Entreprise moyenne et gestion attentive

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Les entreprises européennes vont être de plus en plus concernées par les notions de " responsabilité sociale ", d' " éthique " , de " développement durable " et d'" investissement socialement responsable ".

Même si ces concepts comportent une part de flou, ils expriment l'idée que la croissance économique ne peut pas se faire dans n'importe quelles conditions et que le taux de retour sur investissement des capitaux investis ne peut pas être la seule unité de mesure de l'épanouissement d'une société humaine.

Le mode de gouvernance est un sujet sur lequel les entreprises largo sensu sont interpellées par la société civile. En employant le terme d' " entreprise largo sensu ", nous entendons souligner que les organisations non gouvernementales, les administrations publiques et privées, les associations sans but lucratif, les collectivités territoriales, les services publics et d'intérêt collectif, en bref toutes les entités qui produisent des biens et des services, marchands ou non, sont compris dans la réflexion qui ne saurait se limiter aux sociétés financières, industrielles et commerciales.

Divers acteurs se préoccupent de ces questions : les fonds de placement "éthiques" ou "socialement responsables" prennent sur le marché des parts minoritaires mais significatives et pas seulement dans le domaine de l'épargne salariale ; la Commission européenne a diffusé en 2000 un Livre vert intitulé " Promouvoir un cadre européen pour la responsabilité sociétale des entreprises " ; certaines grandes entreprises, en France et en Europe, se proclament concernées par le développement durable; de nombreuses agences de notation extra-financière sont à l'oeuvre, dans le monde et singulièrement en France; la loi dite "NRE" a donné obligation aux entreprises cotées d'inclure dans leur rapport à l'Assemblée générale "des informations sur la manière dont la société prend en compte les conséquences sociales et environnementales de son activité"

Les grands groupes sont déjà notés et sont pourvus, pour la plupart, de services en charge de la responsabilité sociétale et de déontologues; les moyennes entreprises vont devenir le prochain coeur de cible des agences.

Nous employons le concept de gestion " attentive " parce que nous pensons qu'il est du rôle du manager d'être attentif aux aspects autres que purement financiers de ses décisions, aux conséquences de ces décisions sur les différentes parties prenantes de l'entreprise, que ces parties prenantes aient ou non une relation contractuelle avec l'entreprise et, dans le cas où elle existe, que cette relation contractuelle soit stable dans la durée ou non. Les décisions de gestion ont des conséquences sur de nombreux " tiers " : les apporteurs de travail, les apporteurs de capital, l'environnement sociétal et l'écosystème. C'est ce que les macroéconomistes appellent les externalités.

  • Les apporteurs de travail : il s'agit au premier chef des salariés (stables et précaires, en contrat à durée indéterminée ou déterminée, à temps complet, réduit ou partiel) mais aussi de l'ensemble des apporteurs de travail et de savoir-faire, quelle que soit la nature de leur lien contractuel avec l'entreprise (sous-traitance, contrat d'entreprise, intérim, prestation de service de tout genre, etc.).
  • Les apporteurs de capital : les actionnaires sont les " propriétaires " de l'entreprise et en tant que tels les détenteurs du pouvoir mais il existe d'autres apporteurs de capitaux : acheteurs d'obligations, prêteurs à long terme et à court terme, associés en compte courant, etc.
  • L'environnement sociétal : bassin d'emploi, établissements de formation professionnelle initiale et continue, riverains dont le mode de vie est affecté par l'activité de l'entreprise , etc.
  • L'écosystème : les ressources naturelles, en particulier l'atmosphère (effet de serre) et les ressources en eau (nappes phréatiques et eaux courantes) qui deviennent de plus en plus stratégiques et dont la forme potable est de plus en plus coûteuse.

Pour un dirigeant, la gestion attentive, cela ne signifie pas être parfait en tout mais prendre des décisions en tenant compte de leurs effets externes. Il ne s'agit pas pour une entreprise de résoudre tous les problèmes de ses parties prenantes, il s'agit d'abord de ne pas les aggraver. Mais bien sûr les choses auxquelles il faut faire attention ne sont pas les mêmes selon d'une part, le secteur de l'entreprise et d'autre part, la culture de l'entreprise et de la région. Nous constatons que les questionnaires envoyés de façon industrielle aux entreprises - qui récoltent une très mauvaise note quand elles ne répondent pas - ne sont pas toujours très bien adaptés. Ainsi les questionnaires venus d'associations de défense de la cause animale qui somment les entreprises industrielles de donner le maximum de détails sur les expérimentations animales auxquelles elles procèdent... et qui rendent perplexes les cimentiers. De même, certaines agences de notation anglo-saxonnes, considérant qu'il est un point positif pour une entreprise de compter des personnes de différentes religions et de diverses préférences sexuelles dans le conseil d'administration, demandent aux entreprises européenens de donner la proportion de musulmans ou d'homosexuels dans les instances dirigeantes. Elles peuvent être surprises de ne pas recevoir de réponse, et en conséquence considérer que ces entreprises exotiques ne sont pas responsables. Mais la culture française - et de la plupart des pays européens - considére ces questions comme choquantes et attentatoires à la vie privée, et de plus elles tombent sous le coup de la loi.

Nous ne croyons pas à "la seule voie possible", à l'excellence qui existerait de façon prédéterminée. La responsabilité a un côté idéologique qu'il ne s'agit pas de nier mais au contraire d'expliciter. C'est alors en toute connaissance de cause que le dirigeant prendra ses décisions, en fonction à la fois des contraites économiques et d'une certaine vision du monde, de préférence partagée avec ses parties prenantes.

 

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