d’activité ;
celles-ci sont une source d’anxiété aux Etats-Unis, où aujourd’hui 53% des électeurs
républicains pensent que le libre-échange est mauvais pour leur pays, les démocrates en étant persuadés depuis longtemps. Toute la campagne présidentielle pour la Maison
Blanche tourne autour du protectionnisme.
La mondialisation, c'est l’existence d’un marché unique pour le capital, les biens et
services et le travail... Cependant, même pour le capital, qui est le plus mobile, le
marché n’est pas parfait et les taux d’intérêt ne sont pas les mêmes partout dans le
monde. La réalité concrète est très loin de la mondialisation, il n’existe pas de marché
unique. Mais il existe des pressions dans ce sens, dont l’équipe de chercheurs du MIT –
trois ingénieurs et trois spécialistes des sciences sociales – ont étudié l’impact, en se
concentrant sur les entreprises des secteurs les plus concurrentiels.
Ils ont constaté que les délocalisations vers l’extérieur de l’Union européenne ne
représentaient qu’une part très limitée des pertes d’emploi constatées au sein de l’UE. Il
en est de même aux Etats-Unis. Ce sont les restructurations internes qui sont le facteur
principal des pertes d’emplois, les emplois existants ne sont que rarement déplacés mais
les nouveaux emplois sont créés ailleurs.
Réorganisation et délocalisation
Les deux questions qui se posent sont d’une part, en matière de réorganisation,« que faut-il garder à l’intérieur des entreprises ? Que faut-il sous-traiter ? », et d’autre
part, en matière de délocalisation, « que faut-il garder chez soi ? Que faut-il
délocaliser ? »
Une étude a été conduite par l’équipe du MIT auprès de près de sept cents
entreprises, principalement en Amérique du nord, en Europe, au Japon et à Taiwan, dans
quatre secteurs vulnérables, à savoir le textile - habillement, l’électronique, l’équipement
automobile et les autres industries. Qu’il s’agisse d’industries slow tech, comme le textile
– habillement où les techniques de base n’évoluent pas vite, ou d’industries fast tech
comme l’électronique, les vecteurs de transformation sont de cinq types : les nouveaux
marchés, la volatilité de la demande, la libéralisation des marchés financiers et du
commerce, les nouveaux espaces pour la production et les nouvelles technologies
numériques (digitals) de codification.
L’équipe du MIT a insisté sur le cinquième facteur car les potentialités de numérisation et de codification permettent une fragmentation de la production. Les nouvelles entreprises qui ont été les étoiles des années quatre-vingt-dix ne travaillent
que sur une fonction, comme par exemple le design, et externalisent les autres. On passe d’un modèle «maquette» où toutes les pièces doivent être dans la boîte à un
modèle «Lego» où les briques peuvent servir dans plusieurs configurations. Ainsi, Apple Achetait des composants préexistants et en faisait l’assemblage, assurant au client le service et le design. Le prix d’un iPod, 224 dollars, se composait de 3 dollars d’assemblage en Chine et de 90 dollars de composants japonais, le reste étant du
marketing et des coûts de distribution….
Il n’y a pas de solution unique
L’étude du MIT a conclu à la diversité des stratégies gagnantes. Il existe de
multiples solutions, y compris à l’intérieur de la même gamme de prix ; il n’y pas de
« One best way ». Dell assemble en quatre minutes trente des composants, qui jusqu’à
leur intégration appartiennent au sous-traitant, et gère essentiellement des réseaux de
distribution ; Samsung fabrique la majorité des composants de ses produits… et les deux
entreprises sont aussi rentables l’une que l’autre. Zara fabrique la moitié de ses
vêtements dans le nord de l’Espagne, Gap a tout externalisé et les deux entreprises sont
aussi rentables l’une que l’autre. Il n’y a pas de secteur condamné, il n’y a que des
stratégies condamnées. Créées il y a dix ans par un Italien, les chaussures Geox sont
basées sur le principe des membranes osmotiques (qui ne laissent passer l’eau que dans
un seul sens), et la société qui les commercialise est devenue en dix ans la quatrième
entreprise de chaussures du monde. Le personnel italien expérimenté, issu du district
industriel du cuir et de la chaussure qui était en crise, fait de la recherche et des
prototypes tandis que la fabrication est assurée en Roumanie et en Chine. Le modèle est
le même que celui de l’iPod.
Où sera la R&D de demain ?
Mais un grand point d’interrogation est celui de l’avenir de la recherche et
développement dans les pays anciennement industrialisés. Comment faire de l’innovation
dans une économie en fragmentation ? L’innovation est-elle possible Sans production ?
Avec qui ? Et où ? Une nouvelle crainte se fait jour, celle du départ de la R&D vers les
pays émergents.
Non seulement la Chine connaît un taux de croissance du PIB de 9,9% par an
mais encore la part de la R&D dans le PIB se montait à 1 ,3% en 2005 ; et l’année
d’avant elle produisait 23 500 doctorants dont 70% dans les sciences et techniques…
Même si ces chiffres sont à relativiser - pour le moment, l’essentiel du high tech en Chine
est réalisé par les entreprises étrangères, seules quatre universités produisent des
ingénieurs qui sont recrutés par les entreprises internationales et il n’y a que quatre
entreprises chinoises parmi les cinq cents premières en termes de R&D - Néanmoins la
R&D des pays anciennement industrialisés peut être menacée par les pays asiatiques.
Car l’innovation, ce n’est pas seulement les brevets mais aussi l’organisation et les pays
de culture chinoise, comme le Japon auparavant, sont particulièrement bons en termes
d’organisation.
Une France provinciale
Suzan Berger, qui a travaillé avec des entreprises françaises, s’étonne notamment
du manque de coopération entre celles-ci et le CNRS ainsi que de leur déficit d’ouverture
vers les ingénieurs étrangers. Elle est persuadée du rôle irremplaçable de
l’investissement public dans la R&D et dans l’éducation et rappelle que, même au MIT,
université privée, 85% du budget de recherche provient de l’Etat fédéral. Comment faire
participer les entreprises françaises, au-delà des happy few, à l’internationalisation ?
Contrairement à leurs homologues allemandes qui bénéficient du réseau des grandes
entreprises, les PME françaises qui se lancent dans l’aventure de la grande exportation se
sentent bien seules en Chine… Suzan Berger invite la France à ouvrir la recherche, les
universités, les start up, aux étrangers. Le risque de l’espionnage industriel existe mais il
est moindre que le danger de se trouver en dehors des réseaux internationaux. Il faut
construire des pôles où tout le monde se verra obligé d’être présent. Rappelant que le
Japon a mis vingt ans à apprendre à construire des voitures aux Etats-Unis, elle souligne
que la France devra aussi faire l’apprentissage des nouveaux marchés de consommateurs
et d’innovateurs émergents.
Aux Etats-Unis, l’acceptation de la recomposition industrielle est générale et on
n’y maintient pas les entreprises sous perfusion. Contrairement à ce qui s’est passé en
France à propos de Bull, la disparition de Digital n’a pas provoqué d’émotion. Au
contraire, sa disparition a permis de libérer des ressources humaines qui ont été reprises
par les entreprises de la Silicon Valley. Cette recomposition implique des sacrifices, qui
sont aux Etats-Unis très inégalitairement répartis. L’Etat devrait assurer le minimum
dans le domaine de la santé et des retraites, ce qu’il fait en Europe mais pas aux Etats-Unis. Cependant, même ceux-ci commencent à comprendre que l’Etat doit jouer un rôle dans la redistribution des coûts de la mondialisation.
Nécessité et mimétisme
La délocalisation se fait souvent par mimétisme plus que par nécessité, alors
que ce qui compte n’est pas le salaire de l’opérateur mais le coût par unité produite.
Dans une même entreprise, les ouvriers italiens bien payés, exercés à repérer un
dysfonctionnement de la machine avant que celle-ci ne tombe en panne, ce qui permet
d’épargner l’onéreuse matière première, et capables de programmer leur équipement
eux-mêmes, voire de le réparer, ont des coûts globaux sensiblement inférieurs à ceux de
leurs homologues roumains sans expérience industrielle. Il faut voir les vrais coûts de la
délocalisation.
MNA
retour au sommaire
Rendre délocalisations et externalisations socialement
responsables
Les services aux entreprises quittent-ils l’Europe pour aller vers les nouveaux pays
industrialisés ? Plus précisément, quels sont les transferts d’emplois dans les secteurs à
haute densité de connaissance : secteur IT, Télécom, multimédias ? Pour le savoir, les
organisations syndicales européennes du secteur ont monté le projet MOOS. MOOS
comme Making Offshore Outsourcing Sustainable Rendre les délocalisations et les
externalisations socialement responsables.
Le projet européen MOOS est piloté par IBITS, la branche « services aux
entreprises » de UNI-EUROPA, elle-même organisation européenne de la fédération
internationale des travailleurs des services. Sept organisations syndicales européennes
en sont partenaires, avec l’appui du laboratoire belge de recherches en sciences sociales
HIVA et le soutien financier de la Commission Européenne.
L’objectif de ce projet est d’aider les organisations syndicales confrontées aux
problèmes de délocalisations d’activités et de transfert d’emplois dans ces secteurs à
mieux voir, comprendre et analyser les processus concernés, pour mieux ajuster leurs
revendications, mieux cibler la nature de leur intervention et développer ainsi pas à pas
une stratégie syndicale adaptée, pour rendre les processus d’externalisation offshore économiquement et socialement durables pour tous les acteurs.
Une analyse effectuée auprès d’une centaine d’entreprises enquêtées par les
organisations partenaires du projet a mis en évidence un solde net créditeur en emplois
pour les pays et entreprises ayant délocalisé une partie de leur activité. De quoi faire
tomber certaines représentations, sur ce thème, même si l’on sait que ces secteurs ne
réagissent pas de la même façon que les secteurs de production de produits
manufacturés par exemple.
Ce projet a donné naissance à l’Observatoire européen de l’offshore outsourcing, à
une newsletter, à un site web, à des outils d’enquêtes auprès des affiliés, à des grilles de
négociations d’accords et des guides d’aide à la négociation.
En France, la CFDT Cadres en lien avec la F3C-CFDT (communication et culture), a
souhaité lui donner un prolongement, en s’appuyant sur des équipes syndicales en
entreprise, avec pour objectif de renforcer et d’enrichir le dialogue social et la négociation
collective sur les questions relatives à l’outsourcing et l’offshoring.
Les résultats attendus de ces travaux étaient les suivants :
· pour les salariés et leurs représentants
Visibilité accrue sur ces domaines, permettant de dépasser certaines
représentations de part et d’autre;
Capacité d’intervention accrue des équipes syndicales (principalement en
matière de questionnement stratégique et sur le volet économique);
Consolidation des argumentaires d’intervention;
Capacité à négocier des accords couvrant tout le cycle, prenant en compte les
pays d’accueil des activités, le respect des droits des salariés de bout en bout,
le reclassementà la source des salariés perdant leur emploi, le développement économique à la cible, et le respect des engagements contractualisés;
Capacité à mieux évaluer les projets, en dresser le bilan et débattre des règles de redistribution de la valeur ajoutée produite;
Mise à disposition d’outils pour les cadres en prise avec ces projets;
Partage de connaissances et d’expériences, avec d’autres partenaires français
et européens.
· pour les employeurs
Approche économique et sociale soutenable de l’outsourcing et de l’offshoring;
Un levier de responsabilité sociale (RSE), de pratiques socialement
responsables, et ainsi un renforcement d’image;
Un questionnement économique élargi (coûts cachés, sous-estimés…);
Un dialogue social renforcé, prévenant les risques de toute nature : tensions
voire blocages, échec du projet de restructuration, changement non ou
insuffisamment accompagné et négocié.
Un travail de terrain
Le travail réalisé en lien avec les militants CFDT chez Cap Gemini, Eds, Equant et
avec le concours de Francis Ginsbourger du cabinet ATEFO, a permis de construire une
boîte à outils syndicale, en cours d’expérimentation. Celle-ci se compose des éléments
suivants : un texte « Renouvellement de la critique syndicale sur les délocalisations »,
des fiches pratiques « Intervenir syndicalement sur la stratégie de l’entreprise » et « Intervenir sur les questions économiques, les coûts », un dossier « Compétences
individuelles, collectives et localisation d’activités », un dossier juridique sur les restructurations, des monographies d’entreprise (Equant, filiale de France Telecom, EDS, entreprise multinationale américaine), des articles de presse sur les relocalisations et
l’ouvrage de Suzan Berger « Made in Monde ».
Nous avons jeté un regard dans le rétroviseur pour mieux comprendre ce qui s’est opéré ces vingt-cinq dernières années et tenté d’éclairer les choix des entreprises en
matière de localisation de leurs activités informatiques. Qu’avons-nous constaté ? Les entreprises ont recherché en permanence des économies d’échelles, des gains de
productivité, des moyens de réduire leurs coûts de conception, développement, production de systèmes de gestion automatisée. Lorsque les regroupements de moyens
sous la forme de GIE hébergeant des systèmes propriétaires n’ont plus suffi, les entreprises se sont tournées vers des progiciels de gestion intégrée (PGI ou ERP). Cette
standardisation des outils de gestion couplée à l’industrialisation des activités de développement, de maintenance et d’exploitation des systèmes a largement participé de
l’étape suivante consistant à externaliser ou «outsourcer» massivement tout ou partie de ces activités auprès de prestataires spécialisés (Facilities Management de
maintenance, de production, de gestion de parcs…), variabilisant ainsi leurs charges par un paiement à l’acte ou à la prestation. Lorsque les Directions Générales ont considéré
que leur informatique leur coûtait encore trop cher, soit en interne, soit auprès de SSII, elles se sont orientées vers des solutions à bas coûts de main d’oeuvre, jouant sur la
variable d’ajustement de la masse salariale, même si d’autres critères ont parfois guidé ces choix (développement sur des marchés émergents). Ainsi est apparu l’offshoring vers les pays du Maghreb mais surtout vers l’Asie du Sud-Est, vers l’Inde, puis vers la Chine...Et demain ? La seule logique de la compétitivité par les coûts est-elle « tenable »,
durable ?
A cette question, le groupe de travail a répondu « non » pour deux raisons essentielles : un effet de seuil de la politique du coût le plus bas et la nécessaire - si ce n’est impérative - création de valeur ajoutée différenciatrice.
Des bas coûts à la prospective des compétences
Sans doute les entreprises ont-elles atteint des effets de seuil en matière de politique à bas coût. La compétitivité des entreprises se jouera aussi sur la performance
de leur système d’information, c'est-à-dire la capacité de celle-ci contribuer à la création
d’une valeur ajoutée différenciatrice. Si, pendant vingt-cinq ans, les entreprises ont peu questionné le processus de conception–fabrication de code et de composants logiciels,
elles ne pourront plus faire l’impasse sur lui. C’est bien le contenu du travail de tous les acteurs de la chaîne d’activités et leurs compétences qu’il faut désormais réinterroger
pour plus d’efficacité, de qualité, de productivité. Le renouvellement de notre critique des délocalisations dans ce secteur doit nous permettre d’aller jusqu’à la formulation de
propositions innovantes, de nouvelles grilles de questionnement, d’analyse et d’évaluation.
Comme le résume Francis Ginsbourger qui nous a accompagné dans cette
démarche, il nous faut passer d’un pilotage par les coûts à une gestion économique du
travail. L’entrée par une prospective des compétences devient alors incontournable.
Jean-Paul Bouchet <jean-paul.bouchet@cadres.cfdt.fr>
Outsourcing, offshoring : externalisation, délocalisation
L'externalisation, aussi appelée outsourcing, désigne le transfert de tout ou partie d'une fonction
d'une entreprise vers un partenaire externe. Elle consiste très souvent en la sous-traitance des
activités non essentielles et non stratégiques (celles qui sont les moins productrices de revenus
pour l'entreprise initiale). Il s'agit d'un outil de gestion stratégique qui se traduit par la
restructuration d’une entreprise au sein de sa sphère d’activités : ses compétences de base et son
coeur de métier (core business en anglais).
Au Canada, le terme d'impartition est utilisé pour désigner l'externalisation.
L'externalisation diffère de la simple prestation extérieure de services, et de la simple soustraitance,
dans la mesure où il y a pilotage étroit par l'entreprise donneuse d'ordre et engagement
du prestataire externe.
Le terme d’infogérance désigne quant à lui les services d'externalisation informatique proposés par
des SSII.
Le processus inverse, c'est-à-dire la reprise à l'interne de l'entreprise des activités externalisées,
est parfois observé. On parle alors de backsourcing.
L’offshoring désigne la délocalisation des activités de service ou de production de certaines
entreprises vers des pays à bas salaire.
Ce phénomène a commencé dans les années soixante-dix par des entreprises américaines. Après
s'être longtemps tenues à l'écart de ce mouvement, les entreprises européennes se sont
progressivement rendu compte qu’elles pouvaient elle aussi réduire leurs coûts en délocalisant. Les
entreprises peuvent trouver les compétences nécessaires à leur développement en faisant appel à
des sous-traitants spécialisés d'autres pays : dans ce cas, on parlera d'outsourcing offshore. Si ces
entreprises sont des filiales de l'entreprise, on parlera d'investissement direct à l'étranger (IDE).
Ces délocalisations ont surtout pour but d’assurer des services tels que la maintenance
d’applications informatiques, les centres d'appel, la gestion, l’achat, etc.
Source : wikipédia |
retour au sommaire
Monsanto, entreprise citoyenne…
« Monsanto s’enorgueillit depuis longtemps de son engagement indéfectible par
rapport à l’intégrité dans toutes ses activités commerciales. De notre vision de "une
nourriture abondante et un environnement sain" jusqu’à nos efforts quotidiens pour
fournir des solutions pour les producteurs agricoles du monde entier et notre
Engagement Monsanto, la confiance et l’intégrité sont au coeur de notre identité
d’entreprise », déclare fièrement Hugh Grant, directeur général de Monsanto sur le site
de la société.
Regardons cela de plus près.
Cette entreprise est reconnue socialement responsable par le Magazine Corporate
Responsability Officer, qui a inclus Monsanto dans la liste des cent meilleures entreprises
citoyennes pour 2008 (à la 88e place). Cette liste, dont l’univers de départ est l’indice
Russell 1000 (les plus grandes capitalisations étatsuniennes), est établie à partir de
renseignements publiquement accessibles concernant huit catégories : changements
climatiques, relations avec les salariés, environnement, finance, gouvernance, droits de
l’homme, lobbying et philanthropie.
D’après sa filiale française, conjuguant « les métiers de la Protection des Plantes,
de la Semence et des Biotechnologies », Monsanto propose des solutions « à la mesure
d’un grand groupe international à l’écoute des spécificités locales, notamment des
attentes du consommateur et de la société civile ».
Un changement de spécialisation
Sur le site de Monsanto Etats-Unis, la première ligne de la page d’accueil est
« Monsanto is an agricultural company » et toute la communication est « verte » :
« Avec le développement de produits qui nécessitent moins de main d’oeuvre et qui
permettent de produire davantage avec moins d’intrants, Monsanto aide tant les petits
que les grands producteurs agricoles à travers le monde à aller dans une voie plus
durable (sustainable) et à atteindre une meilleure qualité de vie. »
La référence à l’agriculture peut faire oublier qu’avant de devenir le leader des
plantes transgéniques et des herbicides, Monsanto était une entreprise de la chimie.
Produire des produits chimiques n’est certes pas une honte (et produire des OGM ne l’est
peut-être pas en soi) mais les produits-phares de Monsanto étaient les
polychlorobiphényles et l’agent orange. C'est-à-dire des PCB, utilisés pendant des
décennies dans les transformateurs électriques et les condensateurs, qui furent, après
que les scientifiques se soient aperçus qu’ils se dégradaient en produits hautement
toxiques et particulièrement stables, interdits dans le monde entier malgré la guérilla
juridique et médiatique menée par des compagnies dont Monsanto pour nier la
dangerosité de la molécule ; et d’autre part le défoliant utilisé par l’armée américaine au
Vietnam, qui a causé et cause encore des malformations congénitales dans les
populations exposées. Attaquée par des Vietnamiens pour crime contre l’humanité
devant les tribunaux étatsuniens, la firme a bénéficié d’un non-lieu ; attaquée
auparavant par d’anciens combattants de son propre pays qui avaient développé des
cancers et autres maladies après avoir été exposés aux défoliants, elle leur avait versé
quelques milliers de dollars chacun pour solde de tout compte.
Une société totalitaire
Aujourd’hui, cette multinationale étatsunienne est essentiellement le producteur
de l’herbicide total RoundUp et de la quasi-totalité des semences OGM dans le monde, les
deux types de produits étant, comme le soja, le colza et le maïs RoundUp Ready, prévus
pour être utilisés conjointement. Elle se présente comme une amie de la nature, allant
même jusqu’à prétendre que le RoundUp était biodégradable jusqu’à sa condamnation
pour publicité mensongère aux Etats-Unis et en France.
Si les autorités publiques des Etats-Unis et d’un certain nombre de pays d’Asie
sont acquises à Monsanto, si bien des Etats d’Amérique Latine sont impuissants devant la
puissance venue du nord, l’Europe est encore assez réfractaire aux OGM que la firme a
inventés et qu’elle commercialise. L’Espagne produit des quantités non négligeables de
maïs transgénique – pardon, « biotechnologique » dit la firme – mais la France, où les
cultures étaient marginales, a pris en janvier 2008 la décision de les suspendre.
Monsanto « réfute » les « allégations » contenues dans l’Avis du Comité de préfiguration
de la Haute Autorité sur les OGM car, « depuis 2005, les agriculteurs français ont pu
apprécier les bénéfices économiques, agronomiques, qualitatifs et environnementaux de
la culture des différentes variétés de MON 810 », et ce projet est « dénué de tout fondement » et « totalement illégal en droit ».
Le documentaire Le monde selon Monsanto présente la stratégie de la firme à
travers le monde. Sous-titré De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du
bien, le film décortique les faits. A partir de documents d’archives éclairants et
d’interviews - agriculteurs utilisant les produits Monsanto, riverains des usines,
journalistes scientifiques, responsables de l’administration étatsunienne dont certains
reconnaissent avoir cédé aux pressions de la firme – il donne une vision assez différente
de l’entreprise que celle qu’elle présente elle-même.
Les affaires sont les affaires et rien d’autre ne compte, les précautions sont
coûteuses, il ne s’agit pas de perdre un seul dollar de chiffre d’affaires, les ravages sur la
santé publique seront rachetés par quelques chèques, le pouvoir politique est fait pour
aider les affaires et pas pour suivre les recommandations précautionneuses de
scientifiques méfiants. Produits toxiques, pollution pathogène à côté des usines de
production, brevets ligotant les agriculteurs et en amenant bon nombre au suicide,
contamination des champs voisins, contrebande de semences dans les pays interdisant
les OGM jusqu’à ce que le gouvernement cède… La liste des méfaits de la firme est
longue et le reportage de Marie-Monique Robin fait froid dans le dos.
Le pire est que Monsanto lutte contre l’emploi de plantes « naturelles » et qu’elle
essaie d’empêcher les paysans de semer les produits de leur récolte OGM. Comme elle
achète toutes les entreprises de semence qu’elle trouve à vendre, elle cherche à
contrôler une des sources principales de nourriture dans le monde.
Une question
Firme qui se place dans une position souveraine, Monsanto représente pour le
monde des ONG et du citoyen averti de ce début de siècle ce qu’était ITT pour ceux qui
avait vingt ans en 1968*. Comment peut-elle être placé 88ème meilleure entreprise sur
mille grandes capitalisations étasuniennes ?
A moins que les noteurs ne considèrent que la politique impériale de Monsanto est
justifiée, la réponse tient dans une alternative cruelle : ou les méthodes de classement
sont basées uniquement sur la communication des entreprises sans la moindre
vérification, ou bien 912 firmes font encore pire. Dans tous les cas, ce n’est pas
enthousiasmant.
Cela pose en tout état de cause la question des critères de notation.
MNA
* Rappelons pour la jeune génération qu’International Telephone and Telegraph, qui avait le monopole des
télécommunications dans certains pays et entendait le garder, soutint notamment en 1973 au Chili le
renversement du gouvernement légal du président Allende par le général Pinochet, un mardi 11 septembre.
retour au sommaire
Fagor Brandt SAS, filiale d’une coopérative ouvrière
L'entreprise française d'électroménager Brandt, qui collectionnait les plans sociaux, a été
rachetée en 2005 par son homologue espagnol Fagor. Histoire banale, mais un détail
pimente l’histoire : l’acheteur offre la particularité d’être une coopérative ouvrière de
production, partie du groupe Mondragón.
Le groupe Mondragón porte le nom de la commune du pays basque espagnol où,
sous le franquisme, un curé républicain mit en place une école professionnelle et une
coopérative de fabrication. Ses créations ont grandi, au point que le groupe MCC
(Mondragón Corporacion Coopérativa) est le premier groupe d’entreprises du Pays
basque espagnol et un des dix premiers du pays – le septième par le chiffre d’affaires, le
troisième par le nombre de salariés. C’est aussi le plus gros groupe industriel coopératif
du monde, présent dans la banque avec Caja Laboral, la distribution avec Eroski, ainsi
que l’électronique, les accessoires automobiles et l’électroménager, avec Fagor, qui
réalise 41% de ses ventes à l’international.
Une multinationale un peu particulière
« Dans un marché résolument global, Fagor manifeste clairement sa volonté
d’internationalisation et se présente comme la première multinationale espagnole de
l’électroménager. Fagor est ainsi présent sur les 5 continents, compte 15 sites de
production (Espagne, Maroc, Pologne, Chine), 13 filiales internationales et un réseau
commercial qui couvre plus de 89 pays », se présente l’entreprise. L’ «esprit Fagor», ce
n’est pas seulement « être leader en Espagne et poursuivre une expansion
internationale », « ce qui compte avant tout » est que « cette progression résulte
directement de sa capacité à satisfaire les besoins de ses clients ». La satisfaction du
client, condition de l’expansion, n’est-ce pas la règle numéro un des affaires ? Fagor
regarde vers l’avenir et consacre 50% de ses investissements à la recherche et au
développement technologique. Tous les produits, affirme Fagor, sont à de très hauts
niveaux de performance et d’efficacité et d’une grande facilité d’utilisation. Ils favorisent
les économies d’énergie et sont respectueux de l’environnement, leur esthétique
s’améliore constamment et « leur processus de fabrication garantit une fiabilité et une
sécurité irréprochable ». Toutes ses qualités sont « en partie le résultat d’une
organisation et d’un mode de fonctionnement de type coopératif », affirme le site
espagnol. « Coopérative industrielle, Fagor développe une gestion participative et
solidaire aussi efficace qu’originale. Dans l’entreprise, on ne parle pas de salarié mais de
sociétaire ou d’"associé-travailleur". Fortement impliqué dans son travail, ce dernier est
acteur responsable de l’activité, ce qui accroît sa motivation et sa productivité. C’est ce
modèle économique, préconisé aujourd’hui par les théories de gestion les plus avancées,
qui a permis à Fagor de devenir le n°1 de l’électroménager en Espagne ».
Mais sur le site de FagorBrandt, celui de la filiale française, on ne trouve pas trace
de cet « esprit Fagor » ailleurs que dans la satisfaction du consommateur (« confort et
amélioration de la vie quotidienne », « des marques, des services et des produits
toujours plus performants, simple d’utilisation, respectueux de l’environnement,
esthétiques et de grande qualité »), nulle allusion à la coopérative – la société française
est une SAS.
Gouvernances
La gouvernance de Fagor, comme celle de toutes les sociétés coopératives de
MCC, est basée sur le principe « un homme, une voix », l’assemblée générale des
coopérateurs est souveraine. Le conseil des recteurs joue le rôle du conseil
d’administration, le gérant (directeur général) lui rend compte et informe tous les mois le conseil social, dont les responsabilités sont proches du rôle économique du comité
d’entreprise.
En cas de baisse de charge, les coopérateurs ne se licencient pas eux-mêmes, ils
préfèrent bloquer les salaires ou transférer temporairement des salariés dans une autre
coopérative du groupe qui cherche de la main d’oeuvre. C’est une forme originale de
flexsécurité. Mais la flexibilité externe a fait son apparition, de plus en plus de salariés ne
sont pas coopérateurs et ne bénéficient pas de la garantie de l’emploi des premiers,
jouant le rôle d’amortisseur qui est dévolu ailleurs aux intérimaires.
La décision de Fagor d’acheter Brandt a été prise démocratiquement, comme celle
de gérer la cible selon des méthodes les plus classiques : aucun engagement n’a été pris
sur l’emploi en France. L’entreprise achetée n’a pas été transformée en coopérative ni
même n’a connu une participation des salariés à la gestion.
Le film Les Fagor et les Brandt - d’abord diffusé sur la chaîne de télévision
Planète, il tourne aujourd’hui dans les réseaux qui s’intéressent à l’économico-social -
montre le contraste des cultures entre dynamiques coopérateurs basques et salariés
français alarmés. Il évoque aussi le rôle des organisations syndicales – absentes du
groupe coopératif, rivales et impuissantes dans l’entreprise rachetée. Le film aborde
aussi implicitement la question des limites de la solidarité, très territoriale chez
Mondragón.
En le voyant, bien des questions viennent à l’esprit. L’esprit coopératif et
l’organisation syndicale sont-ils incompatibles ? En achetant des entreprises capitalistes
classiques ou en investissant dans une usine d’autocuiseurs en Chine, les coopérateurs
ont-ils l’intention de leur faire partager leur système de gouvernance, fût-ce à long
terme ? Le modèle de groupe coopératif, qui fonctionne efficacement dans les vallées
basques, est-il « exportable » ? Retrouve-t-on chez Fagor la loi sociologique qui veut
qu’une communauté inclue d’autant mieux ses membres qu’elle exclut les « hors
groupe » ?
MNA
retour au sommaire
Les sites de ceux qu'on cite
Rendre délocalisations et externalisations socialement responsables :
www.moosproject.be.
www.cadres-plus.net grand dossier « Offshoring – Outsourcing »
Le monde selon Monsanto, De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, documentaire de
Marie-Monique Robin, 2007, 1h48m : <http://www.arte.tv/lemondeselonmonsanto>, disponible en
téléchargement et DVD en vente chez Nature et découvertes. Livre du même titre aux Editions La Découverte.
Le site de Monsanto groupe : < http://www.monsanto.com/> , la page «Corporate responsability»: <http://www.monsanto.com/responsibility/default.asp> et le site de Monsanto France: <http://www.monsanto.fr/> plus deux sites à la gloire du RoundUp, l’un pour les agriculteurs:
<http://www.roundup.fr/>, l’autre pour les jardiniers: <http://www.roundup-jardin.com/page.php?rub=home>,
sur lequel la firme vous propose notamment de «démêler le vrai du faux concernant le désherbant le plus
réputé du monde».
Le site de The Corporate Responsability Officer : <http://www.thecro.com/index.php>
Les Fagor et les Brandt, documentaire d’Hugues Peyret et Anne Argouse, 2007, 53 minutes.
http://www.fagor.com page d’accueil en castillan et en anglais, puis pages par pays dans la langue de celui-ci,
y compris la Chine et la Russie, portant surtout sur les produits et les marques, avec le même design et le
même fond noir (à l’exception de la France où il est blanc) mais des contenus différents.
http://www.fagorbrandt.com/ (en français et en anglais)
http://www.brandt.com/ (en français)
|